Thèse soutenue

Guerre et loi : la refondation du libéralisme face à la révolution conservatrice chez Leo Strauss et Raymond Aron

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Auteur / Autrice : Alexis Carré
Direction : Jean-Claude Monod
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Philosophie
Date : Soutenance le 22/06/2021
Etablissement(s) : Université Paris sciences et lettres
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Lettres, Arts, Sciences humaines et sociales (Paris ; 2010-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Pays germaniques, transferts culturels (Paris)
établissement de préparation de la thèse : École normale supérieure (Paris ; 1985-....)
Jury : Président / Présidente : Perrine Simon-Nahum
Examinateurs / Examinatrices : Jean-Claude Monod, Perrine Simon-Nahum, Daniel Tanguay, Hélène L'Heuillet, Marie Goupy, Pierre Manent
Rapporteurs / Rapporteuses : Daniel Tanguay, Hélène L'Heuillet
DOI : 10.70675/e4627b2dzd6b8z42b5z8ba5z777530362f38

Mots clés

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Mots clés contrôlés

Résumé

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Face à l’ambiguïté de tout système reposant sur des valeurs communes le libéralisme a proposé durant trois siècles un dispositif d’échange neutre censé permettre la coexistence pacifique d’individus et de groupes portant sur le monde commun des évaluations différentes voire contradictoires. Dans ce dispositif, la violence, ou plutôt la possibilité de la mort violente, ne peut jamais constituer un des biens disponibles à l’échange. Il existe donc au coeur de la compréhension libérale de l’homme l’idée que la guerre et le sacrifice qui en rend la possibilité effective sont, toutes choses égales par ailleurs, impossibles une fois réunies les conditions d’un jugement rationnel. Sans la coopération pacifique de tous les hommes, la garantie de mes droits et la poursuite de mes intérêts trouvent dans la menace permanente du conflit une limite radicale qu’une politique rationnelle aurait pour mission de dépasser. Pour devenir effective cette garantie requiert donc d’offrir à chacun une alternative, moins coûteuse ou risquée, à l’appropriation forcée des biens et de l’obéissance d’autrui. Cette démarche de pacification et de civilisation connut de nombreuses formulations (le doux commerce, la Société des nations, la paix démocratique, etc.) ; poussée jusque dans ses conséquences ultimes, elle dépasse la simple condamnation morale de la guerre et aboutit à la certitude que la loi ne saurait contenir une obligation — par exemple celle du meurtre d’autrui — de nature à contredire les raisons qui portent l’homme à entrer en société. Par le commerce, l’industrie et l’éducation, l’humanité entrerait dans une ère nouvelle d’où la violence moralement condamnable de la guerre n’aurait même plus l’excuse d’être utile ou nécessaire. Dans la défense de leurs droits et la poursuite de leur intérêt bien compris les hommes et les communautés qu’ils forment n’auraient, au sein de ce monde nouveau, plus de besoins ou d’idées dont la satisfaction ou la réalisation nécessitent l’usage de la violence. Les organisations auxquelles fut confiée la consolidation de l’ordre international et de l’ordre européen issus de la dernière guerre participent de cette logique qui voit l’arbitrage et le droit succéder à la force dans la résolution des différends entre États. La mise en question de ce dispositif ou de sa neutralité, la permanence d’un phénomène qu’il échoue à expliquer comme à éradiquer, rendent nécessaire un réexamen du problème de la guerre et de la loi. De quelque manière que l’on envisage leur avenir immédiat, les démocraties libérales continuent en effet de devoir recourir par nécessité à ces moyens violents dont elles ne savent plus rendre raison à partir des principes structurant les communautés qu’elles forment. Qu’on le veuille ou non, cette incapacité à penser la rationalité de la guerre comme instrument de leur politique étrangère affecte la conduite quotidienne des gouvernements démocratiques et plus largement la possibilité qu’ils ont de s’inscrire positivement dans un ordre international de plus en plus instable et défavorable. La possibilité que ce problème soit une donnée permanente et non un simple accident de nature historique et provisoire, la réalisation que ce problème a sa source au coeur du droit naturel moderne et, pour ainsi dire, au coeur du projet moderne, mettent au jour le besoin d’un traitement philosophique de la question. Conscients de l’impossibilité de justifier le devoir de participation à la guerre qu’ils savaient inévitable contre l’Allemagne nazie sur le fondement de la primauté des droits, mais conscients également de la nécessité de permettre un exercice réglé de cette violence nécessaire, Leo Strauss et Raymond Aron ont tenté d’élaborer une compréhension renouvelée du libéralisme. Cette tentative les amène à examiner le régime moderne, le régime libéral, à partir des questions de la philosophie ancienne, à partir des notions de vertu de commandement, de meilleur régime et de commandement absolument justifié.