Celeberrimae capellae : structure et composition des ensembles vocaux des chapelles musicales italiennes entre 1430 et 1550.

par Paolo Da col

Projet de thèse en Musique et musicologie

Sous la direction de Philippe Vendrix.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Sciences de l'Homme et de la Société depuis le 15-11-2012 .


  • Résumé

    Entre le XVe et le XVIe siècles, dans les territoires de la péninsule italienne, fragmentés en de nombreux états régionaux, on vit se développer auprès des cours princières les plus importantes et auprès des institutions ecclésiastiques une multitude de chapelles musicales. Ces ensembles de chantres et d’instrumentistes, dont l’existence semble indissolublement liée au rôle du maître de chapelle, généralement secondé par la figure de l’organiste, furent de véritables ‘institutions dans les institutions’. Régies par des actes constitutifs et normatifs et parfois administrées par des chapitres de dépenses spécifiques, les chapelles musicales pouvaient intervenir à l’occasion de certains événements religieux ou civils, selon des modalités variables, mais avec une finalité première qui était de marquer et d’amplifier par le biais de l’expression polyphonique du chant le caractère solennel de ces moments. Ce projet de recherche a pour objet d’enquête la structure et la composition des ensembles vocaux des chapelles musicales italiennes entre 1430 et 1550: un laps de temps durant lequel l’activité de ces ensembles évolua progressivement vers la stabilité et la continuité, avec la participation de véritables professionnels du cantus figuratus. Cette période débute avec le règne du pape Eugène IV (1431-1447), qu’on associe avec la genèse et le développement de nombreuses chapelles musicales italiennes. Le rôle du pape Eugène IV, auteur d’une œuvre systématique de réorganisation des structures ecclésiastiques, fut déterminant pour la stabilisation du rôle de cantor et pour la constitution d’un collège de clercs chanteurs – dont la tâche était de solenniser le culte par des exécutions de chant polyphonique – au sein du chapitre des cathédrales et des collégiales régies par le clergé séculier. 1550 marque en revanche la fin de l’époque, commencée à la moitié du XVe siècle, où les ensembles vocaux des chapelles musicales comptaient un nombre limité de chantres employés de façon stable, généralement une quinzaine tout au plus. A partir de la moitié du siècle, au lendemain des débuts du Concile de Trente (1545), les effectifs subirent une augmentation sensible et se mirent à compter, parmi les éléments stables, quelques instrumentistes. On trouve à cela une correspondance dans une littérature musicale qui mène vers une amplification progressive de la trame polyphonique, et ce jusqu’aux espressions les plus articulées de la musique à plusieurs choeurs. Après le concile de Trente, on assista à l’accentuation du clivage, également dans l’espace, entre les ministres du culte, qui entonnaient le chant grégorien, et les professionnels préposés à l’exécution de musiques polyphoniques, à qui furent attribués de nouveaux espaces conçus expressément dans ce but. Dans le laps de temps pris en considération, d’importantes figures de compositeurs et de chantres furent également à l’œuvre dans les chapelles qui se formèrent auprès des plus grandes cours italiennes; la renommée des musiciens et la valeur de l’ensemble musical constituèrent des éléments de prestige pour le prince, qui alla alors jusqu’à s’occuper personnellement du recrutement des chantres. Certaines initiatives furent dans ce sens tout à fait emblématiques: celle des ducs de Savoie qui, dans les années Trente, donnèrent naissance à un important ensemble de clercs dirigé, pendant une longue période, par Guillaume Dufay; plus tard, dans les années 1570, d’autres initiatives analogues virent le jour, dans un jeu d’émulation, depuis Hercule Ier d’Este à Ferrare et Galéas Marie Sforza à Milan, qui tous deux s’employèrent à former une prestigieuse chapelle musicale (capellam celeberrimam / una celebre et digna capella), et à engager un grand nombre de chantres d’outre-monts, venus principalement de la France du Nord et des Flandres. De semblables efforts furent accomplis à la même époque par le pape Sixte IV, qui eut à son service une chapelle de 20-24 chantres adultes. Dans cette réalité italienne si articulée et si complexe, une enquête comparée sur les ensembles vocaux s’intéressera principalement aux chapelles les plus actives, liées à des centres particulièrement important aux points de vue tant politique que religieux. A cet effet, il convient d’effectuer une reconnaissance systématique des sources secondaires, à savoir une abondante production de travaux, à partir des recherches d’histoire locale des débuts du XXe siècle jusqu’aux nombreux apports et aux investigations systématiques menées par la musicologie internationale la plus à jour des dernières décennies sur l’histoire des diverses chapelles musicales italiennes. Dans certains cas, il sera nécessaire d’effectuer de nouvelles recherches en archives, afin de pouvoir proposer une description plus précise du caractère des ensembles vocaux. Les sources d’archives pourront en effet fournir des informations sur divers aspects de l’articulation des ensembles vocaux des chapelles musicales italiennes, et surtout sur l’identité et parfois le rôle précis des musiciens, ainsi que sur l’éventuelle exitence de hiérarchies de valeur parmi les chantre, qui peuvent entre autres être repérées par la rétribution variable (qui peut aussi prendre la forme de bénéfices ecclésiastiques) qui leur est réservée. Ce travail devra également tenir compte de «rayons convergents de témoignages très divers dans leur nature»: chroniques, témoignages iconographiques, musicaux, normatifs (bulles papales, livres de cérémonie, statuts), épistolaires, bénéfices ecclésiastiques, etc. L’enquête entend déterminer les affinités et les particularités, la façon d’interpréter la musique, la composition et la consistance des ensembles vocaux et leur évolution dans le temps. Un premier dépouillement de données devrait faire émerger divers éléments: - l’entité numérique de ces ensembles; - le nombre de chantres employés de façon plus régulière et le nombre de ceux qui n’interviennent qu’à l’occasion le solennités d’importance particulière; - la distribution des rôles vocaux au sein de l’ensemble, lorsque le type de voix est spécifié; - l’apport, lors des exécutions, de pueri cantores, élément apparemment absent dans les chapelles princières, auprès desquelles on suppose qu’on recourait à des voix de fausset; - la description des composantes régionales et de celles qui proveniennent d’autres pays dans les diverses chapelles; - la nature des événements religieux et/ou civils qui déterminent le recours à la chapelle et leur influence directe sur la composition des ensembles vocaux; - l’existence d’affinités entre des ensembles liés à des réalités ecclésiastiques et qui présentent entre eux des analogies dans leur profil institutionnel (chapelles régies par un chapitre de chanoines et donc par le clergé séculier; chapelles dépendant d’églises régies par le clergé régulier; chapelles princières); - repérage des déplacements effectués par les chantres lors du transfert d’un endroit à un autre (déplacements parfois déterminés par la condition religieuse de maîtres de chapelle et chantres appartenant, par exemple, au clergé régulier, et qui donc dans leur périple font étape dans des églises d’un même ordre; parfois dictés par la volonté de “sédentarisation” de certains, ou par l’appartenance à la suite d’un patron éminent, par les destinations localisées depuis les routes qui reliaient les capitales d’états régionaux, qui attiraient les chantres, car la rétribution y était généreuse, par le lien avec un émissaire du prince, chargé de composer une chapelle comprenant de nombreux membres de prestige).


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