Thèse en cours

« Amadouer les poissons? » Relations interspécifiques marines sur l'île de Lavongai (Papouasie-Nouvelle-Guinée)

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AttentionLa soutenance a eu lieu le 12/12/2024. Le document qui a justifié du diplôme est en cours de traitement par l'établissement de soutenance.
Auteur / Autrice : Mark Collins
Direction : Pascale BonnemereAnne Di piazza
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Anthropologie
Date : Inscription en doctorat le
Soutenance le 12/12/2024
Etablissement(s) : Aix-Marseille
Ecole(s) doctorale(s) : Ecole Doctorale Espaces, Cultures, Sociétés
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : CREDO- Centre de Recherche et de documentations sur l'Océanie
Jury : Président / Présidente : Frédéric Laugrand
Examinateurs / Examinatrices : Pascale BONNEMèRE, Anne Di piazza, Simon Foale, Florence Brunois, Philippe Descola
Rapporteurs / Rapporteuses : Frédéric Laugrand, Hélène Artaud

Résumé

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« Amadouer les poissons » ; cette formule est celle d’un homme de l’île de Lavongai, qui l’a employée pour décrire l’influence de sa magie sur ces animaux. Cette thèse de doctorat en anthropologie interroge l’application de cette expression à une telle pratique, qu’elle prend comme porte d’entrée vers les interactions des habitants de Lavongai avec les animaux marins plus généralement. Elle aborde ces pratiques destinées à « appeler les poissons » en les inscrivant dans une ethnographie généraliste pour questionner les relations interspécifiques marines. Elle se fonde sur 12 mois d’enquête ethnographique réalisée sur l’île de Lavongai (ou Nouvelle-Hanovre). Elle apporte des matériaux ethnographiques détaillés et des analyses concernant les principaux aspects de la vie sociale lavongai : l’organisation clanique, les relations de parenté, l’organisation foncière, et le cycle funéraire. Elle propose également une étude de cas des relations entre humains et non-humains dans une localité côtière de l’Océanie Occidentale. Elle démontre que les poissons et autres êtres aquatiques sont significatifs sur le plan économique, rituel, et culturel pour les gens de Lavongai, puisqu’ils sont présents dans les mythes et des danses dans lesquelles les humains tentent de s’identifier à eux. Elle documente les savoirs lavongai concernant les animaux marins, leur reproduction, leur développement, leurs histoires de vie, les lieux où ils demeurent, et leurs comportements. Elle analyse également ce matériau ethnographique au travers de deux approches théoriques. Premièrement, le cadre ontologique (Descola 2005) met en lumière l’existence d’un raisonnement homologique liant la « physicalité » (le corps, les substances) et « l’intériorité » (« l’esprit » ou for intérieur) des humains et de certains oiseaux ; un procédé caractéristique du totémisme. Chaque clan porte le nom d’un oiseau « totem », et ses membres partagent des propriétés physiques et internes avec cet oiseau. Néanmoins, il existe des limites à l’application de ce modèle ici, qui conduisent à proposer que, dans le contexte d’une ontologie totémique, il pourrait être difficile de distinguer ce qui relève de la physicalité de ce qui relève de l’intériorité. Les considérations concernant la physicalité et l’intériorité des animaux non-totems évoquent par ailleurs le naturalisme (continuité des physicalités, discontinuité des intériorités entre humains et non-humains), ce qui suggère des formes d’hybridation et de composition ontologiques. Deuxièmement, en inscrivant ces données dans une approche biosémiotique, cette thèse éclaire l’existence d’un dense réseau de sémiose interspécifique. Celui-ci suppose l’interprétation par les humains de signes émis par des poissons, des esprits d’ancêtres défunts, ou des oiseaux. Les humains tentent également d’adopter le « point de vue des poissons » afin de se figurer leur perception des signes qu’ils leur adressent, à différentes fins : les « appeler » pour les « domestiquer »; les encourager à rester quelque part grâce à un interdit de pêche appelé vala ; faire rester longtemps dans l’estuaire des gobies riranga ; les piéger avec des leurres. En d’autres termes, les gens de Lavongai prêtent des capacités sémiotiques et une agentivité considérables à ces animaux. Enfin, afin de tenter de concilier ces deux approches, cette thèse propose une perspective dans laquelle les interactions interspécifiques relient considérations ontologiques et processus biosémiotiques. Puisque les ontologies évoluent, se recomposent, et s’hybrident, les signes échangés entre humains et autres êtres à propos desquels ils ont des représentations ontologiques pourraient être des moteurs importants de ces changements.