Thèse soutenue

Est-ce qu'il souffre ? : Enjeux cliniques et éthiques de l'introduction d'un dispositif neurophysiologique d'évaluation du confort en situation palliative

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Auteur / Autrice : Chloé Prod'homme-Pruvot
Direction : François PuisieuxPhilippe Sabot
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Recherche clinique, innovation technologique, santé publique
Date : Soutenance le 01/12/2025
Etablissement(s) : Université de Lille (2022-....)
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Biologie-Santé
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Evaluation des technologies de santé et des pratiques médicales (Lille) - Evaluation des technologies de santé et des pratiques médicales - ULR 2694
Financeur : Centre hospitalier régional et universitaire (Lille)
Jury : Président / Présidente : François Chaumier
Examinateurs / Examinatrices : Laurent Calvel, Julien De Jonckherre
Rapporteurs / Rapporteuses : Donatien Mallet, Sarah Carvallo

Résumé

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En situation palliative, les soignants et les proches sont investis au quotidien pour éviter la souffrance des personnes malades. Une partie de ces personnes ne parviennent plus à communiquer leur ressenti, du fait des conséquences cliniques de la maladie ou des traitements pharmacologiques administrés, tels que les sédatifs. Dans ces situations, l’évaluation des symptômes pénibles est laissée à l’appréciation clinique des professionnels, via des échelles comportementales, et complétée par l’appréciation des proches. Mais une telle évaluation reste très incertaine, notamment au cours des pratiques sédatives.Ainsi, le confort en fin de vie reste un concept flou et difficile à évaluer. Les outils d’évaluation de ce confort basés sur des mesures neurophysiologiques ont été développés initialement pour l’ajustement de l’algo-sédation au bloc opératoire. Ils sont désormais utilisés dans d’autres contextes de soins : en réanimation, en néonatalogie ou en soins palliatifs. Parmi ces outils, l'Analgesia Nociception Index (ANI) est une technique non invasive et indolore qui évalue l'activité du tonus parasympathique par le biais de la variabilité de la fréquence cardiaque. Cette thèse étudie la pertinence et les usages de cet outil en soins palliatifs à travers la réalisation de plusieurs études observationnelles et compréhensives.Une première étude rétrospective d’une cohorte de 33 patients non communicants hospitalisés en soins palliatifs a permis de montrer que, dans 20% des cas, les évaluations de l’ANI étaient discordantes avec l’appréciation clinique et ont entraîné des ajustements de traitements. Une deuxième étude prospective réalisée sur 20 patients ayant une médiane de survie de 2 jours, a conduit à constater que la mesure de l’ANI baissait significativement lors d’un soin douloureux par rapport à une période de repos. En revanche, il n’y avait pas de corrélation entre l’ANI et la mesure donnée par l’hétéroévaluation réalisée à l’aveugle. L’ANI baissait plus fréquemment que l’échelle d'évaluation comportementale de la douleur (CPOT), ce qui peut signifier une plus grande sensibilité dans l’appréciation du confort de ces patients avec cette mesure électrophysiologique, au-delà du seul stimulus douloureux. Une troisième étude qualitative a exploré les perceptions de l’utilisation courante de l'ANI dans deux unités de soins palliatifs. 28 entretiens semi-directifs de professionnels de santé et de proches ont été réalisés et analysés à partir d’une méthode d’analyse réflexive par thématique. Celle-ci indique que l’interprétation de l’ANI nécessite une réflexion clinique pour ajuster au mieux la prise en soin car l’inconfort perçu par l’outil peut être lié à différentes causes, et pas seulement à la douleur. L’utilisation de cet outil n’est pas anodine ; son design n’a pas été conçu pour se trouver dans la chambre d’une personne en fin de vie. Il peut induire de l'anxiété ou distraire les soignants ou les proches. Cependant, certains proches l’utilisent à des fins relationnelles, en interprétant l’ANI comme un indicateur réconfortant de la réactivité de la personne à leur présence ou à leur parole, l’ANI devenant ainsi un « dernier » moyen de communication.La dernière étape de cette thèse a consisté à organiser des séances de réflexion éthique sous forme de PPI (Public and Patient Involvement) réunissant proches, professionnels de santé ayant une expérience ou non dans l’utilisation de l’ANI, chercheurs, concepteurs et ingénieurs pour analyser et discuter les résultats de ces recherches. Ces échanges ont permis une meilleure compréhension et une interprétation plus fine des résultats de la recherche par les différentes personnes impliquées [...]