Retour des combattants gascons et basques 1918-1928.
| Auteur / Autrice : | Yannick Pouey-mounou |
| Direction : | Laurent Dornel |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Histoire |
| Date : | Inscription en doctorat le 22/01/2021 |
| Etablissement(s) : | Pau |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale sciences sociales et humanités (Pau, Pyrénées Atlantiques) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Identités, territoires, expressions, mobilités (Pau) |
Mots clés
Résumé
La fin des hostilités en novembre 1918 favorise, après une période d'occupation, un retour progressif des soldats gascons et basques au sein de leurs foyers. La démobilisation militaire, ce « prodigieux mouvement d'hommes 1», permet ce processus. Ce retour à l'arrière fait alors rentrer le soldat dans une seconde démobilisation qualifiée « d'intime2 » par l'historienne Dominique Fouchard. Cela montre la capacité du démobilisé à renouer avec sa vie civile d'avant-guerre et les étapes qui jalonnent son parcours. Aborder ce retour c'est donc poser la question de la réintégration du Poilu dans un espace, intime ou public, qu'il estime à soi et bien souvent idéalisé durant les années de guerre. C'est aussi s'interroger sur la volonté et les possibilités qu'il a de renouer avec sa vie d'avant-guerre. Le démobilisé, franchissant le seuil de sa maison au début des années 1920, est un « nouvel homme » qui a intégré une nouvelle identité dite combattante en raison de ses années de guerre. L'héritage violent de cette période peut aussi se caractériser par une modification physique et/ou pour une partie d'entre eux psychologique. Les pratiques de vies développées sur le front peuvent aussi favoriser l'émergence d'un nouveau comportement personnel et intime. Peut alors se construire progressivement une confrontation entre un retour imaginé et idéalisé durant l'expérience de guerre et la réalité de ce retour. Pour le Poilu, revenir de la guerre c'est aussi être le porteur d'un idéal né dans les tranchées qui se définit bien souvent avec le besoin d'une reconnaissance particulière dans l'espace commun et la volonté de s'engager pour que « plus jamais ça3». L'éclosion de ces nouvelles revendications transforme l'ancien combattant en un nouveau militant qui, au nom de son expérience combattante, s'estime légitime à devenir un acteur du moment. 1.2 Les objectifs de notre projet La pluralité de ces questions qui accompagnent cette notion de réintégration prend un sens particulier, selon nous, pour la classe 1914. Âgés de 20 ans, ils sont, malgré quelques exceptions spécifiques, les plus jeunes soldats au moment de la déclaration de guerre ; la guerre s'impose à eux comme un impératif imprévu au cur de leurs rêves de jeunesses. La réintégration prend alors un sens particulier pour cette génération qui tente, pour une partie, d'associer rêve de jeunesse et identité combattante. Nous nous concentrerons sur cette classe d'âge dans une partie de l'espace géographique gascon et basque4. La proximité de la frontière pyrénéenne engage des dynamiques spécifiques et locales, telles que le regard des combattants sur la volonté de retour des déserteurs en grande majorité basques. La sûreté et l'éloignement de cet espace gascon face aux zones de guerre renforcent et favorisent le développement de véritables poches industrielles dévolues totalement ou en partie aux besoins de la guerre comme l'arsenal militaire de Tarbes ou les forges de l'Adour à Boucau. Cette nouvelle réalité économique s'accompagne de mouvements sociaux qui montent en puissance en écho à des revendications nationales mais aussi face à des problématiques locales : la question des métayers landais en est un exemple5. Les anciens-combattants, témoins de cette situation sociale, peuvent choisir de devenir acteurs dans ces contestations au nom de leurs idéaux des tranchées. De fait, prendre en considération un tel espace consiste à mettre à jour et étudier des logiques spatiales différentes où l'ancien combattant conjugue réalité locale avec revendications nationales, voire internationales. Comprendre les mécanismes qui guident la réintégration de la génération 1914, c'est pénétrer une période spécifique mal connue : l'immédiate après-guerre. L'année 1918, avec la fin des combats et le début de la démobilisation militaire, ouvre une transition vers un retour à l'état de paix. En réintégrant l'arrière, le soldat perçoit et participe à cette évolution sociale. Cette prise de conscience s'associe à la question permanente de la place qui est accordée dans la communauté « aux nouveaux héros de l'humanité». L'année 1928 symbolise la fin de cette situation avec le vote de la loi Painlevé ramenant le service militaire français à un an et l'accord Briand-Kellog déclarant la guerre hors-la-loi. L'inauguration, le 30 septembre 1928, du monument à la gloire de la 36e Division d'infanterie, non loin du chemin de Verdun, est pour les soldats basques et gascons le symbole d'une véritable reconnaissance pour leurs expériences de combattants.