Un équilibre épuisant Changement et stabilité dans l'agriculture marocaine : le Plan Maroc Vert

par Beatrice Ferlaino

Projet de thèse en Science politique

Sous la direction de Béatrice Hibou et de Matteo Puttilli.

Thèses en préparation à Paris 10 en cotutelle avec l'Université de Florence , dans le cadre de École Doctorale Droit et Science Politique , en partenariat avec ISP - Institut des Sciences sociales du Politique (laboratoire) depuis le 03-12-2020 .


  • Résumé

    Pour le rapport à la terre et l'historicité que l'agriculture rappelle, elle est communément considérée comme un lieu de tradition, qui maintient et cultive les valeurs et les coutumes des lieux où elle est pratiquée. Cependant, cette vision révèle une approche romantique du secteur primaire, qui, dans une grande partie du monde, a vu de fortes impulsions de modernisation : aujourd'hui, les territoires agricoles ne parlent pas toujours du passé mais, au contraire, ils se perçoivent souvent comme tournés vers l'avenir. Le Maroc est un pays fortement agricole et, dans son histoire, ce secteur productif a été investi dans des projets de modernisation visant à apporter des changements à l'ensemble du pays. Le Plan Maroc Vert (PMV), dernière politique agricole marocaine, est l'aboutissement de ce parcours et l'exemple d'un modèle de développement exportable sur le continent africain (soutien important de la politique étrangère du pays). Selon ce plan, la modernisation de l'agriculture est considérée comme un instrument permettant de diffuser les compétences entrepreneuriales dans les environnements ruraux et de stabiliser la population dans les campagnes, en essayant ainsi de contenir et de gérer l'exode rural. La mise en relation, par le biais de l'agriculture, des propositions de changement social et politique, et des stratégies pour limiter la déstabilisation -déclenchée par n'importe quel événement - est une caractéristique du contexte étudié. Ce travail utilise l'agriculture marocaine comme point d'entrée pour réfléchir sur la façon dont le changement et la stabilité deviennent conditions de possibilités, représentations sociales influencées par des pratiques et des visions contingentes, qui sont remplies de sens en fonction des priorités politiques présentes et qui, à leur tour, en légitiment les hypothèses théoriques. Pour aborder ces deux concepts, le travail prendra d'abord en analyse le rapport entre la représentation de la réalité et l'action politique dans le contexte agricole marocain, en approfondissant le rôle de la sociologie rurale dans la direction et l'influence de l'approche du secteur primaire et de sa perception. Ensuite, on se concentrera sur trois dichotomies mobilisées aux différentes époques pour définir au cas par cas ce qui est considéré comme un changement souhaitable et nécessaire pour construire des idées différentes de stabilité : public/privé, traditionnel/moderne et bon/médiocre seront les binômes problématisés et observés dans leur profondeur historique, devenant lentes à travers lesquelles enquêter sur les formes de changement et de stabilité et leurs relations.

  • Titre traduit

    A tiring balance Change and stability in Moroccan agriculture : Plan Maroc Vert


  • Résumé

    Because of the relation to the land and the historicity that agriculture recalls, it is commonly considered a place of tradition, which maintains and cultivates the values and customs of the places where it is practiced. This vision, however, reveals a romantic approach to the primary sector, which in much of the world has seen strong impulses of modernization: today agricultural territories do not always speak of the past but, on the contrary, they are often perceived as looking to the future. Morocco is a highly agricultural country and in its history this productive sector has been invested by modernization projects aimed at bringing about changes for the entire country. Plan Maroc Vert (PMV), the latest Moroccan agricultural policy, is the culmination of this journey and an example of a model of development that can be exported to the African continent (important support for the country's foreign policy). According to this plan, agricultural modernisation is seen as a means of spreading entrepreneurial skills in rural settings and stabilising the population in rural areas, thereby seeking to contain and govern rural exodus. Linking social and political change proposals and strategies to limit destabilization -triggered by any event - through agriculture is a characteristic of the context studied. this work uses Moroccan agriculture as an access point to reflect on how change and stability are conditions of reciprocal possibilities, social representations influenced by contingent practices and visions, which are filled with meanings according to the present political priorities and which, in turn, legitimize their theoretical assumptions. In order to approach these two concepts, the work will first examine the relationship between representation of reality and political action in the Moroccan agricultural context, deepening the role of rural sociology in directing and influencing the approach to the primary sector and its perception. At a later stage, the focus will be on three dichotomies mobilized at different times to define from time to time what is considered a desirable change and necessary to build different ideas of stability: public/private, traditional/modern and good/poor will be problematized and observed in their historical depth, becoming slow through which to investigate the forms of change and stability and their relationship.