Reconquête forestière des paysages alpins : apports de l'écologie fonctionnelle à la gestion des dynamiques de populations de vertébrés sauvages en contexte de déprise agricole

par Emmanuel Faure

Projet de thèse en Biodiversité-Ecologie-Environnement

Sous la direction de Sandra Lavorel et de Harold Levrel.

Thèses en préparation à l'Université Grenoble Alpes , dans le cadre de École doctorale chimie et science du vivant (Grenoble) , en partenariat avec Laboratoire d'ECologie Alpine (laboratoire) et de Traits fonctionnels et dynamique des écosystèmes alpins (equipe de recherche) depuis le 02-09-2019 .


  • Résumé

    La marginalisation agricole des zones peu productives de montagne amène à une déprise des paysages pastoraux dans le massif des Alpes. Ce recul du pastoralisme s'accompagne d'un enfrichement des prairies, avec des conséquences négatives pointées sur la biodiversité végétale, ainsi que sur les risques d'incendie. Dans le même temps, plusieurs grands vertébrés, comme les ongulés sauvages d'altitude (chamois, bouquetin, etc.) et le loup, peuvent trouvent dans ces zones enfrichées de nouveaux habitats. Leur progression au détriment de l'élevage est mise en avant par certains collectifs comme une reconquête des dynamiques naturelles, désirable notamment pour l'activité économique locale (via le tourisme de nature) et pour la complexification des réseaux trophiques. Cependant, ces hypothèses n'ont jamais fait l'objet d'études scientifiques dans les milieux alpins, alors que la déprise agropastorale s'y fait plus prégnante d'année en année, et exacerbe les conflits avec la faune sauvage. Leur approfondissement par des approches de modélisation, déjà développées mais non mobilisées dans ce contexte, constitue un véritable verrou scientifique – au même titre que l'effet de ce manque de connaissance sur le positionnement et le dialogue des acteurs jouant un rôle dans la gouvernance de cette dynamique. Le projet de thèse vise à déterminer les conséquences de cette dynamique sur les socio-écosystèmes alpins, en s'intéressant principalement à ses composantes écologiques, puis à leur déclinaison dans sa gouvernance. Nous commencerons par dresser un état des lieux des formes prises par la déprise dans les Alpes françaises, afin d'identifier dans ce massif deux à trois terrains d'étude contrastés. Pour chaque terrain, nous chercherons ensuite à identifier les modèles et les données les plus à même de représenter la dynamique spatiale des réseaux trophiques en présence. L'application de ces modèles couplés nous permettra d'établir différents scénarios d'évolution des milieux naturels alpins, en fonction du degré d'intervention humaine, de sorte à mesurer la complexité des réseaux trophiques associés et produire des supports spatialisés à leur gestion. En complément, nous analyserons l'usage qui peut être fait de ces informations écologiques dans un contexte décisionnel spécifique, en cherchant à comprendre les représentations qu'ont les acteurs des dynamiques naturelles, leurs relations avec les autres catégories d'acteurs, et leurs stratégies d'adaptation, qu'elles soient individuelles ou collectives. Ces travaux nous serviront à identifier les contributions possibles de l'écologie scientifique au dialogue entre acteurs qui pourraient porter des innovations en matière de gouvernance et d'adaptation aux dynamiques écologiques de ces territoires. En conclusion, la thèse cherche à apporter des éléments objectifs au débat autour des dynamiques des socio-écosystèmes alpins, autant qu'à aider le décideur dans les politiques publiques par lesquelles il pourra y répondre.

  • Titre traduit

    Afforestation of alpine landscapes: functional ecology as a support for management of wild vertebrate population dynamics in context of land abandonment


  • Résumé

    Agricultural marginalization of the least productive mountain areas leads to a spatial decline of pastoral landscapes in the Alps. This drop of pastoralism comes with an afforestation of grasslands, with negative consequences on plant biodiversity and fire risk. At the same time, several large vertebrates, such as wild ungulates (chamois, ibex, etc.) and wolves, can find new habitats in these 'cleared' areas. Their progress at the expense of livestock is emphasized by some collectives as a reconquest of natural dynamics, desirable for local economic activity (via ecotourism) and for the complexification of food webs. However, such hypotheses have never been the subject of scientific studies in alpine environments, while the agropastoral abandonment becomes more significant from year to year, and exacerbates conflicts with wildlife. Modeling approaches to help disentangle them have already been developed, but not mobilized in this context; there is a real scientific block in their use, just as in the effect of this lack of knowledge on the positioning and the dialogue of stakeholders concerned by the governance of this dynamic. The PhD project aims to determine the consequences of this dynamic on alpine socio-ecological systems, focusing first on its ecological components, and then on their declination in its governance. To start with, we will draw a state of play of the agricultural decline in the French Alps, in order to identify two to three contrasting fields of study in this massif. For each field, we will then seek to identify the models and data best able to represent the spatial dynamics of the food webs. Using these coupled models will allow us to establish different scenarios of evolution of alpine natural environments, according to the degree of human intervention, so as to measure the complexity of the associated food webs and produce spatialized supports for their management. In addition, we will analyze the use that can be made of this ecological information in a specific decision-making context, by seeking to understand local players' representations of natural dynamics, their relationships with other player categories, and their strategies adaptation, whether individual or collective. This work will serve us to identify the possible contributions of scientific ecology to dialogue between stakeholders who could bring innovations in governance and adaptation to the ecological dynamics of these territories. In conclusion, the PhD aims to enlighten the debate around the dynamics of Alpine socio-ecological systems, as much as to help the decision-maker in the public policies by which he can answer them.