Thèse soutenue

Automédication des animaux et medecine traditionnelle : des comportements de sélection de substances médicinales par les éléphants d'Asie à la pharmacopée humaine

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Auteur / Autrice : Jean-Marc Dubost
Direction : Éric DeharoSabrina Krief
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Ethnobiologie
Date : Soutenance le 18/02/2022
Etablissement(s) : Paris, Muséum national d'histoire naturelle
Ecole(s) doctorale(s) : DIVONA (DIVersités, Origines, NAtures - ED227 MNHN-SU) (Paris ; 1995-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Éco-Anthropologie et Ethnobiologie (Paris ; 2009..-....)
Jury : Président / Présidente : Serge Bahuchet
Examinateurs / Examinatrices : Nelly Ménard, Gilles Maurer, Emmanuelle Pouydebat
Rapporteurs / Rapporteuses : Florence Brunois-Pasina, Guillaume Odonne
DOI : 10.70675/694d4597z8c86z4492za231z90aeae8585aa

Résumé

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Certains récits et témoignages rapportés dans la littérature scientifique font état de pratiques médicinales humaines issues de l'observation des animaux. L'étude des recouvrements sur un même lieu entre le régime de certains animaux, leurs pratiques d'automédication et les plantes utilisées localement en médecine ethnovétérinaire et humaine suggèrent effectivement des convergences d'usage homme-animaux, mais le cas échéant, les modalités de constructions médicinales issues de l'observation des animaux ont très peu été étudiées.L’exemple de la relation étroite entre les cornacs avec leurs éléphants (Elephas maximus) dans une région du Laos où ils sont encore relâchés dans leur milieu naturel et en contact avec leurs congénères sauvages, et spécialement les connaissances des cornacs concernant les réponses de leurs éléphants à leurs problèmes de santé, ainsi que les soins qu'ils prodiguent à ces animaux, présentent un intérêt tout particulier pour explorer ces questions, d'autant que l'ancêtre des éléphants et des humains remontant à plus de 103 Ma, l'hypothèse d'un héritage phylogénétique commun avec les humains, très prégnante concernant les usages convergents de plantes médicinales bien documentés avec les grands singes, s'efface devant celle plus probable de transferts de savoirs entre les deux espèces.Au cours de 12 mois d’études de terrain, nous avons réalisé des entretiens auprès de 66 cornacs.Nous avons inventorié et collecté avec eux 114 espèces végétales consommées par les éléphants, dont 72 ont un usage médicinal local. Selon les cornacs 20 sp. sont plus particulièrement recherchées par les éléphants dans des conditions pathologiques ou des états physiologiques spécifiques. Si les cornacs intègrent dans leurs soins ethnovétérinaires les plantes mêmes qu'ils voient leurs éléphants consommer lorsqu'ils sont souffrants, les préparations utilisées sont souvent le résultat d'arrangements complexes faisant aussi appel aux ressources médicinales et conceptuelles de la pharmacopée locale, dépassant ainsi une simple reproduction des comportements observés chez des animaux. Par ailleurs, nos travaux ont mis en évidence l'utilisation thérapeutique par les cornacs des fèces d'éléphants et des chambres de pontes façonnées avec cette matière par des bousiers (Heliocopris dominus), fondée sur la connaissance des comportements alimentaires et l'aptitude que reconnaissent les cornacs à leurs éléphants à se soigner et à choisir avec soin les plantes qu'ils consomment. Ainsi dans ces usages, le lien qui unit l’observation d'un animal et une pratique médicinale humaine se démarque encore un peu plus d'une simple imitation de comportements animaux. Nous avons relevé des convergences claires entre les observations interprétées par les cornacs comme un comportement d'automédication de la part des éléphants et leurs propres pratiques médicinales. L'analyse de nos résultats suggère que ces convergences d'usages de plantes sont plus probablement issues de transferts de savoirs des éléphants vers les hommes que d'une acquisition indépendante par les deux espèces. Elle montre la pertinence d'une approche multispécifique de ces savoirs envisagés alors comme constitutifs d'une culture interspécifique, construite par deux espèces qui partagent un même environnement dont elles connaissent et utilisent les ressources, et reposant sur la reconnaissance de comportements communs comme le fait de se soigner en cas de désordres affectant la santé. Cette vision qui a émergé ces deux dernières décennies devrait aider à élaborer des politiques plus adéquates de protection des écosystèmes et de leur biodiversité, mais aussi des patrimoines intangibles (tel que celui que nous avons documenté) qui en sont issus, en prenant en compte toute la richesse des interactions entre les humains, les animaux domestiques et leurs congénères sauvages, qui façonnent et sont partie constituante des premiers, et construisent les seconds.