De l'inclusion à la pluralité : le design à l'épreuve de la normalité. Pour une recherche-projet située depuis l'autisme à l'université.

par Manon Menard

Projet de thèse en Sciences de l'information et de la communication

Sous la direction de Michela Deni.

Thèses en préparation à Nîmes , dans le cadre de École doctorale Risques et Société , en partenariat avec PROJEKT équipe d'accueil en Design (laboratoire) depuis le 18-02-2019 .


  • Résumé

    Cette thèse en design interroge les enjeux sociopolitiques d'un design dit pour l'inclusion et la manière dont la mise en place des cadres de conception met les personnes en situation de handicap, et plus spécifiquement les personnes autistes, à l'épreuve de la norme. Nous proposons d'abord d'explorer les discours en faveur d'une société « inclusive » en Occident qui tiennent depuis une vingtaine d'années un idéal commun dont le consensus semble traverser une multiplicité de sphère sociale (médiatique, académique, politique, militante). Si l'inclusion s'est largement diffusée et a remplacé l'usage du terme intégration en France (loi de 2005), nous nous questionnons plus largement sur ses intentions conceptuelles et ce qu'elles révèlent de l'état sociopolitique des valeurs démocratiques modernes. Historiquement corollaires aux mouvements militants en faveur de la participation des personnes handicapées en tant que sujet de droit, les intentions et premiers programmes nationaux à l'égard de l'inclusion se construisent principalement et simultanément sur l'accessibilité au travail et à l'éducation dans des contextes principalement nord-américains et scandinaves (Göransdotter, 2020 ; Hamraie, 2017). La lecture géohistorique de ces transformations sociales souligne le rôle que le design, en tant que pratique et discipline, opère comme facteur de normalisation et d'adaptabilité des corps (tant physiquement que mentalement), et paradoxalement pour l'affirmation de leurs singularités et de leur désir d'émancipation (Guffey & Williamson, 2020 ; Hamraie, 2017). De ce paysage ambigu, il importe d'interroger les différences paradigmatiques en termes d'inclusion et de participation pour lesquelles sont déployées certaines pratiques de conception, leur évolution et leur relation à la norme et à l'altérité. Dans le cadre de notre recherche-projet en design, ces interrogations s'imposent à nous depuis le milieu pédagogique et la rencontre avec des étudiants et étudiantes autistes. Elles marquent la nécessité d'expliciter de quoi, par et pour qui le design pour l'inclusion se fait garant dans un contexte sociohistorique défini. Par conséquent, en tant que praxis transformatrice (Freire, 1968 ; 1996), les pratiques de design éclairent les tensions ambivalentes et historiques qui existent entre des possibilités réparatrices et régulatrices, une dimension fonctionnaliste, et des perspectives critiques et pédagogiques, une dimension conscientisante. Sans s'opposer, ces approches de conception plurielles témoignent de la manière dont le travail d'un designer peut dépasser des cadres techniques de réalisation, « problem-framing » (Schön, 1984), et vient remettre en question les limites mêmes de ces cadres, « problem-posing » (Freire, 1968). Notre hypothèse indique que les designers dont les pratiques sont liées aux thématiques de vies lésées par la culture dominante, telle que celles des personnes autistes, incarnent en eux-mêmes une figure d'autorité dont il est nécessaire d'expliciter les responsabilités interdépendantes du processus de création et de réalisation, et leurs enjeux politiques et économiques (Costanza-Chock, 2020). Inscrite dans le cadre d'un programme national pour l'inclusion des étudiants et étudiantes autistes à l'université (programme NCU « Aspie-friendly, construire une université inclusive »), cette recherche-projet en design, empruntant aux théories des disability studies et au champ des pédagogies critiques, soumet alors des propositions quant à la façon d'envisager la responsabilité d'un designer dans l'acte de conception en passant d'un design pour l'inclusion à un design pour la pluralité (Arendt, 1958 ; Escobar, 2018 ; Gruendel, 2020).

  • Titre traduit

    From inclusion to plurality: design put to the test of normality.For a research-project situated from autism to university.


  • Résumé

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