Ethiques existentielles et "existentialistes" dans les oeuvres de Naguib Mahfouz, de Jean-Paul Sartre et de Juan Goytisolo

par Raouya Amrani Boukhobza

Projet de thèse en Litterature generale et comparee

Sous la direction de Bernard Franco.

Thèses en préparation à Sorbonne université , dans le cadre de École doctorale Littératures françaises et comparée (Paris) , en partenariat avec Centre de Recherche en Littérature Comparée (equipe de recherche) depuis le 10-07-2017 .


  • Résumé

    L'intitulé de notre sujet de thèse : Ethiques existentielles et "existentialistes" dans les œuvres de Naguib Mahfouz, de Jean-Paul Sartre et de Juan Goytisolo nous conduit à une problématique faite de distinctions successives. La première distinction problématique essentielle est la distinction de la morale et de l’éthique. Au cœur de cette première distinction apparaît à propos de l’éthique une différenciation entre éthique existentielle et éthique existentialiste ou « existentiale ». Enfin, notre problématique nous conduira à nous interroger sur les diverses pertinences d’une formule oxymorique qui résulte de l’étude approfondie des trois œuvres comparées : l’organisation de l’incohérence. L’essentiel de notre travail portera sur l’articulation entre la superficie sociale apparemment ordonnée et l’incohérence réelle qui la soutient en profondeur. Le résultat conjoint de ces deux réalités constitue ce que nous appelons l’incohérence organisée. Une éthique, des éthiques (le pluriel vient naturellement sous la plume), représentent une certaine façon d'ordonner des valeurs qui ne sont pas directement et nécessairement morales. Toutes ces éthiques sont des orientations de vie qui ne contredisent pas la morale universelle au sens kantien mais constituent des espaces de liberté personnelle. Une éthique "existentielle" fait le tout d'une vie. Les trois auteurs dont nous faisons l'étude comparative appartiennent à des univers culturels passablement éloignés. Mahfouz, l'écrivain égyptien novateur, qui propose dans le temps court de l'instantané (les nouvelles) et le temps long de la narration romanesque un précipité de toutes les contradictions de la société égyptienne nassérienne et post-nassérienne, ne paraît avoir en commun avec Jean-Paul Sartre que le suivi d'études de philosophie complètes, l'un au Caire, l'autre à Paris. Jean-Paul Sartre, l'écrivain des romans de l'existence pure, de l'existence "en trop", "contingente" et irrationnelle, a souvent accueilli dans son entourage le jeune Goytisolo, écrivain espagnol communiste réfugié en France. Juan Goytisolo devient pour toute la génération du franquisme, en Espagne et en France, le représentant littéraire majeur de la résistance au franquisme. Sa littérature "engagée" le rapproche de Sartre. Mais, à la mort de Franco, il décide d'abandonner ce statut et, à partir du roman Juan sans terre, il rompt définitivement avec l'Espagne et se proclame apatride, n'excluant plus aucune langue ni aucune parole, même la plus excessive. Par cette évolution, Goytisolo s'éloigne de Sartre mais se rapproche de Mahfouz par sa fréquentation des pays du Maghreb, par sa découverte des racines arabes de la littérature espagnole, lorsqu’il analyse par exemple les influences soufies qui orientent les écrits de Saint Jean de la Croix ou encore lorsqu’il signale tout ce que Cervantès a tiré de son séjour chez les barbaresques pour écrire son Don Quichotte. Nous avons fait le choix de désigner par le concept d' "existentialiste" une forme d'éthique existentielle originale et profonde qui apparaît dans les romans, les pièces de théâtre et les essais de Sartre - et surtout dans La Nausée -, parce que cette éthique nous la trouvons dans l'œuvre de Sartre, mais également dans l'œuvre de Mahfouz et de Goytisolo.

  • Titre traduit

    Existential Ethics and Existentialists in the literary works of Naguib Mahfouz, Jean-Paul Sartre and Juan Goytisolo


  • Résumé

    This topic leads our reflections to the different elements of successive distinctions. The first distinction, that we consider essentially problematic, is the distinction between Morality and Ethics. In the center of this distinction, at least regarding the Ethics, we observe a differentiation between existential Ethics and existentialistic Ethics. At this point, we would like to investigate the different relevance structures of oxymoron formulas, which will be the result of a profound comparative analysis of the works mentioned above. How is the incoherence organised? In the core of our study we focus on the junction between social surface, obviously ordered, and the actual incoherence, who, by the way, supports the social surface – a deep structure as a kind of feed back. The shared results from this two realities creates what we call “organized incoherence”. “One Ethics” doesn't actually exist. We think that “Ethics in the plural” is functional: it ordinates the values which are not directly and necessarily moral. All kind of Ethics provide orientation to life – without any contradiction to the universal morality in the sense of Kant. An “existential” Ethics opens a holistic view to life. The authors of our comparative study belong to very different cultural universes. Mahfouz is an innovating writer from Egypt, who offers in short term the momentary (the news) and in long term romantic narration a precipitation of the whole range of contradictions in the Egyptian society of both, the Nasser and Post-Nasser area. He does't have much in common with Sartre, except the fact that both authors have graduated in Philosophy, one in Cairo, the other in Paris. Sartre is the author of novels treating pure existence, though to much existence, contingent and irrational. He had a disciple, who visited him regularly: Goytisolo, a Spanish communist writer, who fleet to France. For a whole generation Goytisolo becomes emblematic, in France and in Spain, for the Resistance during the Franco dictatorship. His engagement brings him closer to Sartre. When Franco died, he decides to leave his “role”, from the novel “ Juan Sans Terre” on, he breaks definitely with Spain and declared himself “stateless”. From this moment on he doesn't restrict himself in terms of language and speech any more. Everything is allowed, even if it is excessive. Because of this evolution, Goytisolo moves away from Sartre and comes closer to Mahfouz, during his journeys through the Margeb countries. It is there where he discovers the Arabic roots of Spanish literature, when he for example analyses the Soufis influences on the writings of St Jean de la Croix or when he points out all that things that Cervantes has adopted in his stay by the Barbarians to write his Don Quichote. We have chosen to call the concept of “Existentialist” a form of original and profound existential Ethics; it appears in the novels, theatre plays and the essays and especiallly in “The Nausea”. We can not only find this Ethics in Sartres works, but also in the works of Mahfouz and Goytisolo.