Cri et Théâtralité dans les arts de la représentation au XXe siècle : peinture, théâtre, cinéma

par Élise Leménager-Bertrand

Thèse de doctorat en Arts du spectacle

Sous la direction de Gilles Declercq.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Arts et médias (Paris) , en partenariat avec Institut de recherches en études théâtrales (Paris) (laboratoire) depuis le 18-10-2016 .


  • Résumé

    Par l’analyse d’œuvres picturales, théâtrales et cinématographiques du XXe siècle, cette thèse interroge la construction artistique d’un cri qui déjoue une logique spectaculaire. En premier lieu, ce travail met en avant un moment de bascule sémantique et esthétique où le cri n’est plus le signe d’une douleur individuelle, comme il est théorisé par Lessing, mais le révélateur de forces invisibles. Son investissement par l’art et sa théâtralisation deviennent chez certains artistes du XXe siècle une manière de déplacer le cadre de la représentation hors d’une logique mimétique, pour préférer ce que Deleuze nomme une « logique de la sensation ». Celle-ci produit un effet plus immédiat sur le spectateur, mais demande à l’artiste de se désinvestir d’une tendance au spectaculaire et à la figuration. Contre la fascination par l’image, ce cri introduit une observation à la fois rapprochée et brouillée de l’événement. Notre étude problématise et analyse ce changement de régime représentatif sous le prisme pictural, puis le réaborde d’un point de vue scénique et dramaturgique à travers différents exemples. Parallèlement, ce travail remet en question l’innovation moderne de ce procédé en le confrontant à l’esthétique des siècles antérieurs et à l’héritage aristotélicien. Il démontre enfin que l’apport du XXe siècle se construit autour de la scénarisation d’un visage, d’un geste ou d’un corps criant, produisant une rhétorique de l’urgence. Celle-ci traduit un décloisonnement plus assumé de l’esthétique, l’ouvrant à une dimension politique et éthique qui fait de la construction d’un cri une adresse extra-diégétique, dépassant un autotélisme artistique.

  • Titre traduit

    Scream and Theatricality in the Arts of Representation in the 20th Century : painting, theater, cinema


  • Résumé

    Through the analysis of pictorial, dramatic and cinematographic works of the 20th century, this thesis questions the artistic construction of a scream as opposed to a spectacular logic. First of all, this work highlights a moment of semantic and aesthetic shift during which the scream was no longer the sign of an individual pain, as theorized by Lessing, but the revelation of invisible forces. Its investment by art and its theatricalization become for certain artists of the 20th century a way of moving the frame of representation out of a mimetic logic, to prefer what Deleuze names a "logic of sensation". This logic has a more immediate effect on the spectator, but asks the artist to divest himself of a tendency to the spectacular and the figuration. Against the fascination by image, this scream allows a close yet blurred observation of the event. Our study problematizes and analyzes this change of representative regime under the pictorial prism, and then reconsiders it from a scenic and dramaturgical point of view through different examples. At the same time, this work questions the modern innovation of this process by confronting it to the aesthetics of previous centuries and to the Aristotelian heritage. Finally, this thesis demonstrates that the contribution of the 20th century is the scenarization of a face, a gesture or a screaming body, thus producing a rhetoric of urgency. The latter expresses a more strongly affirmed decompartmentalization of aesthetics and brings a political and ethical dimension to it, dimension which transforms the construction of a scream to an extra-diegetic address, beyond artistic autotelism.