Les commanderies des Templiers et des Hospitaliers de Saint-Jean en Auvergne et en Velay (XIIème – XVème siècles). Structures spatiales, cadres de vie et architectures

par Laurent d'agostino

Projet de thèse en Histoire et civilisations


Sous la direction de Laurent Schneider.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 21-12-2016 .


  • Résumé

    En janvier 1129, le concile de Troyes a consacré la naissance du premier ordre religieux militaire de la Chrétienté, l’ordre du Temple, voué à la défense des Etats Latins d’Orient. À sa suite, l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean, d’abord tourné vers le soin et l’accueil des pèlerins et des malades à Jérusalem, a opéré cette mutation fondamentale et s’est militarisé dans les années 1130. Pour soutenir le front de la guerre permanente entre les Etats latins et les Sultanats ayyoubides puis mamelouks et financer leurs multiples châteaux et leurs garnisons, les Templiers et les Hospitaliers ont développé une institution originale, la commanderie. Destinées à organiser et à faire fructifier les possessions réunies en Occident, ces seigneuries ecclésiastiques furent fondées principalement à partir des donations des lignages seigneuriaux qui se reconnaissaient dans l’action concrète de ces ordres chevaleresques et y trouvaient une réponse à leurs aspirations spirituelles. Elles regroupaient des terres, des droits, des bâtiments et des infrastructures économiques, au sein desquelles vivait et travaillait une population de frères, mais aussi de convers, les donats, de salariés et de tenanciers. Organisées en circonscriptions territoriales régionales, les Provinces pour le Temple et les Langues pour l’Hôpital, ces commanderies regroupaient un réseau de dépendances, les membres, autour d’un chef-lieu. À leur tête, chaque commandeur jouissait d’une certaine autonomie par rapport au siège de son ordre mais devait, chaque année, assurer la rentabilité de son domaine et reverser au couvent une part de ses revenus, la responsio. Au cœur du Massif central, dans les anciens diocèses de Clermont, de Saint-Flour et du Puy, les ordres religieux militaires étaient présents dès les années 1130 et ont développé leurs premières maisons avant le milieu du XIIème siècle. Taillées dans les marges de territoires déjà très largement occupés par d’autres ordres religieux plus anciens, les commanderies s’organisaient en réseaux structurés autour des villes et des axes routiers, leur permettant un accès aisé aux infrastructures économiques. Les maisons plus rurales étaient réparties sur tout le territoire et les granges, petites exploitations agricoles autonomes, géraient une partie du domaine et permettaient de diversifier l’activité et les sources de revenus, par la céréaliculture et la viticulture en Limagne et dans le val d’Allier, par l’élevage bovin et ovin sur les hauts plateaux du Velay, de la Margeride et des Combrailles et dans les estives des massifs plus élevés du Sancy et du Cantal. Au-delà d’un outil de gestion économique, la commanderie se définit aussi sous l’angle de ses manifestations matérielles, dont une partie seulement nous est parvenue ; au centre de chaque domaine, les Templiers et les Hospitaliers ont construit de nombreux bâtiments religieux, résidentiels et agricoles. Le croisement des sources écrites et des données archéologiques livre une image dynamique de ce que les textes nomment la « maison de la commanderie », associant des édifices conventuels dans lesquels résidaient les frères, des chapelles destinées à la communauté religieuse et, parfois, des églises paroissiales qu’ils administraient, participant à l’encadrement spirituel des populations, enfin des espaces agricoles et utilitaires. Au fil du Moyen Âge, l’organisation et l’architecture de ces maisons a connu plusieurs mutations majeures, marquées tout d’abord par le procès du Temple et la remise de ses biens aux Hospitaliers, qui entraînèrent de profondes modifications dans l’organisation des domaines. Puis les crises du XIVème siècle et enfin les guerres de Religion ont provoqué, dans un double mouvement, la destruction et la ruine de nombreux édifices et, parallèlement, la fortification de ceux qui subsistaient.

  • Titre traduit

    The commanderies of the Templars and the Knight Hospitallers of Saint John in Auvergne and Velay (12th - 15th centuries). Spatial structures, living environnement and architecture


  • Résumé

    In January 1129, the Council of Troyes consecrated the birth of the first military religious order of Christianity, the Order of the Temple, dedicated to the defense of the Crusader States. In its wake, the order of the Knight Hospitallers of Saint John, initially providing care to pilgrims and sick people in Jerusalem, made this fundamental change and became militarized in the 1130s. To support the front of the permanent war between the Crusader States and the Ayyubid and then Mamluk Sultanates and to finance their multiple castles and their garrisons, the Templars and the Hospitallers developed an original institution, the commandery. These ecclesiastical seigneuries were intended to organize and make the processions gathered in the West fruitful. They were founded mainly from donations by seigniorial lineages who recognized themselves in the concrete action of these chivalric orders and found in them an answer to their spiritual aspirations. They brought together agricultural lands, rights, buildings and economic infrastructures, within which lived and worked a population of brothers, but also lay brothers, donats, employees and tenants. Organized into regional territorial districts, the Provinces for the Temple and the Langues for the Hospital, these commanderies brought together a network of dependencies, the members, around a center. At their head, each commander enjoyed a certain autonomy in relation to the headquarters of his order. However, each year, he had to ensure the profitability of his domain and donate to the convent a part of his income, the responsio. In the heart of the Massif Central, in the ancient dioceses of Clermont, Saint-Flour and Le Puy, military religious orders were present from the 1130s and developed their first houses before the middle of the 12th century. Carved into the margins of territories already largely occupied by other older religious orders, the commanderies were organized in networks structured around towns and roads, allowing them easy access to economic infrastructure. The more rural houses were spread over the entire territory and the barns, small autonomous agricultural holdings, managed part of the domain and made it possible to diversify the activity and the sources of income, through cereal growing and viticulture in Limagne and in the valley of Allier, by raising cattle and sheep on the highlands of Velay, Margeride and Combrailles and in the summer pastures of the higher massifs of Sancy and Cantal. Beyond being a tool of economic management, the commandery is also defined from the point of view of its material manifestations, only a part of which has come down to us. At the center of each domain, the Templars and the Hospitallers built many religious, residential and agricultural buildings. The cross-checking of written sources and archaeological data provides a dynamic image of what the texts call the "commandery's house", combining conventual buildings in which the brothers resided, chapels intended for the religious community and, sometimes, churches parishes that they administered, taking part in the spiritual guidance of the populations, and finally agricultural and utilitarian spaces. Throughout the Middle Ages, the organization and architecture of these houses underwent several major changes, marked first of all by the trial of the Temple and the handing over of its property to the Hospitallers, which led to profound changes in the organization of the domains. Then the crises of the 14th century and finally the Wars of Religion caused, in a double movement, the destruction and ruin of many buildings and, at the same time, the fortification of those which remained.