Se rapprocher des distances - comprendre le rôle des distances dans la formation des alliances internationales

par Juliane Engsig

Thèse de doctorat en Sciences de Gestion

Sous la direction de Frédéric Le roy et de Paul Chiambaretto.

Thèses en préparation à Montpellier , dans le cadre de EDEG - Economie Gestion , en partenariat avec MRM - Montpellier Recherche en Management (laboratoire) .


  • Résumé

    De nos jours, les technologies et les infrastructures modernes offrent la possibilité aux entreprises de nouer des alliances avec des partenaires situés aux quatre coins du globe. Mais quels sont les facteurs qui président au choix du partenaire et conduisent à en désigner un parmi la masse des partenaires potentiels ? La littérature répond en partie à cette question lorsqu'elle indique que ce partenaire doit permettre l'accès à des ressources spécifiques que l'entreprise ne possède pas. Cela concerne notamment l'accès aux marchés (en particulier étrangers), ou à des ressources nouvelles, de meilleure qualité, moins chères ou plus efficaces. Une autre partie de la réponse met en avant le contexte dans lequel les alliances internationales sont créées, contexte qui peut être analysé par le biais du concept de distance. Outre la distance physique (géographique), ce concept multidimensionnel intègre l'ensemble des différences susceptibles de séparer deux partenaires : psychique, culturelle, administrative, économique, technologique, etc. Nous avons constaté que l'influence de ces différents types de distance était relativement sous-étudiée dans la littérature consacrée aux alliances internationales. Notre projet de thèse vise à combler ce manque en examinant l'impact de plusieurs types de distances sur la création des alliances internationales. Notre but est de convaincre les chercheurs comme les professionnels de la nécessité de considérer les éléments contextuels afin de mieux comprendre ce qui détermine les alliances internationales. Au travers de trois articles, en utilisant différentes unités de distances et différents niveaux d'analyse, nous nous appuyons sur le modèle CAGE (« Cultural, Administrative, Geographic, Economic ») Distance Framework pour explorer la formation des alliances internationales. Premièrement, nous étudions les endroits où les alliances sont créées en examinant les flux d'alliances existants entre paires de pays. Dans un second temps, nous nous centrons sur la façon dont les différents types de distances influent sur le choix du mode de gouvernance de l'alliance, en comparant trois objectifs : les alliances de R&D, de marketing et de production. Enfin, dans un troisième article nous interrogeons la façon dont sont mesurées ces distances en analysant les effets des distances à l'échelle des villes, ce qui nous conduit à établir une typologie de la formation des alliances internationales. Les résultats de nos trois articles révèlent que, lorsque l'on examine plusieurs types de distances, un partenaire d'alliance “proche” reste généralement privilégié, dans notre monde d'apparence si globalisé. Nous mettons en évidence également que les conséquences liées aux différents types de distances varient en fonction des objectifs de l'alliance concernée, et conduisent à des modes de gouvernance différents. En outre, lorsque nous travaillons avec ces distances, nous montrons qu'il importe de reconsidérer les échelles d'analyse et de ne pas négliger les micro-localisations. Nous estimons enfin que chaque contexte est spécifique ; il nous paraît nécessaire de se demander quels types de distances sont les plus importants à considérer, dans une situation d'alliance donnée. Nous concluons en soulignant que dans notre monde globalisé les distances continuent à jouer un rôle important dans la création des alliances internationales, et que le contexte devrait devenir un paramètre prédominant pour qui cherche à en comprendre les déterminants.

  • Titre traduit

    "Consider distances closely - unpacking the role of distances in international alliance formation"


  • Résumé

    For companies, modern technology and infrastructure make it possible to create alliances with partners anywhere in the world. But why are certain alliance partners chosen out of all the potential partners worldwide? One part of the answer found in the literature, is access to specific resources which the companies do not hold themselves, such as access to foreign markets, more skilled or cheaper labor, or faster or unique resources. Another part of the answer is the context in which the international strategic alliances are created. This context can be analyzed through the multidimensional concept of distance. Distance is defined as more than the physical (geographic) one separating two partners. It can also include numerous other types of significant differences such as psychic, cultural, administrative, economic, technological, etc., differences or ”distances” between the partners. We argue that the effect of various distances remains partially underinvestigated in the literature dedicated to international alliances. We wish to fill this gap by examining how several different types of distances between partners affect the formation of international alliances. Our aim is to persuade researchers as well as practitioners to critically examine and integrate the concept of distances when evaluating the determinants for international alliances. Using different types of distances and various levels of analysis, we build on the CAGE (Cultural, Administrative, Geographic, Economic) Distance Framework to explore international alliance formation, structured around three articles. First, we study where alliances are created by looking at the flows of alliances between country pairs. Secondly, we zoom in on how different types of distances affect the choice of alliance governance modes according to the three alliance objectives: R&D, marketing and manufacturing. Finally, we question how to measure distances by investigating distance effects at the city-level, which leads us to create a typology of international alliance formation. Based on the three articles, we reveal that a ”close” alliance partner is usually preferred in a seemingly global world when looking at several types of distances. We also highlight that the risks related to the different types of distances vary according to the alliance objectives and lead to different governance modes. Furthermore, we show that when working with distances, it is important to reconsider the scales of analysis and not to neglect micro-locations. We find that the context is specific and that one should ask which distances are the most important in a given alliance situation. We conclude that distances can be critical when creating international alliances in a global world, and that the context should become a predominant parameter for those seeking to evaluate their determinants.