Thèse soutenue

L'altruisme au cœur des conditions de l'Éducation : éthique de la relation éducative et émergence de la personne : investigation philosophique

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Auteur / Autrice : Tommy Terraz
Direction : Marie-Louise MartinezEirick Prairat
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences de l'education
Date : Soutenance le 30/11/2018
Etablissement(s) : Normandie
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Homme, sociétés, risques, territoire (Rouen)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre interdisciplinaire de recherche normand en éducation et formation (Caen ; 2017-....)
Etablissement de préparation de la thèse : Université de Rouen Normandie (1966-....)
Jury : Examinateurs / Examinatrices : Marie-Louise Martinez, Eirick Prairat, France Jutras, André Pachod, Michel Fabre, Alain Mougniotte
Rapporteurs / Rapporteuses : France Jutras, André Pachod

Résumé

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L’éducation est une relation humaine vivante et nécessaire. Tissée de valeurs et tendue vers des finalités, elle comporte une dimension intrinsèquement éthique. Elle implique d’emblée le respect de tous les êtres humains ; chacun d’entre eux, sans exception, est toujours une Personne qui doit être respectée de façon inconditionnelle et universelle dans sa dignité, dans les principes de non-nuisance et de non-violence. De plus, si l’on considère qu’éduquer consiste à agir en relation en vue de faciliter l’émergence relationnelle de chacun des sujets éduqués comme personne dans ses dimensions plurielles (par exemple morale, sociale, cognitive, citoyenne, artistique, physique), ainsi qu’à mettre en place les conditions lui permettant de cheminer vers davantage de liberté intérieure et vers un mieux-être, alors nous pouvons entrevoir que l’éducation et l’altruisme semblent intimement liés. Pourtant, la notion d’altruisme n’a pas encore été interrogée de manière explicite et spécifique en sciences et philosophie de l’éducation. Ce travail entend réparer cet oubli et consiste ainsi à construire puis à explorer une problématique de recherche portant sur l’altruisme en éducation. Cette interrogation apparaît d’autant plus légitime que l’époque actuelle, qualifiée parfois d’hypermoderne, est une période charnière caractérisée par des mutations plurielles, des promesses comme des difficultés, qui sont autant de défis à relever. Dans ce contexte, et en vue d’échapper au double piège du nihilisme et du dogmatisme, il apparaît fondamental de s’interroger sur des repères universalisables, à la fois théoriques et praxéologiques, non exhaustifs, et à réinterroger sans cesse, à propos de ce que semblent être les principales conditions, valeurs et finalités d’une relation véritablement éducative. À travers une démarche philosophique au sein des sciences de l’éducation, le parcours réflexif et spéculatif proposé mobilise les domaines de l’éthique, de l’épistémologie, de l’ontologie, de la philosophie du langage et de l’anthropologie philosophique, tout en s’articulant avec les études scientifiques ; l’investigation porte sur les liens entre l’éthique de l’éducateur et l’émergence relationnelle du sujet éduqué comme personne. L’altruisme est inconditionnel, universel et désintéressé. Il s’agit d’une vertu éthique relationnelle avec laquelle il est possible de se familiariser et de progresser durablement. C’est une intention dynamique – qui va colorer les actes de l’agent moral dans la relation avec, par et pour autrui – que l’autrui universel puisse accéder de façon durable à davantage de liberté intérieure et de bonheur. L’altruisme favorise l’instauration d’une juste et bonne distance dans la relation éducative, qui permet d’éviter les pièges de la fusion relationnelle, de la manipulation, du dressage, comme de la totale permissivité, de l’indifférence, du laxisme et de la complaisance. La démonstration logique et analytique fait apparaître progressivement que l’altruisme est au cœur des conditions de l’Éducation, ce qui pourrait participer à l’ouverture d’un nouveau regard, voire à la constitution d’un nouveau paradigme. Se dessinent alors, de manière réflexive et non moraliste, les contours possibles (philosophiques, empiriques, pédagogiques et institutionnels) d’une éthique éducative de l’altruisme qui pourrait faire l’objet d’une démarche de sensibilisation auprès des professionnels des métiers de l’éducation, mais qui ne saurait être imposée. Prenant la forme d’une invitation à philosopher soi-même, elle s’appuie sur le discernement, l’expérience et la réflexion personnelle de l’éducateur en tant qu’agent moral. Cette éthique éducative, laïque, prend forme à travers une praxis relationnelle, étroitement liée à l’avènement du dialogue dans l’intégration interlocutive et éthique du tiers personnel, d’une autorité éducative émancipatrice, ou encore du postulat d’éducabilité.