Passage à l’écriture, écriture du passage : sur les traces d’adultes migrants en ateliers d’écriture

par Nathalie Matheu

Thèse de doctorat en Sciences du langage

Sous la direction de Nathalie Auger.

Le président du jury était Jacques Bres.

Les rapporteurs étaient Jean-Louis Chiss, Claire Doquet-Lacoste.


  • Résumé

    Depuis une vingtaine d’années, la didactique de l’écrit enrichit ses réflexions et ses pratiques par les recherches menées notamment en sciences du langage et en génétique textuelle (Fabre, 1990 ; Doquet, 2011 ; Chiss, 2012). Ces travaux, qui envisagent l’écriture dans sa dynamique scripturale, s’interrogent sur la façon dont se construit l’écriture en acte (Fénoglio & Chanquoy, 2007). En effet, après les travaux de J. Derrida (1967) et de J. Goody (1977/1979), qui ont destitué l’hégémonie de la pensée logocentriste, nous ne pouvons plus réduire l’écriture à un code second, comme double représentation de la pensée et du langage qui l’oralise. L’écriture, par ses fonctions spécifiques, tisse des liens étroits avec la mémoire, à la fois par l’activation anamnésique et par l’usage averti des artefacts hypomnésiques (instrument graphique et support). Ce double jeu de la mémoire (anamnèse et hypomnèse), qui répond à celui de l’écriture, permet le passage au scriptural en orchestrant une chaîne qui, de façon symbolique, réunit voix et écriture et ouvre ainsi des espaces d’inscription du sujet écrivant. Cette réflexion épistémologique a nourri l’élaboration de séquences didactiques expérimentales favorisant le passage à l’écriture d’adultes migrants, sous la forme d’ateliers d’écriture, qui s’inscrivent dans l’introduction didactique des Arts du Langage (Meschonnic, 1982 ; Auger & Pierra, 2006 ; Aden, 2008) dans des contextes d’enseignement-apprentissage de français langue seconde (FLS). Ce dispositif a permis de construire un corpus de 74 textes manuscrits, recueillis en observation participante, en contexte associatif. L’analyse qualitative des données, en mobilisant les outils théoriques et méthodologiques de l’analyse du discours et de la génétique textuelle, s’est organisée autour d’une triple mise en perspective des notions de passage et d’écriture. L’examen des traces graphiques permet en effet de mettre au jour (1) les stratégies d’entrée des scripteurs dans l’écriture en FLS, (2) les retours sur le déjà écrit, notamment par le biais des ratures, qui donnent à voir une dialogisation interne (Bres, 1988) inhérente à la mise en écriture et (3) l’émergence des souvenirs reconstruisant le parcours migratoire, créant ainsi une écriture du passage.

  • Titre traduit

    Transition to writing, writing in transition : on the textual journey of adult migrants in writing workshops


  • Résumé

    For the last twenty years, writing pedagogy has been enriched in reflection and practice by research, most notably, from linguistics and genetic criticism (Fabre, 1990; Doquet, 2011; Chiss, 2012). These studies, which consider writing within its scriptural dynamic, have examined the construction of the act of writing (Fénoglio & Chanquoy, 2007). In light of the contributions of J. Derrida (1967) and J. Goody (1977/1979), who dismissed the hegemony of logocentric thought, writing can effectively no longer be reduced to a secondary code, a dual representation of thought and the language that gives voice to it. With its specific functions, writing is intertwined with memory, both through anamnesic activation and the informed use of hypomnesic artifacts (writing instruments and media). The double memory game (anamnesis and hypomnesis), which contributes to the process of writing, enables the transition to the written mode by orchestrating a chain that, in a symbolic way, links voice and writing and thus opens inscriptional spaces for the writing subject. This epistemological refection supported the development of experimental instructional sessions, which took the form of writing workshops, designed to support migrant adults’ transition to writing. The workshops were implemented as part of a broader introduction to the language arts (Meschonnic, 1982; Auger & Pierra, 2006; Aden, 2008) in contexts of teaching and learning French as a second language (FSL). This arrangement allowed for the construction of a corpus of 74 textual manuscripts, collected by means of participant observation in the context of volunteer work. The qualitative analysis of data, examined through the application of theory and methods from discourse analysis and textual genetics, was organized around a three-pronged approach to the notions of transition and writing. The examination of graphic marks makes it possible to uncover (1) the initial strategies of FLS writers, (2) their reconsideration of previously written text, notably by means of deletions, which reveal inner dialogism (Bres, 1988) inherent to the production of writing, and (3) the emergence of memories that reconstruct the migrant experience, and which constitute writing in transition.

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