Thèse soutenue

La fabrique de la ville en Bosnie ottomane : espaces et sociétés de villes fondées dans une province frontalière de l'Empire ottoman (XVe-XVIIe siècles) - Sarajevo, Çelebi Pāzārı/Rogatica, Jajce et Yeñice-i Yāyçe

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Auteur / Autrice : Vincent Thérouin
Direction : Eloïse Brac de la Perrière
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Théorie et pratique de l'archéologie
Date : Soutenance le 14/01/2026
Etablissement(s) : Sorbonne université
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Histoire de l’art et archéologie (Paris ; 1992-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre André-Chastel (Paris ; 2004-....)
Jury : Président / Présidente : Philippe Gelez
Examinateurs / Examinatrices : Maxime Durocher, Astrid Meier
Rapporteurs / Rapporteuses : Nicole Kançal-Ferrari, Jean-Pierre Van Staëvel
DOI : 10.70675/3d10a898zc754z4ec8zaad4z5c6cb5de0e85

Mots clés

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Résumé

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Dans l'étude du fait urbain en Islam, les villes établies ex nihilo de la période dite « classique » (VIIe-XIe siècles), telles que Fustat, Bagdad ou Samarra, constituent des sujets privilégiés. Ces espaces urbains ont offert l'opportunité d'observer l'articulation entre matérialité et société, dans un contexte de formation du pouvoir politique et de la norme religieuse intervenant après une période d'expansion du dār al-islām. Dans le sillage de la conquête ottomane des Balkans (entamée à la fin du XIVe siècle) et au moment d'une recomposition du pouvoir ottoman, c'est donc dans un contexte analogue qu'intervient le développement de villes à travers la péninsule balkanique. Pourtant, la région est restée à l'écart du renouvellement de la recherche en histoire urbaine ottomane, tandis que les modèles orientalistes continuent de structurer l'historiographie bosnienne. Plus largement, l'étude des « villes héritées », permettant d'observer la transition entre sociétés pré-ottomanes et ottomane, a été préférée à celles des « villes fondées ». Cette thèse entend ainsi contribuer à l'étude des processus d'urbanisation réalisés sous l'égide des Ottomans entre le XVe siècle et le XVIIe siècle en Bosnie, une région qui, à l'échelle de la péninsule balkanique, se singularise par un nombre élevé de villes fondées. Cette thèse s'intéresse plus précisément aux trajectoires de quatre sites : Sarajevo, Çelebi Pāzārı/Rogatica et Yeñice-i Yāyçe/Mrkonjić Grad - trois établissements développés par les Ottomans - et Jajce - un établissement tardo-médiéval réoccupé, qui donna son nom à Yeñice-i Yāyçe.Pour saisir ces processus, la méthode mobilisée s'appuie sur des travaux en géohistoire et archéogéographie portant sur les espaces urbains médiévaux et moderne d'Europe de l'Ouest. Ce travail reprend la distinction entre fabrique et fonctionnement de la ville, c'est-à-dire, d'un côté, l'évolution essentiellement matérielle de l'espace urbain et, de l'autre, les causes, notamment sociales, de cette évolution. Le corpus documentaire réunit des vestiges archéologiques, des plans parcellaires austro-hongrois ainsi que des registres fiscaux ottomans (tapu tahrir defterleri) et des actes constitutifs de fondation pieuse (vaḳfiye). Les pôles (principalement des lieux de culte, comme les mosquées congrégationnelles et les oratoires) ont été placés au centre de la collecte, de l'alignement et de l'analyse de données, car ils structuraient à la fois les quartiers urbains et les réseaux territoriaux. Guidé par le recours à un SIG, le travail a consisté à compiler, aligner puis spatialiser des données d'ordre architectural, démographique et économique pour chaque établissement et chaque quartier. La spatialisation des données a donc permis de décrire précisément l'évolution des sites étudiés entre le milieu du XVe siècle et la fin du XVIIe siècle, et ainsi de présenter la fabrique de la ville dans une première partie. Pour éclaircir son fonctionnement, cette thèse s'est aussi intéressée, dans une seconde partie, à deux objets fondamentaux : les pôles de quartiers et les quartiers eux-mêmes. À travers un examen architectural d'une matérialité généralement peu considérée (maçonnerie de terre crue) et des essais de lecture morphologique du parcellaire, il s'agissait de revenir sur l'évolution de ces objets et d'observer les rapports qu'entretenaient les sociétés citadines à leur égard. Ce faisant, une nouvelle définition de la ville en contexte ottoman a pu être proposée. Cette étude entend constituer un premier jalon dans un plus ample examen des processus des fondations urbaines qui traversent les Balkans à la période moderne.