Michel Foucault, le pouvoir de la vérité et la volonté de savoir
| Auteur / Autrice : | Charlotte Cumer |
| Direction : | Marie Cuillerai |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Philosophie politique |
| Date : | Soutenance le 09/12/2025 |
| Etablissement(s) : | Université Paris Cité |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences des sociétés (Paris ; 2019-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Laboratoire de changement social et politique (Paris ; 2014-...) |
| Jury : | Président / Présidente : Frédéric Rambeau |
| Examinateurs / Examinatrices : Guillaume Le Blanc, Bernard E. Harcourt | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Stéphane Douailler, Judith Revel | |
| DOI : | 10.70675/4beada7bzff1bz4b99z8297zce10b0fb8f88 |
Résumé
Notre travail de recherche s'attache à ressaisir des lignes de force dans la philosophie de Michel Foucault pour ce qui concerne le problème de la vérité qu'affronte une pensée qui sait son lien involontaire à la vérité, et s'anime d'un mouvement difficile de déliaison et de reliaison avec elle - une pensée qui se fait expérience, et qui se veut aussi savoir. ''C'est cela le rapport difficile à la vérité, la façon dont cette dernière se trouve engagée dans une expérience qui n'est pas liée à elle et qui, jusqu'à un certain point, la détruit'', nous dit Foucault lors d'un entretien, ouvrant une manière de concevoir et d'expérimenter le philosopher. Pour suivre ces lignes de force, la trame de notre investigation est celle d'une volonté de savoir foucaldienne, dont nous retrouvons des expressions en circulant librement dans les textes de Foucault. Nous rappelons d'abord la délivrance du savoir, et l'antagonisme entre vouloir connaître et vouloir la vérité dans l'interprétation que déploie Foucault de Nietzsche, qui nous conduit à la volonté de savoir généalogique, en particulier lorsqu'elle découvre l'appartenance de la vérité à l'indéfini de la lutte et des rapports de forces en faisant sa propre généalogie. Elle valorise la subjectivité guerroyante qui se singularise dans ce fragment historique et intempestif de vouloir-savoir. Nous nous arrêtons ensuite sur le lien involontaire à la vérité qui n'est plus celui inextirpable du sujet traditionnel de la connaissance. A contrario, le pouvoir de la vérité est envisagé dans la perspective de l'assujettissement, pour rappeler la manière dont Foucault a problématisé le ''tu dois'' immanent à la vérité particulièrement dans son régime philosophico-scientifique, qui permet d'interroger le lien de la vérité à la valeur contraignante. Ce point nous amène à faire un détour par la philosophie de l'idiot de Léon Chestov, suivant la belle interprétation deleuzienne, et à la distinction que fait le penseur slave entre la vérité qui contraint et la vérité qui persuade, à partir de quoi nous retrouvons la dramatisation par Foucault de la contrainte oedipienne de notre discours vrai. Contrainte qu'il pervertit, pour déployer une volonté de savoir dans une histoire ouverte et événementielle, à travers ses discours historiques et fictifs qui renouvellent des points de polémique du réel. Ce savoir est en même temps une expérience, laquelle est liée à une forme de véridicité, dans une fidélité nietzschéenne, sans qu'elle s'y réduise. Le cheminement à travers ces jeux, points de lacune, investissements et perversions des dires-vrai et de leurs obligations, qui gravitent autour des rapports entre l'événement, le savoir et le pouvoir, apprécie une expérience singulière de pensée pour laquelle il ne doit jamais être ''inutile de se soulever''. Notre recherche se termine avec les textes de Foucault sur le soulèvement iranien, qui rappellent le sens et la portée de ces déplacements, et mettent en lumière un point de la révolte et son irréductibilité plurivoque, à la fois dans l'histoire et ''hors d'histoire''.