Thèse soutenue

La littératie chez les sourds : états des lieux sociolinguistique et linguistique, perspectives didactiques

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Auteur / Autrice : Raphael Prenovec
Direction : Anne Lacheret-DujourCaroline Bogliotti
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences du langage
Date : Soutenance le 09/01/2025
Etablissement(s) : Paris 10
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Connaissance, langage, modélisation (Nanterre, Hauts-de-Seine ; 1992-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Laboratoire MoDyCo (Nanterre)
Jury : Président / Présidente : Mehmet-Ali Akıncı
Examinateurs / Examinatrices : Anne Lacheret-Dujour, Caroline Bogliotti, Mehmet-Ali Akıncı, Georgeta Cislaru, Sarah de Vogüé, Marie Perini
Rapporteurs / Rapporteuses : Mehmet-Ali Akıncı, Georgeta Cislaru
DOI : 10.70675/765ca0deze177z4f6azaefazad60e3b60c67

Mots clés

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Mots clés contrôlés

Résumé

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Dans les apprentissages de la lecture et de l’écriture les apprenants sourds rencontrent des difficultés avérées. Quelle est la source de leur échec ? Est-ce que tous les sourds rencontrent les mêmes difficultés ? Ou bien ces dernières diffèrent-elles selon leur profil linguistique ? Pour répondre à ces questions, nous nous sommes donné pour objectif d’explorer les écrits sourds et de les comparer à ceux de leurs homologues entendants. Pour mener à bien cette exploration, nous avons sélectionné un échantillon de 66 apprenants sourds profonds, congénitaux et prélinguaux, âgés de 15 ans environ, pour évaluer leurs habiletés communicatives à l’oral et savoir si leurs profils correspondraient à ceux que nous voulions évaluer à l’écrit. Cela nous a permis de constituer le CORPUS ALPHA’ (20h56min d’entretiens filmés). Puis, nous les avons évalués à l’écrit selon le même protocole, ce qui nous a permis de constituer le CORPUS ALPHA (226 pages manuscrites). Parallèlement, nous avons soumis 28 jeunes scripteurs normo-entendants du même âge au même test écrit, ce qui nous a permis de constituer le CORPUS ALPHA TEST (124 pages manuscrites). Pour l’exploration des écrits sourds, un schéma d’annotation a été appliqué sur ces deux corpus pour comparer et évaluer les compétences grammaticales des sujets sourds et des sujets entendants à l’écrit. Trois domaines de compétence ont été sélectionnés pour l’étude : l’orthographe lexicale, la compétence morphologique (flexions et dérivations) et la compétence syntaxique.Des analyses quantitatives et qualitatives des corpus annotés ont ensuite été produites pour répondre à deux questions principales : (i) ces compétences varient-elles en fonction des profils (sourds oralistes, sourds natifs LSF et sourds tardifs LSF) ; (ii) les variations observées chez les scripteurs sourds et les scripteurs entendants éclairent-elles l’hypothèse d’une littératie sourde ? Les résultats enregistrés nous ont permis de mieux comprendre comment les sourds abordent les apprentissages de la lecture et de l’écriture de la langue française, de comprendre comment ils traitent l’information écrite et de comprendre les raisons de leurs difficultés à l’écrit. Si la surdité impacte indubitablement leurs apprentissages de la lecture et de l’écriture, cet impact varie en fonction de leur profil linguistique. Notre travail d’exploration des écrits sourds nous a permis de mettre en évidence un continuum au niveau des erreurs commises, nous permettant de reconnaître l’existence d’une littératie sourde comme avérée. Les différences entre les écrits sourds et les écrits entendants étant significatives dans les différents domaines linguistiques explorés. Chez les sourds du Corpus ALPHA, dans le domaine de compétence en orthographe lexicale, les correspondances grapho-phonémiques et phono-graphémiques ne sont pas suffisamment acquises et la conscience phonologique, bien que sollicitée, n’est pas suffisamment développée. Elles sont compensées par des stratégies de traitement visuel. Dans le domaine de compétence syntaxique, nous observons une explosion de fautes qui sont l’expression de lacunes qui ne parviennent pas à se résorber et de nombreuses difficultés accumulées. En revanche, l’absence de significativité entre le nombre d’erreurs commises par les sourds et les entendants dans le domaine de compétence morpho-flexionnelle montrent que les scripteurs sourds possèdent pourtant des compétences avérées, lesquelles semblent malheureusement par eux mal exploitées. Nous proposons des pistes de travail pour permettre aux sourds de développer un bon niveau de littératie, au moins identique à celui de leurs homologues entendants.