Influence des symbiotes secondaires sur l’utilisation et la sélection de la plante hôte chez l’aleurode du tabac, Bemisia tabaci
| Auteur / Autrice : | Sylvain Benhamou |
| Direction : | Laurence Mouton, Federica Calevro, Fabrice Vavre |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Biologie |
| Date : | Soutenance le 10/03/2022 |
| Etablissement(s) : | Lyon |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Evolution Ecosystèmes Microbiologie Modélisation (Lyon ; 1999-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | établissement opérateur d'inscription : Université Claude Bernard (Lyon ; 1971-....) |
| Laboratoire : Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutive | |
| Jury : | Président / Présidente : Ellen Decastaecker |
| Examinateurs / Examinatrices : Laurence Mouton, Federica Calevro, Fabrice Vavre, Simon Fellous, Élisabeth Huguet, Emmanuel Desouhant, Thibaut Malausa | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Simon Fellous, Élisabeth Huguet |
Mots clés
Résumé
Les symbiotes microbiens sont universels chez les eucaryotes, et il est désormais admis que les associations symbiotiques représentent une source d’innovation biologique et évolutive. Cependant, la contribution des symbiotes à l’adaptation écologique et la diversification de leurs hôtes est encore méconnue. L’aleurode du tabac Bemisia tabaci est un complexe d’espèces cryptiques très diversifié. Tous les membres de ce complexe sont associés à un symbiote obligatoire, dit ‘primaire’, Portiera aleyrodidarum, qui est indispensable à la survie de son hôte. Portiera fournit à B. tabaci des nutriments (acides aminés, vitamines) essentiels à son développement et à sa croissance, mais qui sont très peu représentés dans son régime alimentaire, la sève phloémienne des plantes. Comme chez beaucoup d’insectes phloémophages, la plupart des individus de B. tabaci hébergent également un ou plusieurs symbiotes facultatifs, dits ‘secondaires’, dont les rôles ne sont pas encore totalement élucidés. Dans cette thèse, nous avons exploré si et comment les symbiotes secondaires influencent l’utilisation et la sélection de la plante hôte par B. tabaci, en utilisant trois lignées associées à différents cortèges symbiotiques. Afin de mieux appréhender les interactions entre B. tabaci, ses symbiotes et les plantes, nous avons d’abord analysé les traits d’histoire de vie et la physiologie de ces trois lignées quand elles sont élevées sur trois plantes dont les propriétés nutritives (contenu en acides aminés) diffèrent significativement : l’hibiscus, le tabac et le lantana. Nous avons ainsi montré que la performance, le profil en acides aminés libres et la densité symbiotique des insectes sont dépendants de la plante hôte, ce qui pourrait être partiellement expliqué par des différences dans leurs propriétés nutritives. Les insectes élevés sur le lantana ont montré un profil en acides aminés libres différent de ceux élevés sur les autres plantes, une densité symbiotique plus élevée, et une fécondité réduite. Ensemble, ces résultats indiquent que le lantana est la moins favorable pour B. tabaci des trois plantes testées. Ce premier travail nous a ensuite permis de tester les contributions relatives du génotype nucléaire et du cytotype (correspondant au compartiment cytoplasmique d’un individu, dont ses symbiotes et ses mitochondries) aux traits d’histoire de vie et à la physiologie de B. tabaci sur ces plantes favorables et moins favorables, et les conséquences sur son choix de plante pour la ponte. En utilisant des femelles hybrides de même génotype mais avec différents cytotypes, nous avons montré que le cytotype influence la fécondité et le profil en acides aminés libres de B. tabaci sur le lantana. Nos expériences de choix de plante ont montré que le cytotype influence également le comportement de B. tabaci. En effet, les femelles des cytotypes associés à une meilleure fécondité sur le lantana choisissent plus fréquemment cette plante pour y pondre leurs œufs. Enfin, grâce à l’utilisation de milieux nutritifs artificiels de composition contrôlée, nous avons montré que le cytotype influence la fécondité de B. tabaci lors d’une carence nutritionnelle impliquant des acides aminés spécifiques (isoleucine, leucine et valine). Ce résultat pourrait expliquer en partie l’influence du cytotype sur la capacité de l’insecte à exploiter le lantana. Etant donné que les cytotypes ont des cortèges de symbiotes secondaires différents, nous proposons que ces symbiotes influencent la gamme de plantes hôtes favorables à B. tabaci, potentiellement à travers leur impact sur le métabolisme des acides aminés de l’insecte. Ces travaux permettent de mieux comprendre l’influence des symbiotes sur le métabolisme, le comportement et l’écologie de B. tabaci. Par ailleurs, l’influence des symbiotes secondaires sur la gamme de plante hôtes favorables à B. tabaci soulève également la question du rôle joué par ces symbiotes dans la diversification écologique de ce complexe d’espèces.