Thèse soutenue

La gestualité co-verbale en interprétation dans les services publics : analyse contextualisée d'un corpus multimodal

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Auteur / Autrice : Monika Chwalczuk
Direction : Jean-Michel Benayoun
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences de la traduction
Date : Soutenance le 05/03/2021
Etablissement(s) : Université Paris Cité
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sciences du langage (Paris ; 2019-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre de linguistique interlangues, lexicologie, linguistique anglaise et de corpus - atelier de la parole (Paris ; 2005-....)
Jury : Président / Présidente : Natalie Kübler
Examinateurs / Examinatrices : Jean-Michel Benayoun, Natalie Kübler, Sotaro Kita, Gaëlle Ferré, Marko Miletich, Marion Tellier, Elisabeth Navarro
Rapporteurs / Rapporteuses : Sotaro Kita, Gaëlle Ferré

Résumé

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L'analyse scientifique des unités non-verbales occupe une place encore marginale au sein des études d'interprétation. Or, le contexte éminemment interculturel des interactions exolingues interprétées exige de reconnaître le caractère multimodal des énoncés-sources pour en analyser les paramètres d'influence. Interdisciplinaire, le présent travail se propose d'examiner les modalités de prise en compte de la gestualité co-verbale dans la pratique professionnelle des interprètes en service public (ISP). Sur le plan théorique, cette recherche se donne pour objectif de tracer le chemin d'évolution du paradigme d'interprète allant d'un être transparent, jusqu'au médiateur interculturel. Elle s'articule par ailleurs autour de l'analyse du non-verbal au travers du prisme des modèles de la communication et de celui des études des propriétés sémiotiques des unités de sens du système visuel. Ces opérations mènent à élaborer une typologie des gestes observables en ISP, inspirée des classements avancés par des gestualistes tels que D. McNeill, J. Cosnier et F. Poyatos. La méthode adoptée repose sur une triangulation de données, impliquant d'abord une enquête menée auprès de 60 interprètes professionnels, des entretiens individuels ensuite, et enfin un corpus multimodal. L'analyse qui en découle permet de révéler des différences fondamentales entre la production d'une part et les perspectives de la perception des gestes co-verbaux d'autre part. Le corpus audiovisuel réunit ici des interactions authentiques et d'autres semi-contrôlées, en contexte médical, social et policier, impliquant 16 langues de travail différentes. L'analyse des séquences vidéo d'une durée totale de 13015 secondes, annotées à l'aide du logiciel ELAN, permet d'établir les profils gestuels des acteurs et d'examiner les schémas et les contextes de reproduction des gestes par les interprètes, pour en déduire des récurrences. Les résultats de l'étude suggèrent ainsi que la gestualité co-verbale participe aux processus de co-construction et de négociation du sens, facilite la médiation interculturelle et contribue à l'élaboration des relations de confiance dans des situations d'asymétrie de pouvoir. C'est pourquoi, la sensibilisation à la place inhérente du non-verbal dans les interactions en service public devrait faire partie de la formation des interprètes dont la mission essentielle consiste à assurer une médiation efficace, non seulement entre des systèmes linguistiques différents mais aussi entre des univers culturels distincts.