Thèse soutenue

Creuser les sillons de la musique yiddish : archives sonores du YIVO et revitalisation musicale

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Auteur / Autrice : Eléonore Biezunski
Direction : Sylvie Anne Goldberg
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Musique, histoire et société
Date : Soutenance le 17/12/2021
Etablissement(s) : Paris, EHESS
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales
Jury : Président / Présidente : François Picard
Examinateurs / Examinatrices : François Picard, Hankus Netsky, Barbara Kirshenblatt-Gimblett, Carole Goncalves-Lemée, Mark Slobin
Rapporteurs / Rapporteuses : François Picard, Hankus Netsky
DOI : 10.70675/987b578bz76faz4fe5z9c3ezbd5e7805d1b7

Résumé

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Cette thèse, fruit de près de quinze ans de travaux de terrain académiques sur les arts vivants en langue yiddish, retrace l’histoire des Max and Frieda Weinstein Archive of YIVO Sound Recordings (les archives sonores du YIVO Insitute for Jewish Research) en lien avec la revitalisation de la musique klezmer depuis le milieu des années 1970. Les archives, abordées sous un angle géographique comme un espace dynamique, sont observées et analysées selon un principe de variation d’échelles permettant d’en saisir les transformations, les formes d’organisation et les porosités. Le YIVO, acronyme de Yidisher Visnshaftlekher Institut (Institut Scientifique Yiddish), fut fondé en 1925 à Vilna (aujourd’hui Vilnius) comme une « académie nationale d’un peuple sans état » (D. Fishman) et déplacé à New York en 1940. Son histoire mouvementée implique des transferts culturels entre des traditions archivistiques et de collectes inscrites dans les contextes d’élaboration de l’ethnographie et de l’ethnomusicologie en Europe de l’Est depuis la fin du 19e siècle, et les études de folklore telles qu’elles ont ensuite été développées aux États-Unis en lien avec l’anthropologie et avec l’apport postmoderne qui a conduit aux études de performances et à de nouvelles directions dans le domaine de l’archivistique. Les archives sonores du YIVO ont été créées à New York au début des années 1980 sous l’impulsion de jeunes musiciens « folk » en quête de se réapproprier la musique de leurs ancêtres dans un contexte général de « retour aux racines » (roots movement), de chercheurs et d’acteurs institutionnels. Cette thèse décrit le contexte qui a vu simultanément un petit groupe d’activistes créer ces archives sonores afin d’accéder aux sources, et la revitalisation aux États- Unis de la musique yiddish, notamment la musique instrumentale appelée musique klezmer. Les archives sont envisagées non seulement comme un dépôt de documents, possible sources, mais aussi comme un phénomène historique à part entière et comme un territoire spatialisé, résultat de dynamiques générées par des acteurs – des individus à la créativité propre, pris dans un écheveau de contextes sociaux et culturels, intellectuels et scientifiques, institutionnels et artistiques. En somme, comme un processus vivant en évolution avec ses pratiques et ses usages, son organisation. Quels enjeux ont présidé à sa création ? En quoi est-il un espace éminemment vivant non seulement comme source de connaissance mais aussi comme source de création artistique et comme lieu de mémoire ? Comment joue-t-il un rôle à la fois comme dépositaire et dans la fabrication des émotions ? Que signifie cartographier un tel espace ?Les enregistrements, objets à la fois matériels (avec toute la complexité technologique qu’ils impliquent) et immatériels, entre le visible (et le tangible) des fragiles bandes magnétiques, des pochettes de 33 tours, des rainures de la laque des 78 tours, et l’invisible du son, entre la volonté de permanence ou d’éternité que leur place dans ces archives et leur qualité d’enregistrements manifeste, et la nature éphémère/temporelle de la performance (terme pris au sens large des « études de performance ») auxquels ils renvoient, de leur temps de lecture, de leur temps de survie si rien n’est fait pour les copier, les relocaliser sur d’autres supports plus durables, renvoient eux-même à toute une série d’autres espaces et d’autres temps. Loin d’être des objets inertes, ces enregistrements peuvent à tout moment reprendre vie, dans d’autres lieux, inscrits dans d’autres contextes, portés par d’autres voix, lorsqu’ils sont utilisés comme matériau brut et refondus dans des performances nouvelles.