Les reliures romanes de la bibliothèque de Clairvaux : étude archéologique et biocodicologique

par Elodie Leveque

Thèse de doctorat en Histoire et archéologie des mondes médiévaux

Sous la direction de François Bougard.


  • Résumé

    Cette recherche se concentre sur l'étude des reliures romanes de la bibliothèque de l'abbaye de Clairvaux, qui représente à l’heure actuelle la plus grande collection romane connue. Sur les 160 reliures étudiées, une série recouverte de peau de phoque a retenu notre attention. Si la collection de Clairvaux a conservé le plus grand nombre de chemises velues, l'ensemble de l’ordre cistercien semble en avoir fait largement usage au cours des XIIe et XIIIe siècles. Bien que la majeure partie de la collection ait été reliée de la même manière, seules 18 reliures de Clairvaux ont conservé leur état d'origine avec leurs chemises presque intactes. Ces dernières sont décrites dans les catalogues modernes comme étant de la peau de sanglier ou de cerf. Cependant, sous microscope, la distribution des follicules pileux ne correspond à aucun de ces deux animaux. En vue d’identifier l’origine animale des chemises, des analyses protéomiques et génomiques non invasives ont été menées. La première a permis d’identifier les peaux de pinnipèdes. L'utilisation de peaux de phoque en Champagne, à une distance considérable de la mer, est curieuse. De plus, il n'y a aucune preuve archéologique de populations de phoques sur les côtes françaises au Moyen Âge. Le séquençage ADN a en outre permis de résoudre la question de l’origine géographique de six documents, suggérant un commerce important de peaux de phoque comme marchandise, possiblement sur les foires de Champagne. L'étude biocodicologique des reliures permet de mesurer l’implication des cisterciens dans le commerce international, mais également d’appréhender l'aspect physique des manuscrits à l’origine. La collection romane de Clairvaux offre aussi l'opportunité d'étudier des reliures de provenance extérieure, comme celles réalisées pour le prince Henri dans un atelier urbain, ou encore les structures de voyage souples qui donnent une idée beaucoup plus large de la production de reliures romanes françaises de l’époque.

  • Titre traduit

    The collection of romanesque bindings from Clairvaux's library : an archaeological and biocodicological study


  • Résumé

    This research focuses on the study of Romanesque bindings from Clairvaux abbey’s library, which is the largest known Romanesque collection. Out of the 160 bindings studied, a series covered in sealskin drew our attention. While the Clairvaux collection retains the largest number of hairy chemises, the use of such material seems to have been widely employed by the Cistercian order during the 12th and 13th C. Although most of the collection would have been bound in the same way, only 18 Clairvaux bindings remain in their original state with their chemises almost intact. The chemises are described in modern catalogues as boar- or deer-skin. However, under magnified examination, the distribution of the hair follicle doesn’t match either animal. To try to identify the animal origin of the chemises we applied non-invasive proteomic and genomic analyses. Proteomic analysis identified the skins as belonging to pinnipeds. The use of seal skins in Champagne, at a considerable distance from the sea, is curious. In addition, there is no archaeological evidence of seal populations on the French coast in the middle ages. DNA sequences further resolved the geographical origin for six documents, suggesting an important trade in seal skins as a commodity, possibly at the Champagne fairs. The biocodicological study of the bindings helps us understand not only the extent of trading in which the Cistercians were involved but also the original physical appearance of the manuscripts. Clairvaux’s Romanesque collection also provides an opportunity to study bindings of external provenance, such as those made for Prince Henri in a city-based workshop, or limp travelling structures that give a broader idea of French Romanesque binding production of the time.

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