La figure de Cyrus le Grand dans la littérature et la philosophie grecques des 5ème et 4ème s. av. J.C.

par Naïma Karabaghli

Thèse de doctorat en Études grecques et latines

Sous la direction de Philippe Le Moigne.

Le président du jury était Flore Kimmel-Clauzet.

Les rapporteurs étaient Estelle Oudot, Vincent Azoulay.


  • Résumé

    Fondateur de l'Empire perse au VIe s. avant J.-C., Cyrus le Grand est essentiellement connu par les sources grecques. Pourtant, les textes dans lesquels il apparaît sont loin d'être satisfaisants pour les historiens de la période Achéménide. Chez Eschyle et surtout chez Hérodote au Ve siècle, puis au IVe siècle chez Ctésias, Isocrate, Platon, Xénophon, et dans de nombreuses œuvres que nous avons perdues, les portraits dressés du souverain sont très différents, voire contradictoires. La critique a longtemps cherché à établir la véracité de telle ou telle version ou a expliqué les divergences entre les auteurs grecs par l'usage de sources diverses. Mais les recherches récentes consacrées à ces auteurs soulignent la dimension fictive de chacun de ces récits, dont les enjeux sont proprement grecs. Mais le portrait de Cyrus qui s'en dégage ainsi que l'évolution du personnage au cours des Ve et IVe siècles n'a encore donné lieu à aucune monographie. Tel est l'objet de notre thèse.Il s'agit en effet bel et bien d'un personnage, dont le caractère et les actions sont d'abord un moyen pour les auteurs de réfléchir aux rapports entre le monde grec et le monde perse et aux caractères propres d'une identité grecque, mais aussi à la constitution d'un empire et aux éléments caractéristiques de la royauté. Cette réflexion suit aussi les méandres de l'histoire : des guerres médiques au début du Ve siècle, qui voient la victoire des Grecs, et surtout du modèle démocratique athénien, sur les Perses (490-479), à la défaite de la démocratie athénienne et de son empire devant la Ligue du Péloponnèse, aidée par les subsides perses (431-404), puis au IVe siècle, où le modèle des cités grecques est remis en question par l'émergence de la puissance macédonienne et de ses rois, Philippe II, puis son fils Alexandre. Dans un double mouvement d'admiration et de mise à distance critique que permet l'altérité, intellectuels et penseurs grecs des Ve et IVe s. av. J.C. s'efforcent de définir la bonne façon de gouverner, en prenant l'exemple du puissant voisin perse, comme paradigme (modèle ou anti-modèle). C'est ainsi que la figure de Cyrus le Grand devient la référence obligée de ceux qui cherchent à définir une bonne façon d'exercer l'archè – le pouvoir et l'empire – dans le monde grec. Ouvrant sur le temps historique sans être entièrement coupée du temps mythique (et donc porteuse d'enseignement), son image est convoquée pour définir le modèle du souverain possible et résoudre la question du chef dans la cité dans la réflexion politique en littérature et en philosophie pendant deux siècles. À travers notre recherche, nous nous efforcerons de mettre en valeur les processus de fictionnalisation à l'œuvre dans notre corpus, aussi bien que les enjeux littéraires et philosophiques de celle-ci.

  • Titre traduit

    The figure of Cyrus the Great at the 5th and 4th centuries in Greek literature and philosophy.


  • Résumé

    Founder of Persian Empire in VIth century BC, Cyrus the Great is essentially known by the Greek sources. Nevertheless, the texts in which he appears are far from being satisfactory for the historians of Achemenid period. In Aeschylus works and especially in Hérodote's in 5th century, then in the IVth century in Ctesias's, Isocrate's, Platon's, Xénophon’s, and in the numerous works which we lost, portraits drawn up of the sovereign are very different, even contradictory. Critics have long sought to establish the truth of a particular release or explained the differences between the Greek authors through the use of various sources. But recent research devoted to these authors emphasize the fictional dimension of each of these stories, whose issues are properly Greek. But Cyrus portrait that emerges and the evolution of the character in the fifth and fourth centuries has not resulted in any monograph. This is the object of our thesis.It is indeed well and truly a character whose character and actions are primarily a way for authors to reflect the relationship between the Greek world and the Persian world and the specific characteristics of Greek identity, but also the establishment of an empire and the characteristic elements of royalty. This reflection also follows the meanders of history : the Persian Wars in the early fifth century, which saw the victory of the Greeks, and especially the Athenian democratic model , the Persians ( 490-479 ) , the defeat of the Athenian democracy and its empire before the Peloponnesian League , aided by the Persian subsidies ( 431-404 ) and in the fourth century , where the model of Greek cities is challenged by the emergence of the Macedonian power and its kings, Philippe II and his son Alexander . In a double movement of admiration and making critical distance that allows otherness, intellectual and Greek thinkers of the fifth and fourth century.BC shall attempt to define good government, taking the example of the powerful Persian neighbor, as a paradigm (model or anti-model) to set the right way to govern. Thus the figure of Cyrus the Great becomes the reference for those seeking to define a good way to exercise the archè - power and empire - in the Greek world. Opening on historical time without being completely cut off from the mythical time (and thus supporting education), his image is convened to define the model of possible sovereign and resolve the question of the chef in the city in political thought in literature and philosophy for two centuries. Through our research, we will endeavor to showcase the fictionalization process at work in our corpus, as well as literary and philosophical issues of it.

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