Retour à la terre des pères : sentiment d'appartenance et quete des origines (Giuseppe Ungaretti et Alberto Savinio)

par Giulia Ferri

Thèse de doctorat en Etudes italiennes

Sous la direction de Enzo Neppi et de Francesca Bernardini Napoletano.

Le président du jury était Pierre Girard.

Le jury était composé de Enzo Neppi, Massimo Lucarelli, Tommaso Pomilio.

Les rapporteurs étaient Paola Italia, Manuela Bertone.


  • Résumé

    Dans l’Italie de la première moitié du XXème siècle, le thème du sentiment d’appartenance nationale est central dans le débat politique et culturel : on passe des discussions post-unitaires au sujet de l’identité nationale, au patriotisme des interventionnistes, au nationalisme de l’après Ière guerre mondiale, à celui des fascistes. Parmi les intellectuels italiens de cette époque-là, beaucoup ont une double origine : leur famille est italienne et pourtant ils sont nés et ils ont grandi à l’étranger. Leur appartenance à la patrie n’est pas automatique. On s’est demandé dans quelle manière leur besoin d’identité se met en relation avec les tensions qui traversent le Pays, à quel niveau ils sont impliqués dans les événements politiques de ces années-là et s’il est possible de retrouver chez eux des analogies liées à leurs origines multiculturelles. En novembre 1927 on publique une interview d’Alberto Savinio dans le journal parisien « Comœdia ». Il critique l’art italienne et affirme être à Paris parce que l’ouverture mentale du peuple français favorise le développement artistique. En plein fascisme ces déclarations heurtent beaucoup d’intellectuels italiens, qui l’accusent de ne pas aimer sa patrie. On lui interdit de participer à la vie culturelle nationale pendant quelques années. Giuseppe Ungaretti prend sa défense, tout en ayant déclaré son fascisme et bien que ses relations avec Savinio ne soient pas très intimes. Ils se connaissent à Paris au début des années 1910, étant tous les deux en contact avec Soffici et son entourage, et surtout avec Apollinaire, qui est un point de repère fondamental : il est leur guide artistique, mais aussi quelqu’un qui partage leur statut de déracinés, en tant que français d’adoption. Son enrôlement dans l’armée française est donc très significatif à leurs yeux. Les contacts entre Savinio et Ungaretti se poursuivent tout au long du décennie, et ils collaborent aux projets des revues « La Vraie Italie » et « Commerce », dont l’objectif est de mieux faire connaître la réalité artistique italienne en France. À partir de 1925, les rapports entre les deux se tendent, aussi à cause d’un climat de méfiance général, mais l’affaire « Comœdia » nous montre que chez eux la conception supranationale de culture surmonte les problèmes personnels. Toutefois ils semblent souvent contredire cette idée, en soulignant à maintes reprises la supériorité de l’Italie par rapport aux autres Pays et en manifestant un nationalisme croissant, qui atteint le sommet par l’adhésion au fascisme. Ils participent à la Ière guerre mondiale afin d’affirmer leur appartenance à la nation italienne, mais c’est surtout à partir des années suivantes qu’ils manifestent leur patriotisme, en exaltant les combattants, en critiquant les accords de paix défavorables pour l’Italie, en affirmant l’idée d’une primauté intellectuelle de l’Italie. L’appui au fascisme en est la conséquence. Pendant le « Ventennio » Savinio et Ungaretti écrivent plusieurs articles dans des revues solidaires de Mussolini, où ils utilisent les topoi rhétoriques de ces années-là. C’est le point extrême de leur quête d’italianité : l’affirmation identitaire dépasse l’individualité et se situe dans la dimension collective de l’« État ». La IIème guerre mondiale, étant considérée une folie, détermine un changement d’avis à propos du régime. Ungaretti et Savinio partagent l’idée que le fascisme ait trahi ses principes. La grandeur de l’Italie devait agir dans un horizon universel et non pas enfermé. Ils pensent que pour une renaissance collective il faut se dépasser des égotismes nationaux et revenir à l’esprit chrétien de l’Europe. Le besoin d’une identité italienne passe donc au deuxième plan par rapport à la nécessité d’une identité européenne.

  • Titre traduit

    Coming back to fathers' land : sense of belonging and search for the origins (Giuseppe Ungaretti and Alberto Savinio)


  • Résumé

    During the first half of the 20th century in Italy, the theme of national belonging was at the center of the political and cultural debate: the post-unitary discussions on national identity, the patriotism of interventionists, post-World War I, and later fascist, nationalism. Among the Italian intellectuals of the time, many shared double origins: their families were Italian, and yet they were born and raised abroad. Their belonging to the homeland was not automatic. I have looked at the way in which their need for an identity relates to the tensions that were shaking the country, their involvement in the political events of those years, and wondered whether it is possible to isolate any similarities between them that might be connected to their multicultural origins.In November 1927, an interview to Alberto Savinio was published in the Parisian journal “Comœdia.” In it, he criticized Italian art and claimed that he lived in Paris because the mental openness of the French favored artistic development. At the height of Fascism, these declarations bothered a number of Italian intellectuals, who accused him of not loving his homeland. He was therefore excluded from national cultural life for a few years. Giuseppe Ungaretti stood up for him, despite both having declared his Fascism and not sharing a particularly close relationship with Savinio. They had met in Paris in the early 1910s, when they both gravitated around Soffici and his group, especially Apollinaire, who was a fundamental reference: he was their artistic guide, but also someone who shared their uprootedness, since he was French by adoption. His enrollment in the French army was therefore particularly significant for them. Savinio and Ungaretti kept in touch throughout the decade and collaborated to the projects of journals such as “La Vraie Italie” and “Commerce,” whose goal was to make Italian art better known in France. Starting in 1925, their relationship became strained, also due to a general climate of mistrust, but the “Comœdia” affair shows us that their supernational conception of culture surpasses personal issues. Nevertheless, they often seemed to contradict this idea, repeatedly emphasizing Italy’s superiority compared to other countries and displaying growing nationalism, which reached its apex when they adhered to Fascism. They took part in World War I as a way of claiming their belonging to the Italian nation, but it was starting from the following years that they began to show their patriotism by exalting the fighters, criticizing peace agreements that proved unfavorable to Italy, and affirming the idea of Italy’s intellectual primacy. Their support of Fascism was the natural consequence. During the “Ventennio,” Savinio and Ungaretti wrote several articles in journals that were supportive of Mussolini, where they employed many of the rhetorical topoi of those years. This is the extreme point in their search for Italianness: the affirmation of their identity went beyond the individual and found its place within the collective dimension of the “State.” World War II, which they considered madness, brought about a change of heart regarding the regime. Ungaretti and Savinio shared the idea that Fascism had betrayed its principles. Italy’s greatness needed to play within a universal context, rather than an enclosed one. They thought that in order to achieve a collective renaissance, it was necessary to surpass national egotism and come back to Europe’s Christian spirit. Therefore, the need for an Italian identity faded into the background compared to the necessity of a European identity.


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