Anthropologie sémiotique des usages de psychotropes : pour une formalisation du sens de leurs usages

par Serge Escots

Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et ethnologie

Sous la direction de Jean Lassègue.

Le président du jury était Jacques Fontanille.

Le jury était composé de Jacques Fontanille, Jean-Michel Costes, Maryse Lapeyre-Mestre, Michel de Fornel, Victor Rosenthal.

Les rapporteurs étaient Jean-Michel Costes, Maryse Lapeyre-Mestre.


  • Résumé

    Cette thèse vise à clarifier ce que les sociétés contemporaines désignent par « usage de drogue » et les types d’objets, d’expériences et de pratiques sociales référés à ces usages. L’anthropologie ne fournit pas de définition opératoire et ni la sociologie de la déviance qui circonscris l’usage de drogue aux cadres normatifs (Ogien A., 1995 et 2000 ; Becker H., 2001), ni les définitions médico-pharmacologiques qui classent les psychotropes en fonction de leurs propriétés, ne suffisent à rendre compte de l’expérience à la fois individuelle et collective de « l’usage de drogue ». Si nous disposons avec la notion de « fuitage pharmaceutique » (Lovell, 2008) d’un concept pour décrire le processus qui conduit d’un médicament à l’usage de drogue, nous ne disposons pas de cadre épistémologique pour expliquer pourquoi et comment ? Il nous manque le point de vue intérieur de ceux par qui s’opère cette reconfiguration et le contexte anthropologique dans lequel celle-ci s’inscrit. En l’absence d’une compréhension des processus sémiotiques qui tiennent ensemble, les dynamiques neuropharmacologiques, l’expérience singulière du consommateur et l’inscription sociale de l’usage, il est difficile d’en comprendre le sens. L’anthropologie sémiotique (Lassègue, Rosenthal, Visetti, 2009), nous permet de comprendre comment la reconfiguration de l’usage d’un antalgique en drogue apparaît comme forme symbolique au XIXe siècle par le geste littéraire de Thomas De Quincey (Vigarello, 1991). Des outils d’analyse sémiotique, nous permettent de mettre en évidence, dans le cas du Subutex®, les liens entre contexte socio-historique, fabrique de la norme et invention d’une nouvelle drogue. Ils nous permettent d’analyser l’histoire des transformations des formes sémiotiques d’usages de drogue du XVIIIe siècle à nos jours. Dès lors, il est légitime de s’interroger si la transformation de l’usage thérapeutique en usage de drogue est la seule transformation symbolique possible dans le champ sémiotique des usages de psychotropes ? À partir de ce cadre épistémologique appliqué à différents matériaux, nous montrerons que le rapport d’Homo sapiens aux psychotropes s’organise à partir d’opérateurs de diversification sémiotique se déployant dans des activités chamaniques, religieuses, sociales, médicales, scientifiques, technologiques, artistiques, économiques, politiques, médiatiques, etc. Ce point étant acquis, nous proposerons de formaliser le rapport d’Homo sapiens aux psychotropes selon six motifs existentiels d’usages : Proesthésique, Épiphanique, Curatif, Mélioratif et anti-Mélioratif, Affiliatif. Ce système sémiotique dynamique nous fournit les bases pour construire le socle d’une anthropologie sémiotique des psychotropes.

  • Titre traduit

    Semiotic Anthropology of Psychotropic Drugs


  • Résumé

    This thesis aims to clarify what contemporary societies refer to as "drug use" and the types of objects, experiences and social practices referred to these uses. Anthropology does not provide an operative definition, neither does the sociology of deviance which locates drug use in normative frameworks (Ogien A., 1995 and 2000; Becker H., 2001), nor the medical-pharmacological definitions that classify psychotropic drugs according to their properties : they are not sufficient to account for both individual and collective experience of "drug use". The concept of "pharmaceutical leakage" (Lovell, 2008) makes it possible to describe the process that leads from a medical use to a drug use but it does not provide an epistemological framework which would explain why and how. What is lacking is the inner perspective of the actors themselves in anthropological contexts. Failing to understand the semiotic processes that hold together neuropharmacological dynamics, the singular experience of the user and the social inscription of use, it becomes difficult to understand their meaning. Semiotic anthropology (Lassègue, Rosenthal, Visetti, 2009), allows us to understand the reconfiguration of an analgesic drug into a symbolic form as the literary gesture of Thomas De Quincey (Vigarello, 1991) amply shows. Tools of semiotic analysis allow us to highlight, in the case of Subutex®, the links between the socio-historical context, the construction of the norm and the invention of a new drug. They allow us to analyze the history of transformations in the semiotic forms of drug use from the 18th century to the present day. It is therefore legitimate to ask whether the transformation of a therapeutic use into a drug use is the only possible symbolic transformation in the semiotic field of psychotropic drug use. Applying the epistemological framework of semiotic anthropology to various fields, we will show that the relationship of Homo sapiens to psychotropic drugs is organized into semiotic operators that are instrumental in shamanic, religious, social, medical, scientific, technological, artistic, economic, political, etc. activities. We propose to formalize the relationship of Homo sapiens to psychotropic drugs according to six existential motifs of use : Proesthesic, Epiphanic, Curative, Meliorative and anti-Meliorative, Affiliative. This semiotic system dynamically provides us with the foundation of a semiotic anthropology of psychotropic drugs and their uses.


Il est disponible au sein de la bibliothèque de l'établissement de soutenance.

Consulter en bibliothèque

La version de soutenance existe

Où se trouve cette thèse\u00a0?

  • Bibliothèque : École des hautes études en sciences sociales. Thèses.
Voir dans le Sudoc, catalogue collectif des bibliothèques de l'enseignement supérieur et de la recherche.