Écrire la fin et la mémoire des mondes : une ethnocritique d’Atala, René, les aventures du dernier Abencerage

par Simon Lanot

Thèse de doctorat en Langues, littératures et civilisations

Sous la direction de Marie-Rose Scarpa et de Véronique Cnockaert.

Le président du jury était Jean-Marie Roulin.

Le jury était composé de Marie-Rose Scarpa, Véronique Cnockaert, Philippe Antoine, Rachel Bouvet, Jean-Marie Privat.

Les rapporteurs étaient Jean-Marie Roulin, Philippe Antoine.


  • Résumé

    La question de la fin des civilisations, des empires ou des systèmes de valeurs, tient une place majeure dans l’œuvre de Chateaubriand. Ses romans brefs, Atala, René et Les Aventures du Dernier Abencerage, écrits pendant la Révolution et l’Empire, évoquent, à travers la figure du « dernier », la fin des sociétés autochtones d’Amérique, de l’Andalousie musulmane, de la France de Louis XIV, mais aussi la fin des communautés jésuites au Nouveau-Monde, celle des provinces françaises et de l’Écosse clanique traditionnelle. En nous appuyant sur les travaux de Vincent Descombes, nous analysons comment l’écriture fictionnelle transforme ces sociétés disparues en mondes, en univers cohérents et structurés par un système de valeurs, une rhétorique et une cosmologie propres. L’intrigue s’élabore sur une « brèche » historique (Hannah Arendt, François Hartog), dans un entre-deux-mondes : cette faille entre deux mondes, cet espace-temps frontalier, n’est pas seulement le cadre de la fiction, c’est aussi son sujet. L’écriture ne vise pas à reconstituer les mondes perdus mais figurer le passage d’un monde à l’autre, ou plus précisément un double passage : celui du lecteur vers les mondes auxquels le texte l’initie, et celui du monde ancien vers le monde nouveau. Les nombreuses descriptions narrativisées de rites (rites chamaniques, islamiques, chrétiens) peuvent être lues comme des clefs pour appréhender ces passages. En explorant l’hypothèse que formule l’ethnocritique d’une homologie possible entre rite et récit, nous étudierons la dimension ritique de cette écriture qui reconfigure des mondes perdus. Ces mondes sont élaborés par l’écriture selon trois voies : l’utopie, l’âge d’or, et ce que nous appelons, en reprenant Daniel Fabre, « le pays du temps ». La notion de « vérité négative » (Lévi-Strauss) nous incite à lire l’utopie comme une critique de l’entreprise coloniale. L’âge d’or comme « mythe politique » (R. Girardet) fait de l’Andalousie mythifiée une réflexion politique sur le despotisme. Enfin, le « pays du temps » regroupe tous ces mondes dans lesquels la perception du temps obéit à une logique autre que celle de la modernité : aussi le récit intègre-t-il les logiques des cultures orales pour percevoir et habiter autrement le monde. Ce sont trois voies pour écrire le monde moderne, mais en « contrepoint » (Edward Saïd). L’écriture de la mémoire des mondes exige une écriture métissée qui intègre des logiques culturelles diverses.

  • Titre traduit

    To write the end and memory of the worlds : an ethnocritic of Atala, Aené, the adventures of the last Abencerage


  • Résumé

    The question of the end of civilizations holds a major place in Chateaubriand's work. His novels, Atala, René and The Last Abencerage, written during the Revolution and the Empire, evoke, through the figure of “the last”, the end of the indigenous societies of America, Muslim Andalusia, Louis XIV's France, the end of the Jesuit communities, of the French provinces and traditional Scotland. Drawing on the work of Vincent Descombes, we analyse how fictional writing transforms these disappeared societies into “worlds”, into coherent universes structured by a system of values, their own rhetoric and cosmology. The plot is developed on a historical “gap” (H. Arendt, F. Hartog), in an inter-world : this rift between two worlds, this border space-time, is not only the framework of the fiction, it is also its subject. Writing does not aim to reconstitute lost worlds but to represent the passage from one world to another, or a double passage : that of the reader to the worlds to which the text initiates him, and that of the old world to the new world. The many descriptions of rites (shamanic, Islamic, Christian) can be read as keys to understanding these passages. By exploring the hypothesis formulated by the ethnocriticsm of a possible homology between rite and narrative, we will study the rite dimension of this writing that reconfigures lost worlds. These worlds are developed through writing in three ways: utopia, the golden age, and what we call, using Daniel Fabre's words, "the land of time". The notion of “negative truth” (Lévi-Strauss) encourages us to read utopia as a criticism of the colonial enterprise. The “political myth” of golden age (R. Girardet) reads Andalusia as a myth on the despotic drift of all regimes. The “land of time” includes all those worlds in which the perception of time obeys a logic other than that of modernity: so the narrative integrates the logic of oral cultures to perceive and inhabit the world in a different way. Three ways to write the modern world, but in “counterpoint” (Edward Said). The writing of the memory of the worlds requires a mixed writing that integrates diverse cultural logics.


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