Turkey under construction : urban megaprojects in the process of establishing a new country and creating a new nation

par Ilknur Kursunlugil

Thèse de doctorat en Etudes urbaines

Sous la direction de Hamit Bozarslan et de Thomas Faist.

Le président du jury était Eric Verdeil.

Le jury était composé de Eric Verdeil, Laurent Dissard, Martine Drozdz, Jean-François Pérouse.

  • Titre traduit

    Turquie en construction : les méga-projets urbains dans le processus de création d'un nouveau pays et d'une nouvelle nation


  • Résumé

    Comme un « nouvel animal politique et matériel », les mégaprojets urbains (MPUs) représentent aujourd’hui une réalité urbaine répandue tout autour du monde. Depuis, les MPUs ne cessent de transformer la ville, ainsi que la vie sociale et politique du pays, notamment à travers les politiques économiques qui visent à maintenir le secteur de la construction et, par la même occasion, contribuent fortement à l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie conservatrice proche du gouvernement d’AKP. L’objectif de cette thèse est de comprendre comment un objet technique sert comme une nouvelle « technologie du pouvoir » qui transforme non seulement des geographies, mais aussi profondément les entités sociales. Pour cela, elle propose d’étudier deux mégaprojets d’infrastructure, dont le pont de Yavuz Sultan Selim et le Grand Aéroport d’Istanbul.Cette thèse propose de suivre une approche complémentaire à cette littérature, qui considère la mobilisation des investissements de l’Etat de mégaprojets urbains par le gouvernement comme une méthode stratégique pour recréer et distribuer la rente foncière, pour stimuler l’économie, pour gouverner à la fois le discours politique et la narration développementaliste, et, enfin, pour restructurer les relations socio-spatiales et la mémoire collective. Dans cette approche, les infrastructures sont conceptualisées dans le contexte plus général des assemblages du capital et du pouvoir, où elles ont la capacité de transformer non seulement les terres, mais aussi les relations de nature sociale. Ainsi, la théorie de l’assemblage est mobilisée pour étudier ces différents aspects des mégaprojets urbains, tant du point de vue des acteurs qui y sont impliqués dans et touchés par ces derniers, que du point de vue des symboles et des idées qui les entourent.L’argument principal de cette thèse est que l’investissement des infrastructures de grande ampleur offre au gouvernement Turc, un ensemble d’outils, de politiques, de moments et d’espaces stratégiques et tactiques, qui permettent d’intervenir sur le plan économique et de légitimer les discours hégémoniques, tout en transformant le pays et la société en profondeur et de manière incontournable, à travers du « béton ». La première partie qui porte sur la capacité transformative des infrastructures, analyse la mobilisation de divers mécanismes autour des deux projets étudiés, tels que les modifications législatives, l’expropriation des terres et des ressources naturelles, les contrats publics pour le développement d’infrastructures urbaines et les partenariats public-privé dans le secteur de la construction. La deuxième partie porte sur la manière dont AKP a réinventé les mégaprojets d’infrastructure présumément pour contribuer au développement et à la pérennisation d’une nouvelle bourgeoisie conservative. La troisième et dernière partie explore enfin le contexte commun des dirigeants politiques et économiques de la Turquie, à travers l’analyse des waqfs. Elle montre que comme le point focal des « aspirations et des visions grandissantes » d’Istanbul, les mégaprojets urbains constituent également le terrain de réinvention de l’identité nationale. Cette identité réinventée est en réalité une réincarnation des origines Ottomane, Islamique et Turkic de la Turquie et est animée par les symboles, les rituels et les représentations fondées sur la glorification d’un passé ottoman. En somme, alors que « l’économie du don » qui est remodelé à l’ère d’AKP autour de secteur de la construction permet à certains groupes sociaux de s’encastrer dans le système politique et économique, elle produit également de l’exclusion pour des groupes dissidents.


  • Résumé

    A “new political and physical animal” – urban mega projects – have become ubiquitous throughout the world’. In Turkey, they have become part of our daily lives since 2011 when Erdoğan, the Prime Minister of time, announced his Kanal Istanbul project by saying: “Turkey deserves to see 2023 with such a big, crazy and great project. Today, we are rolling up our sleeves for one of world's greatest projects, which cannot even be compared with Panama Canal, Suez Canal or Corinth Canal”. Since then, we have been witnessing urban transformation by mega infrastructure projects (UMPs) as well as social and political transformation of the country by economic policies in order to keep alive the construction sector, with the associated emergence of a bourgeoisie during the AKP era. We selected two UMPs for our dissertation: Yavuz Sultan Selim Bridge and Istanbul Grand Airport in Istanbul. Our research attempts to conceptualise infrastructure policies as “technologies of government”. When we look at the Turkish case, the literature on infrastructure analysis has generally adopted a limited focus on either infrastructure as a technical object that transforms the landscape or on its success/failure based on economic and engineering criteria. An alternative approach would consider the government’s adoption of state-led urban mega project investments as a strategic method in order to re-create and distribute the land rent, to boost the economy, to preside over both the political discourse and developmentalist narrative and finally, to reform the socio-spatial relations and collective memory. In this work, we advance a different approach to infrastructure. Rather than considering a mega infrastructure project as a technical object which would be usually evaluated by success and failure stories, we conceptualise it within the wider assemblages of capital and power, where it has the capacity to be a transformative mechanism not only on land but also on social relations. Thus, we mobilize assemblage thinking to discuss thoroughly all aspects of urban mega projects: the actors involved in and influenced by these mega projects, and the symbols and ideas that come into existence around them. The main argument of this dissertation is that large-scale infrastructure investment provides the Turkish government with strategic and tactical tools, policies, moments, and spaces through which to intervene in the economy and to govern and manage the legitimisation of a hegemonic discourse, while transforming the country and society profoundly and irreversibly by the “concrete”. Part 1 elaborates on infrastructures' capacity of being a transformative mechanism not only on land but also on social relations, through the mobilisation of various mechanisms such as law amendments, expropriation of natural resources, public contracts for urban infrastructure development, and public–private partnerships in the construction sector. Part 2 examines how the AKP has re-invented mega infrastructure projects to allegedly contribute to sustainability as well as to the development of a new conservative bourgeoisie. Finally, Part 3 explores the common background of the economic and political rulers of Turkey through an analysis of waqfs. While the focal point for the “growing aspirations and visions” of Istanbul, urban mega projects also constitute the centre of a reinvented milli kimlik (national identity). This re-invented identity is reincarnated in the Ottoman, Islamic, and Turkic origins of Turkey and has been framed in symbols, rituals and representations based on the glorification of the Ottoman past, while ignoring multicultural and multi-ethnic components. Indeed, we find that whilst the construction-based “gift economy” reshaped during the AKP era enables some social groups to be embedded into the political and economic system, it creates a dis-embeddedness for the dissident groups.



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