Frontières et populations : territoires, mobilités, voisinages européens

par Etienne Ciapin

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Serge Dufoulon et de Gilles Rouet.

Le président du jury était Peter Terem.

Le jury était composé de Ali Aït Abdelmalek, Antoniy Galabov, Radovan Gura, Ludmila Lipkova.

Les rapporteurs étaient Ali Aït Abdelmalek.


  • Résumé

    Cette thèse questionne les frontières européennes contemporaines et tente de les penser en échappant à la fragmentation liée aux évènements propre aux standards médiatiques et aux multiples discours politiques polémiques. Il s'agit tout d’abord de contextualiser les tracés actuels et de les resituer au fil de l’histoire. Pour cela, la recherche revient sur la formalisation des États en Europe dans la période moderne, pour comprendre comment sont définies leurs limites territoriales et s’inventent les relations internationales modernes, avant d’étudier les multiples reconfigurations frontalières sur le continent entre le 17ième et le 21ième siècle de façon diachronique. Ainsi, dans une perspective constructiviste, la recherche restitue l’originalité du processus de la construction européenne et aborde l’Union Européenne contemporaine par le prisme de ses frontières et voisinages de façon synchronique. Cette thèse permet de comprendre les enjeux de l’évolution post-westphalienne des relations internationales par le biais de l’intégration européenne et de ses dimensions supranationales. Parallèlement, sont abordées les dynamiques souverainistes et néo-westphaliennes à l’œuvre au moment historique où l’UE est confrontée à une crise de légitimité interne, et doit faire face à de multiples crises géopolitiques dans ses voisinages. Dans un second temps, la thèse propose de revenir sur trois espaces régionaux afin d’interroger, plus particulièrement, les voisinages européens contemporains autant du point de vu des Etats voisins que des populations frontalières qui vivent et agissent dans ces espaces frontaliers. Pour cela, la thèse mobilise des observations et des entretiens compréhensifs issus d’un travail de terrain mené in situ sur chaque espace frontalier à partir des méthodes et outils de la sociologie. Plus précisément, il s’agit du bassin genevois, aux frontières entre la France et la Suisse, de la région du Sud-Est de la péninsule balkanique, où se rencontrent la Bulgarie, la Grèce et la Turquie, et enfin de l’interface entre la Slovaquie, la Hongrie et l’Ukraine en Europe centrale. Ces régions sont successivement remises en contexte puis étudiées à partir de leurs interfaces frontalières. Au-delà des singularités historiques et des diversités empiriques, la thèse souligne l’importance décisive de l’européanisation pour normaliser les relations de voisinages étatiques et intégrer les territoires. Les propriétés frontalières et les « effets-frontières » entre territoires se reconfigurent, les populations frontalières s’adaptent et agissent en mettant en œuvre des stratégies de mobilités différentiées et diversifiées. Cependant, les acteurs frontaliers locaux sont tributaires des États et de l’UE qui gardent la main sur : les propriétés ; les règles et les normes frontalières ; la vie politique et institutionnelle et l’évolution des relations internationales, tous éléments clés qui conditionnent le présent et l’avenir de ces espaces pour leurs habitants. La thèse repose sur une articulation analytique de ces différentes échelles, périodes et acteurs. Elle permet par ces différents axes d’approche de comprendre le fait frontalier de façon historique et relationnelle. Plus généralement, ce travail amène ainsi à comprendre pourquoi le projet européen fait face aujourd’hui à un carrefour politique.

  • Titre traduit

    Borders and populations : territories, mobilities, European neighbourhoods


  • Résumé

    This thesis questions the contemporary European borders and tries to think of them by escaping the fragmentation in events that is specific to media standards and multiple political polemical discourses. First of all, it is a question of contextualizing the current lines and relocating them over the course of history. To that end, the research returns to the formalization of the states in Europe in the modern period, to understand how their territorial limits were defined and modern international relations were invented, before studying diachronically the multiple border reconfigurations on the continent between the 17th and the 21st century. Thus, in a constructivist perspective, this research restores the originality of the process of European construction and approaches synchronically the contemporary European Union through the prism of its borders and neighborhoods. This thesis aims at understanding the challenges of the post-Westphalian evolution of international relations through the European integration and its supranational dimension. At the same time, sovereignist and neo-Westphalian dynamics are approached at the historical moment when the EU is facing a crisis of internal legitimacy, and faces multiple geopolitical crises in its neighborhoods. In a second time, the thesis proposes to dwell on three regional spaces in order to question contemporary European neighborhoods as much from the point of view of neighboring states as from perspective of the border populations living and acting in these border areas. For that purpose, the thesis mobilizes observations and comprehensive interviews from fieldwork conducted in situ on each border area, using the methods and tools of sociology. More precisely, it concerns the Geneva basin, on the border between France and Switzerland, the South-East Balkan Peninsula region, where Bulgaria, Greece and Turkey meet, and finally the interface between Slovakia, Hungary and Ukraine in Central Europe. Beyond the historical singularities and the empirical diversities, the thesis underlines the decisive importance of Europeanization to normalize relations of neighborhoods and integrate territories. Border properties and border-effects between territories are reconfigured, border populations adapt and act by implementing differentiated and diversified mobility strategies. However, local border actors are dependent on the states and the EU who keep control of: properties; border rules and standards; the political and institutional life and the evolution of international relations, all of them key elements that are shaping the present and the future of these spaces for their inhabitants. The thesis is based on an analytical articulation of these different scales, periods and actors. These different axes of approach makes it possible to understand the border principle in a historical and relational way. More generally, this work leads us to understand why the European project is at a political crossroads today.


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