Le projet transmoderne dans les itinérances récréatives : un processus créatif intégratif de construction identitaire

par Chiara Kirschner

Thèse de doctorat en Géographie

Sous la direction de Jean Corneloup.

Le président du jury était Olivier Sirost.

Le jury était composé de Jean Corneloup, Anne-Laure Amilhat-Szary, Philippe Bourdeau.

Les rapporteurs étaient Isabelle Lefort, Bernard Andrieu.


  • Résumé

    Ce travail s’intéresse à la transmodernité des pratiques récréatives. Pour cela, il propose une analyse de la conduite de projet de l'itinérance. Il s'agit d'une pratique récréative dont l'itinéraire n'est pas complètement figée à l'avance, pouvant durer quelques heures ou quelques mois, dans un environnement partiellement ou exclusivement montagnard, à l'aide de moyens de progression non motorisés, sans le support d'une agence de voyages. L'approche par le projet mobilise, entre autres, la motivation personnelle du pratiquant, en relation avec son identité et son projet de vie. L'itinérance est considérée comme une pratique existentielle qui construit l'identité du pratiquant à travers la gestion de l'incertitude, l'invitant à la créativité. Le pratiquant n'est pas toujours seul dans cette tâche de gestion de l'incertitude, et peut décider d'entrer en relation avec les habitants des zones traversées. L'itinérance l'invite alors à adopter une éthique relationnelle. La créativité, notamment intégrative, et l'éthique relationnelle, peuvent être mises en relations avec le concept de transmodernité de Dussel (1994): l'intégration de la raison de l'Autre.La première partie de ce travail identifie les ressources conceptuelles et méthodologiques, dans le cadre d'un paradigme individuel et interprétatif. L'hypothèse d'une habitation créative intégrative qui serait au cœur de l'itinérance transmoderne émerge grâce à une déconstruction de l'approche moderne du projet (Boutinet, 2012), fondé sur la logique d'anticipation par rapport à la réalisation d'un objectif, et de l'approche postmoderne de celui-ci, fondée sur la fragmentation des objectifs et la perte de sens global. La démarche-projet transmoderne de l'itinérance serait une démarche créative d'intégration de l'altérité, et de redéfinition d'un objectif existentiel au fur et à mesure de l'avancement dans la réalisation du projet. Cette pratique s'avère une voie d'individuation (Martuccelli, 2005) qui s'appuie sur un maillage (Ingold, 2011a) avec tout l'environnement traversé : physique, matériel, humain, évènementiel. Ce maillage mobilise un corps écologique (Andrieu & Sirost, 2014) et créatif. Le paradigme individuel est ainsi élargi à une pluralité de ressources cognitives et comportementales. La seconde partie de la thèse restitue le travail de terrain auprès d'itinérants. Les données qualitatives ainsi recueillies sont organisées en deux grands mouvements. L'un concerne la dimension chronologique du projet d'itinérance, depuis la période avant de partir, l'émergence d'une première idée, la réalisation du projet jusqu'au retour. L'autre concerne la démarche-projet, fondée sur le rapport à l'imprévu, le rapport au corps et le rapport à l'environnement physique et humain. Le plan du projet d'itinérance apparaît comme une matrice socio-praxique qui facilite une démarche-projet créative intégrative de l'altérité corporelle, naturelle et relationnelle. Si la plupart des éléments de la matrice sont activés, l'itinérant adopte une démarche-projet intégrative, et finit par réaliser un objectif existentiel en ayant aligné les différentes dimensions de son existence : matérielle, affective, géographique professionnelle.... Cet objectif est ensuite traduit en un nouveau bien commun : action politique, humanitaire, œuvre artistique, ... Les éléments de la matrice concernent l'habitation de l'itinérance, dans sa dimension ordinaire de résolution des contraintes et problèmes du quotidien (que l'on laisse et que l'on reconstruit pendant le voyage), ainsi que dans sa dimension de progression d'une étape à l'autre, jusqu'à la réintégration du milieu de vie habituel. Les conclusions proposent d'envisager l'itinérance comme un laboratoire sociorécréatif en puissance. Dans le milieu récréatif de l'itinérance, le pratiquant peut apprendre l'éthique relationnelle, véritable capabilité (Flipo, 2005) de l'itinérance, et, au retour, il peut apporter une contribution singulière à son milieu de vie.

  • Titre traduit

    The transmodern project in recreative wayfarings : an identity-building process involving integrative creativity


  • Résumé

    This work focuses on the transmodernity of recreational practices. For this, it offers an analysis of the project of wayfaring. It is a recreational practice, where the itinerary is not completely fixed in advance, lasting a few hours or a few months, in an exclusively or partially mountain environment, by means of non-motorized progression, without the support of a travel agency. Among other things, the project approach involves personal motivation of the practitioner, in connection with his identity and his life project. Wayfaring is thus considered as an existential practice that built the identity of the practitioner through the management of uncertainty, inviting him to creativity. The practitioner is not always alone in this task of management of uncertainty, and may decide to enter into a relationship with the inhabitants. Wayfaring then invites him to adopt a relational ethics. Creativity, namely integrative, and relational ethics, can be put in relation with the concept of transmodernity by Dussel (1994): the integration of the reason of the Other.The first part of this work identifies conceptual and methodological resources. And, this, in the context of an individual and interpretative paradigm. The hypothesis of an integrative creative habitation that would be at the heart of the transmodern wayfaring emerges through a deconstruction of the modern approach of project (Boutinet, 2012), based on the logic of anticipation from the achievement of a goal, and the postmodern approach, based on the fragmentation of the goals and the loss of overall sense. The transmodern project of wayfaring would be based on a creative process, integrating otherness, and redefining an existential purpose while implementing the project. This practice is a process of individuation (Martuccelli, 2005), based on a mesh (Ingold, 2011a) with the environment as a whole: physical, material, human, all the events. This mesh involves an ecological body (Andrieu & Sirost, 2014) and a creative body. The individual paradigm is thus expanded to a plurality of cognitive and behavioral resources. The second part of the thesis exposes the fieldwork on wayfarers. One concerns the chronological dimension of the project of wayfaring, since the period before leaving, the emergence of a first idea of travel, the realization of the project and the coming back. The other part concerns the process, based on the approach of the unexpected, the body and the physical and human environment. The plan of the wayfaring project appears as a socio-praxic matrix that facilitates a creative process which is integrative of physical, natural and relational otherness. If most of the elements of the matrix are activated, the itinerant adopted a creative integrative process, and eventually achieves an existential purpose aligning the various dimensions of its existence: physical, emotional, geographical, professional... This purpose is then translated into a new common good: political, humanitarian action, artistic work, ... The elements of the matrix are about the habitation during wayfaring, in its ordinary dimension of resolution of problems and constraints of everyday life (distanced and then rebuilt during the trip), as well as in its dimension of progression in the itinerary, until the reintegration of the usual living environment. The findings offer to consider wayfaring as a potential socio-recreative laboratory. In the recreational environment of wayfaring, the practitioner can learn relational ethics, an actual capability (Flipo, 2005) of wayfaring, and, when back, he or she can make a unique contribution to their living environment.


Il est disponible au sein de la bibliothèque de l'établissement de soutenance.

Consulter en bibliothèque

La version de soutenance existe

Où se trouve cette thèse ?

  • Bibliothèque : Université Savoie Mont Blanc (Chambéry-Annecy). Service commun de la documentation et des bibliothèques universitaires. Bibliothèque électronique.
  • Bibliothèque : Service Interétablissement de Documentation. LLSH Collections numériques.
  • Bibliothèque : Service interétablissements de Documentation. STM. Collections numériques.
Voir dans le Sudoc, catalogue collectif des bibliothèques de l'enseignement supérieur et de la recherche.