L'étrange vacuité photographique

par Ghislain Trotin

Thèse de doctorat en Arts (Histoire, Théorie, Pratique)

Sous la direction de Hélène Sorbé et de Agustín Azkarate Garai-Olaun.

Le président du jury était Michelle Debat.

Le jury était composé de Hélène Sorbé, Sandrine Ferret, Javier Cenicacelaya.

Les rapporteurs étaient Michelle Debat, Sandrine Ferret.


  • Résumé

    L’esthétique du vide en photographie est aussi ancienne que le médium lui-même. Son origine remonte aux premiers balbutiements de la technique qui, visant à obtenir une représentation exacte de la nature, s’est retrouvé confrontée aux forces résistives du réel. À l’insu de tous, cette esthétique émergea d’une tension entre le geste de l’inventeur, du créateur, qui souhaite accomplir son projet – forcer la “nature” à son dessein – et le réel qui résiste et entrave les tentatives. Toute la photographie “primitive” est marquée plastiquement par ce tiraillement entre des forces antagonistes. L’illusion, tant souhaitée, d’une représentation fidèle se déroba, laissant à la postérité la beauté de ces images sans pareille, ouvrant l’espace aux possibles. Les zones obscures, troubles et vides ont participé activement à doter ces photographies d’une aura, plongeant les spectateurs dans des contemplations et des rêveries sans fin. La phénoménalité du monde a marqué de son sceau l’esthétique photographique, transformant paradoxalement les projets technicistes, épris de précision, en aventures plastiques singulières et étranges. Ce grand écart entre désir d’appréhension et résistance du réel a produit des effets, des traces tangibles de l’étrangeté même du monde. La maturité du médium et de ses acteurs aidant, il n’y a eu, ensuite, qu’un pas à franchir pour que coïncident ces traces et les questionnements philosophiques qui en résultent. Le vide, élément majeur de cette esthétique, fut repris à bon escient comme stratégie au service du sentiment du sublime. Pour mettre en scène ces problématiques, nous convoquons l’histoire du médium photographique et, avec elle, ses plus illustres acteurs. Cela nous servira de fil d’Ariane pour parcourir les deux siècles qui nous séparent de l’invention de la photographie et voir comment, au cours de l’histoire de ce médium, des photographes ont réactivé cette esthétique. Cette thèse se propose, à travers de riches analyses historiques, techniques et théoriques, d’évaluer les résonances de l’esthétique du vide en photographie, qui consiste à vider l’espace représentatif plutôt qu’à le remplir. Par des études de cas, pratique raisonnée de prises de vue à l’appui, nous tenterons aussi de démontrer comment la photographie est devenue, au fil du temps, un médium privilégié de contemplation, d’observation, d’examen critique des espaces laissés vacants au sein du tissu urbain et comment la dialectique entre lieux réels et représentations photographiques permet, en retour, une réflexion sur les enjeux paysagers de nos espaces urbains.

  • Titre traduit

    The strange photographic emptiness


  • Résumé

    The aesthetic of emptiness in photography is as old as the medium itself. Its origin goes back to the early days of the technique, which, aimed at obtaining an exact representation of nature, was confronted with the resistive forces of reality. Unbeknownst to all, this aesthetic emerged from a tension between the act of the inventor, the creator, who wishes to accomplish his project - to force "nature" to his design - and the real that resists and hinders attempts. All "primitive" photography is plastically marked by this tension between antagonistic forces. The illusion, so much desired, of a faithful representation fainted, leaving to posterity the beauty of these unique images, opening space to possibilities. The dark, troubled and empty areas actively participated in endowing these photographs with an aura, plunging viewers into contemplations and endless reveries. The phenomenality of the world has marked with his seal the photographic aesthetics, paradoxically transforming technicist projects, loving precision, in singular and strange plastic adventures. This great gap between the desire for apprehension and the resistance of reality has produced effects, tangible traces of strangeness of the world. The maturity of the medium and its actors helping, there was, then, only a step to cross to coincide these traces and philosophical questions that result. The emptiness, a major element of this aesthetic, was appropriately used as a strategy in the service of the feeling of the sublime.To stage these issues, we convene together the history of the photographic medium and most famous actors. This will serve as a clue to glance to the two centuries that separate us from the invention of photography and see how, in the history of the medium, photographers have reactivated this aesthetic. This thesis proposes, through rich historical, technical and theoretical analyzes, to evaluate the resonances of the vacuum aesthetic in photography, which consists in emptying the representative space rather than filling it. Through case studies, reasoned practice of shooting in support, we will also try to demonstrate how photography has become, over time, a privileged medium of contemplation, observation, critical examination of spaces left vacant within the urban fabric and how the dialectic between real places and photographic representations allows, in return, a reflection on the landscape issues of our urban spaces.

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