De la vue au regard : littérature et photographies au XIXe siècle

par Basile Pallas

Thèse de doctorat en Littératures française, francophones et comparée

Sous la direction de Pierre Laforgue.

Le président du jury était Bernard Vouilloux.

Le jury était composé de Pierre Laforgue, Marta Caraion, Jean-Pierre Montier, Philippe Ortel, Jean-Paul Engélibert.

Les rapporteurs étaient Marta Caraion, Jean-Pierre Montier.


  • Résumé

    Au XIXe siècle, la photographie est vue comme une image vraie. Produite mécaniquement, elle serait la copie fidèle de la réalité, ce qui justifie la croyance en la vérité de ses images. Dès les premiers discours tenus à son égard, la photographie apparaît comme une image transparente, ne donnant rien d’autre à voir que la réalité, ce qui explique notamment les postures de rejet généralement adoptées par les écrivains et les artistes face à cette image, antithèse de l’art. Notre travail s’efforce de montrer comment, à l’inverse, la photographie a été, dans les textes littéraires en particulier, rendue à sa visibilité, c’est-à-dire à sa nature de vraie image. Pour cela, nous déterminons comment le phénomène optique de l’aberration, qui suppose une déformation de l’image plus ou moins visible, rend compte d’une pensée s’attachant à concevoir la photographie comme vectrice de troubles dans sa représentation. Nous examinons alors différentes manifestations de ces phénomènes dans la littérature, qui sont liées à une conscience de la matérialité des images, de leur mode de fabrication particulier, mais aussi de leurs défauts, opacifiant ce qu’elles représentent. L’attention de certains écrivains portée à ce que nous appelons la dimension photographique des photographies ouvre des pistes multiples sur la poétique des textes et situe le modèle photographique dans un ailleurs du réalisme. La réflexion sur la photographie dans les textes permet également de mesurer les conséquences d’une croyance en la vérité des images, croyance qui se révèle, à différents niveaux, comme aberrante. En effet, le fantasme d’une visibilité parfaite n’a pas seulement été appréhendé comme un moyen de mesure rationnelle du monde. La visibilité accrue et excessive de la photographie révèle au contraire ce que la réalité a de plus étrange et de plus inquiétant. Dans les textes, le modèle photographique éclaire alors une représentation fantastique du monde, lorsque celui-ci s’ouvre aux fantasmes et aux hallucinations. Nous tentons de cerner, à travers des œuvres littéraires et photographiques variées (Nerval, Champfleury, Nadar, Maupassant, Geffroy, Rachilde, Bonnetain, etc…) les différents phénomènes qui apparaissent comme les principaux agents de déréalisation de l’image photographique.

  • Titre traduit

    From seing to looking : Literature and photographs in the XIXth century


  • Résumé

    In the nineteenth century, photographs are first seen as true images. Produced mechanically, they would be the faithful copy of reality. This justified the belief in the truth of photographic images. From the earliest speeches made about it, photographs appeared as transparent images, giving nothing more to see than reality. This explains the postures of rejection generally adopted by writers and artists in the face of the photographic image, seen as the antithesis of art. Our work tries to show how, on the contrary, photography has been rendered in literary texts, to its visibility, that is, to its nature as a true image. To do this, we determine how the optical phenomenon of aberration, which is a deformation of the image, accounts for a line of thought which tries to conceive of photography as a vector of disturbances in its representation of reality. We then examine different manifestations of this phenomenon in literature. They are linked to a growing awareness of the materiality of the images and their particular mode of manufacture, but also of the defects opacifying what they represent. The attention given by certain writers to what we call the “photographic dimension” of photographs opens up multiple avenues to the poetics of texts and situates the photographic model beyond realism. The inquiry on photography in texts also makes it possible to measure the consequences of a belief in the truth of images, a belief that reveals itself, at different levels, as aberrant. Indeed, the fantasy of perfect visibility has not been apprehended only as a means of rational measurement of the world. The increased and excessive visibility of photography reveals, on the contrary, what is strangest and most disturbing in reality. The photographic model illuminates a fantastical representation of the world’s fantasies and hallucinations. The different phenomena studied then appear as the principal agents of derealization of the photographic image.

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