Evolution du concept de langue polynomique au sein de la société corse
| Auteur / Autrice : | Nicolas Sorba |
| Direction : | Jacques Thiers, Jean-Marie Comiti |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Cultures et langues régionales |
| Date : | Soutenance le 14/12/2016 |
| Etablissement(s) : | Corte |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Environnement et sociéte (Corte ; 2000-....) |
| Jury : | Examinateurs / Examinatrices : Jean Casenave, Ronan Calvez, Alain Di Meglio, Philippe Blanchet |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Jean Casenave, Ronan Calvez | |
| DOI : | 10.70675/fb596611ze6eaz4171zbd2ez779bc430f404 |
Mots clés
Résumé
Le concept de langue polynomique, que l’on doit au sociolinguiste Jean-Baptiste Marcellesi, est un élément fondamental du processus d’élaboration du corse. S’appuyant sur les attitudes des corsophones initialement observées dans les situtations informelles, ce schéma a été transposé à tous les secteurs de la société. L’originalité de ce concept repose sur la possibilité d’utiliser la variété linguistique de son choix, quelle que soit la situation, à l’oral comme à l’écrit, sans qu’il y ait une quelconque hiérarchie de ces formes diverses et tout en considérant qu’elles appartiennent à une même langue. Ce travail montre comment ce concept scientifique s’est diffusé dans la société insulaire et comment il est appliqué. Ce bilan de l’évolution sociolinguistique du corse après trente ans de pratiques dites « polynomiques » apporte de nombreux éléments tant d’un point de vue théorique que sur les connaissances du terrain étudié, au-delà du fait que la polynomie, dans la situation corse, a réglé le problème de la diversité dialectale. Le large consensus constaté dans ce bilan, tant au sein de la population insulaire que sur le plan politique, concernant l’avenir du corse, ne devait pas masquer l’écart sous-jacent, mais bien réel, entre les volontés ambitieuses affichées et l’équipement du corse, tant d’un point de vue de la norme que de la régie linguistique. Les attitudes constatées lors de notre enquête situaient cette mise en place dans sa phase finale car, d’une part, aucune hiérarchisation des variétés du corse n’apparaît et, d’autre part, nous relevons une légitimation beaucoup plus affirmée des normes des autres régiolectes. Cette tolérance plus accrue génère une banalisation de la variation dialectale dans tous les espaces où le corse se pratique. Ce bilan critique tiré de l’évaluation de la situation sociolinguistique corse est complété par l’étude des potentialités que revêt une langue polynomique à l’égard du plurilinguisme, de la glottophobie et de la tolérance. La mise en exergue des potentialités d’une langue polynomique s’avère être à la fois une alternative sociétale et une critique des politiques linguistiques monolingues et des standardisations normatives des langues. Cette étude a été menée à la lumière des travaux de la sociolinguistique corse qui concomitamment périphérique, impliquée et pratique. Cette thèse vise à comprendre le fonctionnement, le rôle et les contributions du concept de langue polynomique dans le processus de revitalisation linguistique du corse et ses apports sous-jacents dans la construction d’une société tolérante à l’égard de la diversité.