Perception des sensations physiques et des émotions dans le comportement alimentaire : lien avec la consommation alimentaire et le statut pondéral en population générale

par Geraldine Camilleri

Thèse de doctorat en Épidémiologie - Santé publique

Sous la direction de Serge Hercberg.

Soutenue le 03-11-2015

à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Galilée (Villetaneuse, Seine-Saint-Denis) , en partenariat avec Université Paris 13 (établissement de préparation) et de Unité de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Bobigny) (laboratoire) .

Le président du jury était Daniel Tomé.

Le jury était composé de Bruno Falissard, Arnaud Aubert, Sylvie Despres.

Les rapporteurs étaient Daniel Tomé, Blandine de Lauzon-Guillain.


  • Résumé

    Les traits psychologiques individuels peuvent faciliter ou nuire au contrôle alimentaire et pondéral non seulement chez les obèses, mais également dans l’ensemble de la population. La littérature s’est jusqu’à présent principalement focalisée sur les traits négatifs tels que la restriction ou l’alimentation liée aux émotions négatives. A l’inverse, des traits positifs (ou adaptatifs) tels que l’alimentation intuitive et la pleine conscience pourraient favoriser une alimentation saine et un maintien du poids. L'alimentation intuitive est caractérisée par une consommation motivée par les signaux physiologiques de faim et de satiété plutôt qu’en réponse aux stimuli externes et émotionnels, couplée à une faible préoccupation vis-à-vis de l’alimentation. La pleine conscience est définie par une prise de conscience de l’instant présent sans jugement de valeur. L’objectif principal de ce travail était de mesurer l’alimentation liée aux émotions, l’alimentation intuitive et la pleine conscience dans un large échantillon d’adultes en population générale issus de la cohorte NutriNet-Santé, et d’évaluer leur association avec la consommation alimentaire et le statut pondéral de façon transversale. Chez les femmes, une forte alimentation liée aux émotions était associée à une plus forte consommation d’aliments riches en énergie, en particulier les aliments gras et sucrés. La présence de symptômes dépressifs exacerbait cette association. Pour les hommes, cette relation était mise en évidence seulement chez ceux sans symptômes dépressifs. La version traduite et validée d’un questionnaire d’alimentation intuitive a montré des caractéristiques psychométriques satisfaisantes. Des scores plus élevés aux dimensions « manger pour des raisons physiques plutôt qu’émotionnelles » et « recourir à ses signaux de faim et de satiété» étaient associés à des choix alimentaires bénéfiques pour la santé tandis que des scores plus élevés à la dimension « permission inconditionnelle de manger » étaient associés à une alimentation moins saine. Par ailleurs, l’alimentation intuitive et ses trois dimensions étaient inversement associées au statut pondéral. La disposition de pleine conscience était inversement associée au surpoids et à l’obésité chez les femmes, et à l’obésité chez les hommes. De plus, dans l’ensemble, toutes les dimensions de la pleine conscience (« observation », « description », « agir en pleine conscience », « non-jugement » et « non-réactivité ») étaient inversement associées au statut pondéral chez les femmes tandis que chez les hommes, seules les dimensions « observation » et non-réactivité » l’étaient. De façon cohérente, la pratique de techniques psycho-physiques pouvant développer la pleine conscience était inversement associée au statut pondéral. Ces résultats illustrent l’importance des déterminants psychologiques sur le comportement alimentaire et le statut pondéral. Plus particulièrement, ils montrent l’importance de considérer des conduites positives, et pas uniquement des conduites à risque, à la fois en prévention primaire et secondaire de l’obésité.

  • Titre traduit

    Perception of physical sensations and emotions in the context of eating behavior : associations with food intake and weight status in the general population


  • Résumé

    Individual psychological traits can positively or adversely affect eating and weight control notonly among obese individuals, but also in the whole population. So far, the literature hasmainly focused on negative traits such as restrained or emotional eating. Yet, positive (oradaptive) traits such as intuitive eating and mindfulness might predispose people to eat morehealthfully and maintain weight. Intuitive eating is defined as generally eating in response tophysiological hunger and satiety signals, and not in response to external and/or emotionalcues, together with low overall preoccupation with food. Mindfulness is defined as nonjudgmentalawareness of the present moment.Our main objective was to quantify emotional eating, intuitive eating and mindfulness in alarge sample of adults from the general population (the NutriNet-Santé cohort) and to assesswhether they were cross-sectionally associated with food intake and weight status.In women, higher emotional eating was associated with higher consumption of energy densesnack foods, and in particular sweet-and-fatty foods. The presence of depressive symptomsexacerbated this association. In men, this association was found in those without depressivesymptoms only.We translated and validated an existing intuitive eating questionnaire into French, and thistranslated version demonstrated satisfactory psychometric properties.Higher scores on the dimensions “eating for physical rather than emotional reasons” and“reliance on hunger and satiety cues” were associated with healthier food choices whilehigher scores on the dimension “unconditional permission to eat” were associated with a lesshealthy diet. However, overall intuitive eating and its three dimensions were all inverselyassociated with weight status.Dispositional mindfulness was inversely associated with overweight and obesity in womenand with obesity in men. In addition, overall, all dimensions of mindfulness (“observing”,“describing”, “acting with awareness”, “non-judging” and “non-reactivity”) were inverselyassociated with weight status in women, while only the “observing” and “non-reactivity”dimensions were inversely associated with weight status in men. In line with this, mind-bodypractices, which can help to develop mindfulness, were also inversely associated with weightstatus.These results illustrate the importance of psychological determinants of dietary behavior andweight status. In particular, our results underline the value of considering positive behaviors,and not only behaviors at risk, for both primary and secondary prevention of obesity.


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