Thèse de doctorat en Épistémologie et histoire des sciences
Sous la direction de Claude Debru.
Soutenue en 2014
à Paris 7 , dans le cadre de École doctorale Savoirs scientifiques : Epistémologie, histoire des sciences, didactique des disciplines (Paris2000-2019) .
L'objectif de cette thèse consiste à explorer les premières tentatives de compréhension et d'investigation expérimentale de la nutrition animale depuis la fm du XVIIIe siècle jusqu'au milieu du XIXe. Le problème de la nutrition animale se pose alors dans ces termes : Par quels procédés chimico-physiologiques les aliments se transforment-ils en tissus spécifiques des organes du corps ? Les principes immédiats des aliments se substituent-ils, tout simplement, aux principes immédiats dégradés de la matière du corps ou bien les aliments servent-ils de matière première à l'organisme à partir de laquelle il fabrique ses propres constituants ? Le concours de la chimie organique naissante a permis à la physiologie de considérer la nutrition animale comme objet d'investigation expérimentale. Les recherches réalisées se rapportent successivement à deux questions, à savoir : a) l'azote que renferme le corps de l'animal herbivore est-il d'origine exclusivement alimentaire ? b) sa graisse vient-elle uniquement de ses aliments végétaux ? Cette dernière question a donné lieu à une controverse scientifique au prolongement de laquelle d'importantes recherches ont été réalisées sur la digestion. L'aboutissement de ces recherches sera la découverte de la fonction glycogénique du foie, qui a démontré que l'organisme animal, avec ses aliments, fabrique ses propres matériaux pour sa conservation et sa croissance. Ainsi, l'animal n'utilise pas le sucre venu de son alimentation, mais il produit son propre sucre dans le foie. Cette investigation expérimentale de la nutrition fait partie de l'histoire de la fondation de la physiologie expérimentale. Elle a été l'oeuvre des physiologistes, des chimistes et des pharmaciens.
The researches on animal nutrition in French, 1789-1848
The purpose of this thesis is to explore the first attempts at understanding and experimentally investigating animal nutrition, from Tate eighteenth century to mid-nineteenth century. The problem is then framed as follows: by which physiological and chemical processes is food transformed into specific tissues of the organs of the body? Do immediate principles of food simply substitute for the immediate degraded principles of the malter of the body, or do they serve as raw materials from which the body can elaborate its own components? The emerging organic chemistry allowed making animal nutrition a subject of experimental investigation. The research achieved was related to the two following questions: a) Does the nitrogen contained in the body of an herbivorous animal have its origin from its food only? b) Does its grease corne from vegetal food only? The latter question gave rise to a scientific debate that led to important researches on digestion. The outcome of this was the discovery of the glycogenic function of the liver which demonstrated that for its survival and its growth an animal body fabricates its own materials from its food. For instance, an animal does not use the sugar contained in its food but it makes its own sugar in its liver. This experimental investigation on nutrition is part of the history of the birth of experimental physiology. It was the work of physiologists, chemists and pharrnacists.