Une cour à l'épreuve de la conquête : la société curiale et Naples, capitale d'Alphonse le Magnanime (1416-1458)
| Auteur / Autrice : | Roxane Chilà |
| Direction : | Patrick Gilli |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | HISTOIRE spécialité Histoire médiévale |
| Date : | Soutenance le 29/11/2014 |
| Etablissement(s) : | Montpellier 3 en cotutelle avec Università degli studi di Napoli Federico II |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale 58, Langues, Littératures, Cultures, Civilisations (Montpellier ; 2015-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre historique de recherches et d'études médiévales sur la Méditerranée occidentale (Montpellier) - Centre d'Etudes Médiévales de Montpellier / CEMM |
| Jury : | Président / Présidente : Denis Menjot |
| Examinateurs / Examinatrices : Patrick Gilli, Francesco Senatore, Roberto Delle Donne, Élisabeth Crouzet-Pavan | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Jacques Paviot |
Mots clés
Résumé
Ma thèse porte sur l'entourage institutionnel d'Alphonse le Magnanime en Italie méridionale, suite à la conquête de Naples par ce roi d'Aragon en 1442. Il s'agit de proposer une étude approfondie d'un groupe social et de l'institution curiale. L'hôtel royal a fait l'objet d'ordonnances en Aragon en 1344 sous le règne de Pierre IV. Mais l'arrivée sur le trône aragonais des Trastamare en 1412, avec l'élection de Ferdinand Ier, le père d'Alphonse le Magnanime, puis la conquête par ce dernier du Regno, pose la question des transformations de cette institution. La principale est l'interruption de la tradition des ordonnances, qui prive l'historien de sources normatives pour l'étude de cette période de bouleversements. La cour est restée jusqu'à présent un point aveugle de l'historiographie de la dynastie et de cet État impérial et composite qu'est la couronne d'Aragon au XVe siècle, alors qu'elle en est le rouage administratif essentiel.Les officiers appartenant à la société curiale sont présentés comme un ensemble cohérent du point de vue national et sociologique par les chroniques napolitaines. De plus, l'historiographie extrêmement fragmentée des Aragonais de Naples reproduit les puissants clivages régionaux contemporains entre les entités qui composaient la couronne d'Aragon au XVe siècle. En conséquence, l'entourage d'origine ibérique des rois de Naples n'a fait l'objet que de quelques travaux partiels, adoptant un filtre régional. Au-delà de la cour, il importe aussi de saisir ce groupe dans le contexte de migration massive depuis le royaume d'Aragon vers le le royaume de Naples. Nombreux sont les migrants qui appartiennent aux élites administratives ou marchandes ; ils ont des liens forts avec l'institution domestique, comme le révèle l'étude des réseaux sociaux dans lesquels ils sont insérés. Mais d'autres individus, d'origine sociale plus modeste, affluent également à Naples à partir de la conquête du Magnanime.L'arrivée à Naples et l'installation en ville des officiers curiaux et de ceux qui arrivent dans le sillage du roi et de ses armées pose la question de leur insertion en ville et dans la société politique de la capitale italienne. La migration au service du prince est-elle constitutive d'une quelconque solidarité ou identité ? Selon quelles modalités ces élites migrantes tissent-elles des relations avec les Napolitains ? On constate que le roi incarne une figure médiatrice indispensable au dialogue entre les différentes composantes politiques et sociale de la capitale, tandis que les Catalans accèdent difficilement à la citoyenneté. Ils sont regroupés dans les quartiers bas de la ville, en dehors des circonscriptions administratives disposant d'une représentation politique.L'enquête mobilise des sources diverses : documentation normative inédite, chroniques, production des humanistes stipendiés par le Magnanime, correspondances d'ambassadeurs et registres de la chancellerie conservés à l'Archivo de la Corona de Aragón à Barcelone. La démarche fondamentale de ce travail réside dans le repérage des individus concernés, selon les principes éprouvés de la prosopographie. L'analyse diachronique des données obtenues permet d'apporter des éléments significatifs à l'histoire du premier roi aragonais de Naples, et au règne contesté de son successeur Ferrante. Cette étude sociale et institutionnelle révise en profondeur les approches locales marquant habituellement l'historiographie de la couronne d'Aragon et de Naples, en révélant les usages politiques et militaires de la société curiale, combien la culture politique aragonaise influe sur la pratique du nouveau roi et le tournant démographique et économique que cette période a représenté pour la capitale méridionale.