L'explication ordinaire des actions humaines. Recherches sur l'intention pratique et la grammaire des concepts psychologiques : recherches sur l'intention pratique et la grammaire des concepts psychologiques

par Rémi Clot-Goudard

Thèse de doctorat en Philosophie et épistémologie

Sous la direction de Denis Vernant.

Soutenue le 21-10-2013

à Grenoble , dans le cadre de École doctorale de philosophie (Lyon) , en partenariat avec Philosophie, langages & cognition (Grenoble) (équipe de recherche) .

Le président du jury était Vincent Descombes.

Le jury était composé de Denis Vernant, Julia Tanney.

Les rapporteurs étaient Layla Raîd, Séverin Schroeder.


  • Résumé

    Ce travail a pour objectif d'éclaircir, par la voie d'une enquête sur le langage de l'action intentionnelle et la grammaire des concepts psychologiques, la nature de notre capacité ordinaire à assigner un sens aux actions humaines et les conditions de son exercice. À l'heure actuelle, les débats sont dominés par une conception causaliste de l'action et de son explication qui innerve des problèmes tels que celui de la causalité mentale, de la réalité des états mentaux ou du statut de la « psychologie populaire ». Le causalisme pose que la différence entre une action et un simple mouvement corporel tient au fait que la première est causée par certains antécédents mentaux, distincts du mouvement, qui rendent compte de son caractère intentionnel. Expliquer une action consisterait dès lors à donner des raisons référant à ces états. Renouant avec l'approche logico-grammaticale issue de Wittgenstein et développée par Anscombe, nous entendons montrer que cette conception est erronée. Son principal défaut est de succomber à une image mentaliste selon laquelle les prédicats psychologiques utilisés dans les explications ordinaires ont toujours pour fonction de dénoter des états, des processus ou des événements internes à l'agent, distincts de l'action et pouvant entrer dans des chaînes causales. Contre cela, nous voulons établir que la différence entre action et mouvement corporel est une différence entre deux modes de description. Le mode intentionnel dans lequel se disent les actions se caractérise de façon essentielle par l'asymétrie de la première et de la troisième personnes. Expliquer une action consiste à en donner une description qui l'identifie dans sa dimension téléologique. Notre démarche est la suivante. Le premier mouvement de notre étude est consacré à la clarification des liens conceptuels entre intention et action. Après avoir rappelé les origines modernes de la conception causaliste, nous critiquons les arguments proposés par Davidson en sa faveur. Récusant leur mentalisme sous-jacent, nous montrons que le caractère intentionnel d'une action ne dépend pas de la présence d'un « ingrédient » mental. Puis nous rendons compte de la force explicative des descriptions intentionnelles en les mettant en rapport avec la spécificité du raisonnement pratique et de la connaissance d'agent. Dans un second mouvement, nous revenons sur la nature de la capacité à formuler des jugements psychologiques au sujet d'autrui. Nous examinons successivement la thèse selon laquelle les agents possèdent une théorie de l'esprit et celle selon laquelle ils recourent à un principe de charité interprétative. Contre ces approches intellectualistes, nous soutenons que l'usage sensé des termes psychologiques est un savoir-faire qui doit être mis en relation avec l'expressivité naturelle du corps humain, la dimension intrinsèquement sociale et institutionnelle de la vie humaine et l'existence de formes d'action et d'expression partagées faisant autorité. Reconnaître les conditions actionnelles de l'intelligibilité d'autrui exige de se défaire de l'illusion moderne d'un « sujet désengagé ».


  • Résumé

    My objective is to elucidate, by means of a grammatical inquiry into the language of intentional action and the use of psychological concepts, the nature of our ordinary capacity to make sense of human actions, as well as the conditions of its exercise. In contemporary debates prevails a causalist view of action and its explanation, which underlies the discussions about mental causation, the reality of mental states or the epistemic status of so-called folk psychology. Causalism holds that an action differs from a mere bodily movement by its being caused by some mental antecedents, distinct from movement, which account for its intentional character. Explaining an action would thus consist in giving reasons ultimately referring to those states. In line with the wittgensteinian logico-grammatical approach developed by Anscombe, I intend to show that this view is misconceived. Its main defect lies in its mentalism, i.e. the tendency to see psychological predicates as always functioning to denote internal episodes or events, distinct from action and liable to figure in causal chains as links bringing about the agent's behaviour. Against this, I want to establish that the distinction between action and mere movement is to be seen as a difference between two modes of description. The intentional mode in which are couched action descriptions is essentially characterized by the first/third-person asymmetry. Explaining an action consists in identifying it by a description exhibiting its teleological features. My plan is the following. The first main move is to clarify the conceptual relations between intention and action. Having brought to light the modern roots of causalism, I consider the arguments Davidson put forward in its favour, so as to refute their underlying mentalism. I show that for an action, being intentional does not depend on any occurrence of a separate mental component. Then I proceed to account for the explanatory force of intentional descriptions by relating them to the specificity of practical reasoning and agent knowledge. The second main move tackles the question to know what the capacity of making sense of others consists in. I successively consider the idea that agents possess a theory of mind and the thesis as to which they must rely on a principle of interpretative charity. Against those intellectualist views, I claim that sensible use of psychological concepts is a practical skill which is to be related to the sensibility to the natural expressivity of human body, the intrinsically social and institutional features of human life and the existence of shared standards of expression and action. Acknowledging the action-based conditions of others' intelligibility requires to dispose of the modern illusion of a « disengaged subject ».

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