Le joug de la lucha : l'ancrage socio-historique du régime castriste : de 1959 à nos jours
| Auteur / Autrice : | Vincent Bloch |
| Direction : | Daniel Pécaut, Gilles Bataillon |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Sociologie |
| Date : | Soutenance en 2012 |
| Etablissement(s) : | Paris, EHESS |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre d'étude des mouvements sociaux (1970-.... ; Paris) |
Résumé
Au sein de la société cubaine contemporaine, les limites imposées par l’Etat sur les activités économiques privées s’ajoutent à la précarité des conditions de vie matérielles, et tous ou presque en sont réduits à « lutter » aux marges du légal et de l’illégal pour joindre les deux bouts. Mais davantage que la déclinaison cubaine de la débrouille, la lucha est un fait social total qui invite à la description ethnographique de pratiques en situation, afin de mieux comprendre les normes tacites et locales dans lesquelles elle s’inscrit, les contraintes spécifiques auxquelles elle renvoie et le sens de la réalité qu’elle véhicule. Les pistes de la lutte mènent petit-à-petit à une vue synoptique. La multiplication des points de vue, combinée à l’analyse, permet finalement, tout en suivant des pistes hachées, de cerner une forme de vie. La lutte est un joug : ses protagonistes acceptent l’état d’indécision chronique, et la limite consistant à n’agir qu’à la marge du possible. Elle est la modalité à travers laquelle la société et les individus se sont adaptés à un ensemble de règles et à un sens de la réalité dont ils acceptent la fatalité, ce dès lorsqu’ils parviennent à habiter l’espace social. Pour cela, ils s’attachent perpétuellement à créer et à préserver des routines. Disparates. Celles-ci, tout en s’écartant de la légalité socialiste et de la pureté idéologique de« l’homme nouveau », intègrent les attentes normatives des dirigeants. Mais en ce sens, la lutte est aussi ce qui reste du projet totalitaire cubain, une fois que les dirigeants ont accepté le fait que son idéal, transformer la société en communauté conquérante, épurée et indivisible, est hors d’atteinte à moyen terme.