Thèse soutenue

Du singulier à l'universel : Religion et éthique, peuple juif et humanité, individu et communauté : lecture de ''Religion der Vernunft aus den Quellen des Judentums''de Hermann Cohen à la lumière du concept de ''spécificité'' (Eigenart)

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Auteur / Autrice : Sophie Nordmann
Direction : Pierre-François Moreau
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Philosophie
Date : Soutenance en 2004
Etablissement(s) : Paris 4

Résumé

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Presque jusqu'à la fin de son œuvre, la réflexion de Cohen est centrée sur l'idée de système. Pourtant, il achève ses travaux, non par une psychologie qui aurait pour tâche d'unifier les parties du système, mais par une philosophie de la religion. Que devient alors l'exigence de systématicité ? C'est grâce à la notion de spécificité que nous entendons répondre à cette question, en montrant que cette notion offre la clef d'une lecture transversale de l'ensemble de la philosophie religieuse de Cohen, et permet de comprendre en quoi elle s'appuie sur les acquis du système pour penser jusqu'au bout la relation du singulier et de l'universel. Quel sens donner à l'entreprise d'une '' religion de la raison tirée des sources du judai͏̈sme '' ? La mise en place des conditions méthodologiques de ce projet implique de s'interroger sur la légitimité d'une application de la méthode transcendantale à un fait de culture non-scientifique. Or, la spécificité apparaît comme la seule voie qui rende cette application possible et permette de conférer à la religion sa place au sein du système de la philosophie tout en préservant l'intégrité de ce système : elle implique une entière affiliation méthodologique à l'éthique, néanmoins compatible avec une indépendance relative non à la méthode mais au contenu. Qu'est-ce qui autorise pourtant à tirer cette religion de la raison - universelle par principe - d'une source historique particulière, le judai͏̈sme ? La légitimation d'une telle démarche doit montrer que le judai͏̈sme ne se limite pas à être la religion particulière d'un peuple historique. C'est dans cette perspective qu'il sera essentiellement envisagé comme monothéisme, seule forme religieuse compatible avec les exigences de l'idéalisme éthique. Son universalité, qui s'atteste dans le principe d'unicité de Dieu, se trouve confirmée par le statut que Cohen confère au peuple juif, élevé au rang de '' symbole de l'humanité '' et idéalisé en '' Reste d'Israe͏̈l '' dans le messianisme. Au sein de cette affiliation à l'humanité comprise comme totalité et universalité, le peuple juif conserve néanmoins sa spécificité, entendue comme singularité absolue, qui seule permet de penser une humanité historique en marche vers la réalisation de l'idéal que lui prescrit l'éthique. La spécificité de la religion se saisit à partir de là dans le concept d'individu qu'elle découvre. Alors que l'éthique ne peut envisager l'homme que sous la catégorie de la totalité, la religion est en mesure de penser l'homme comme pluralité - le Mitmensch - et comme unité - l'individu-je - par la corrélation qu'elle déploie. Or, ici encore, le concept de spécificité doit permettre de déterminer le statut de cet individu : le Mitmensch est envisagé dans sa spécificité entendue comme particularité ; rapporté à la catégorie de l'unité, l'individu est également reconnu dans sa spécificité au sens cette fois d'unicité. Alors que l'éthique ne peut que prescrire un idéal, la spécificité de la religion permet de tracer le chemin vers sa réalisation : ici s'atteste la nécessité d'une intégration de la religion au système de la philosophie, en tant que complément spécifique de l'éthique. La spécificité apparaît, à partir de là, comme le concept central des derniers travaux de Cohen, et comme la clef de voûte de l'articulation de sa philosophie religieuse à son système de la philosophie.