Thèse de doctorat en Histoire de la philosophie
Sous la direction de Alain Renaut.
Soutenue en 2002
à Paris 4 .
Le présent travail cherche à mettre en lumière le rapport entre la subjectivité transcendantale et le pouvoir de questionner. En effet, une certaine subjectivité autorise un certain questionnement et il nous faudra toujours et partout nous demander quelles sont les possibilités et les conséquences de cette relation. Pour ce faire, il s'agira non pas d'interpréter Kant à partir de l'idéalisme hégélien ou de la phénoménologie heideggerienne, mais bien plutôt de le relire après Hegel et Heidegger. Certes, ce projet pourrait sembler aller de soi si l'on faisait abstraction du fait qu'aujourd'hui encore le kantisme est le plus souvent lu en tant que simple annonciateur de l'idéalisme absolu, ou bien, en tant que commencement raté de l'horizon phénoménologique. C'est la Critique de la faculté de juger en tant qu'elle provoque une inflexion sans précédent au sein même du système critique qui constituera le point central de notre relecture de Kant. Selon nous, la troisième Critique mène à terme quelque chose qui reste encore hésitant dans les deux autres, tout en les "justifiant", en les explicitant et en leur donnant une plus grande actualité face à la critique post-kantienne. En effet, ce que nous appelons la question critique comporte chez Kant un statut tout particulier qui l'oppose à son statut et à son usage chez Hegel ou Heidegger. Il est permis de penser que le kantisme pratiquerait un autre type de questionnement dont nous ne cesserons de rappeler la spécificité. Ainsi, il nous faudra toujours et partout aiguiser la résistance virtuelle du criticisme kantien, face à Hegel comme à Heidegger, en réactivant le "fond" interrogatif de sa réflexion philosophique et en mettant à jour ce qui se présente à nous comme une "caricature" du criticisme dans ces philosophies. Ce travail contribuera à mettre en évidence l'issue de cette confrontation avec Hegel et Heidegger, celle d'un kantisme renforcé par ces oppositions.
The status of criticism in the philosophical discourse of modernity : Kant after Hegel and Heidegger
This thesis attempts to clarify the intimate relationship between the transcendental subjectivity and the possibility of questioning. As a matter of fact, a certain type of subjectivity permits a certain type of questioning which we will have to explore the very limits and possibilities. In order to realize this project, we will need to interpret Kant - not via German Idealism nor Heideggerian phenomenology - but rather to attempt its reading after Hegel and Heidegger. This project could seem to be somewhat obvious unless it is understood that the most common reading of Kantian criticism today most often sees in this philosophical enterprise a simple stepping-stone to German idealism or a failed beginning to the phenomenological attitude. It is the Critique of Judgment, as it provokes a radical modulation in the very heart of the Critical system, which will constitute the central point of our reading of Kant. According to us, the third Critique accomplishes something which remains hesitant in the two prior Critiques, while justifying them and hence providing a greater actuality to the Kantian system as a whole before all the post-critical temptations. What we call the critical question entails for Kant a specificity which opposes it to all of its definitions in Hegel or Heidegger. We are entitled to believe that Kantianism practices a radically different philosophical questioning. Hence, we will continuously sharpen the virtual resistance of criticism towards Hegel and Heidegger by reactivating its very interrogative ground and bring forth what seems to us like a simple caricaturing of it by these last two philosophies. This thesis will contribute to reveal a type of Kantianism entirely reinforced by its opponents.