Thèse soutenue

Le corps de saint Sébastien : charme, dévotion et image au Moyen-Age et à la Renaissance

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Karim Ressouni-Demigneux
Direction : Daniel Arasse
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Histoire de l'art
Date : Soutenance en 2002
Etablissement(s) : Paris, EHESS

Résumé

FR  |  
EN

Au milieu du XVe s. , l'iconographie de saint Sébastien, que l'on prie pour échapper à la peste ou en guérir, subit un changement radical. A la représentation d'un vieillard ou d'un homme d'âge mûr sagitté de nombreuses flèches est substituée celle d'un beau jeune homme, voire d'un adolescent, qui ne témoigne plus visuellement de sa souffrance. Depuis le XVIe s. , toute l'historiographie analyse ce phénomène suivant l''' hypothèse apollinienne '' : les peintres auraient usé de leur fantaisie en s'inspirant des représentations antiques du dieu grec qu'ils redécouvraient. Cette explication ne tient pas compte du fait que cette nouvelle iconographie fut élaborée dans un contexte dévotionnel spécifique et que le rajeunissement de saint Sébastien n'affecte pas seulement son incarnation figurative mais contamine également les prières, les mystères. . . En envisageant l'ensemble des textes et des images qui construisent aux XIVe et XVe s. La personnalité de saint Sébastien, la présente thèse établit que la métamorphose du saint s'opère en fonction d'une modification de la demande dévote, une espérance de guérison venant remplacer la simple demande d'intercession. A la croisée du médical et du religieux, et en résonnance avec les savoirs entremêlés de la biologie, de la magie naturelle et de la dévotion, le jeune corps de saint Sébastien était une forme de la santé mise à la disposition des dévots et qui agissait thérapeutiquement sur les corps via l'imaginatio, selon la pneumofantasmologie en vigueur. Mettant en œuvre cette forme, les artistes exploitèrent toutes les potentialités métaphoriques de la sagittation (les flèches symbolisant tout à la fois la maladie et le regard décoché sur le corps saint) et rendirent perceptible la vitalité de Sébastien en accentuant son humanité (par la représentation de ses genitalia). Mais cette forme potentiellement érogène était périlleuse et dès 1500 des œuvres sont apparues, équivoques, qui suscitèrent l'ire des zélateurs de la Contre-Réforme.