Autofiction et romanesque chez Daniel Guebel

par Karen Cervera Marzo

Projet de thèse en Études Hispaniques et Hispano

Sous la direction de Almudena Delgado larios.

Thèses en préparation à Grenoble Alpes , dans le cadre de Langues, Littératures et Sciences Humaines , en partenariat avec ILCEA4 - Institut des Langues et des Cultures d'Europe et d'Amérique (laboratoire) depuis le 01-09-2009 .


  • Résumé

    Daniel Guebel (Buenos Aires, 1956) est un écrivain argentin reconnu dans son pays et dont l'œuvre, riche et variée, depuis Arnulfo o los infortunios de un príncipe (1987) jusqu'à Tres obras para desesperar (2009), compte déjà dix romans, deux recueils de nouvelles et sept pièces de théâtre (dont plusieurs collaborations avec son ami Sergio Bizzio). Parallèlement, Guebel intervient régulièrement dans de nombreuses revues argentines, il écrit des scénarios pour la télévision et le cinéma, et s'est lancé récemment dans une activité d'éditeur indépendant de « romans journalistiques ». Alors qu'un certain nombre d'auteurs argentins de sa génération sont traduits et font déjà l'objet de thèses en France, son œuvre, paradoxalement, reste méconnue dans notre pays. La génération à laquelle il appartient est une génération intermédiaire, celle des "fils" (rebelles ou soumis) de César Aira, et paraît un peu menacée par l'émergence d'une jeune génération très dynamique. Daniel Guebel, comme beaucoup d'autres auteurs de son âge, se trouve au cœur des médias, à la fois par sa pratique professionnelle et par les obsessions thématiques qui traversent sa production. On note en effet, dans la littérature argentine actuelle, une efflorescence des nouveaux médias (en tant que thèmes, mais aussi en tant que vecteurs), dont Guebel, paradoxalement, semble s'indigner. Par ailleurs, cette littérature manifeste, depuis au moins quinze ans, une effervescence autobiographique qui flirte souvent avec l'autofiction. Celle-ci, réactualisée par le dynamisme de telles écritures intimes et par cette véritable obsession des nouveaux médias, me semble offrir un espace littéraire porteur de nouveaux enjeux et propice à un dialogue renouvelé entre littérature et diverses modalités récentes d'information et de communication, qui pourraient permettre de proposer les traits définitoires d'une « autofiction à l'argentine » (on notera au passage que de tels enjeux ne sont pas sans rapport avec les deux axes transversaux de l'Université Stendhal, tant en matière d'édition et de création, qu'en matière de dialogue entre humanités et sciences). On aurait là une troisième voie, peut-être spécifique à ce pays et à cette littérature, entre écriture fictionnelle et écriture factuelle, capable de porter l'ambition barthésienne du « romanesque sans le roman ». Trois romans de Daniel Guebel s'inscrivent, à cette date, dans cette problématique : Derrumbe (2007), le plus récent, couronne une démarche intimiste menée depuis la publication de Matilde en 1994, puis de Nina en 2000. Cette problématique se prolonge aujourd'hui par la publication d'un recueil de nouvelles (ou de contes ?) intitulé Los padres de Sherezade (2008). Mon corpus, qui se composera donc de ces cinq ouvrages (trois romans intimistes, un recueil de nouvelles et le roman à venir), me semble convenir idéalement à l'étude du questionnement de l'espace textuel que mène Guebel au fil de son œuvre (dialectique formes brèves/ formes longues, transgénéricité…) et plus particulièrement à celle des dimensions autofictionnelles et romanesques d'une production dont je suis de plus en plus persuadée qu'elle est la plus passionnante et la plus novatrice de cette génération.

  • Titre traduit

    Autofiction and romance in Daniel Guebel's literary work


  • Résumé

    Daniel Guebel (Buenos Aires, 1956) is an Argentine writer recognized in his country and whose work, rich and varied, from Arnulfo o los infortunios of a Príncipe (1987) until obras para desesperar Tres (2009), already has ten novels, two collections of short stories and seven plays (many collaborations with his friend Sergio Bizzio). Meanwhile, Guebel regularly involved in many Argentine journals, he wrote scripts for television and film, and has recently launched a business independent publisher of "journalistic novels." While a number of Argentine authors of his generation are translated and are already the subject of theses in France, his work, paradoxically, remains unknown in our country. The generation to which he belongs is an intermediate generation, that of "son" (rebels or subject) of César Aira, and seems a little threatened by the emergence of a very dynamic young generation. Daniel Guebel, like many other writers of his age, is in the heart of the media, both in professional practice and thematic obsessions running through his production. We note, in fact, in the current Argentine literature, a new media efflorescence (as themes, but also as vectors), which Guebel paradoxically seems to be indignant. Moreover, this manifests literature, for at least fifteen years, an autobiographical excitement that often flirts with self-fiction. This, updated by the dynamism of such intimate writings and by the obsession of new media, seems to offer a carrier literary space new challenges and conducive to renewed dialogue between literature and various recent methods of information and communication, that could help provide the defining features of an "auto-fiction in Argentina" (note in passing that such issues are not unrelated to the two transverse axes of the Stendhal University, both in publishing and creation, in terms of dialogue between the humanities and sciences). One would there a third way, perhaps unique to this country and to this literature, writing between fictional and factual writing, able to wear the ambition of Barthesian "novelistic without the novel." Three novels of Daniel Guebel register on that date, in this issue: Derrumbe (2007), the most recent, crown an intimate approach taken since the publication of Matilde in 1994 and Nina in 2000. This issue extends aujourd 'hui by publishing a collection of short stories (or tales?) entitled Los padres Sherezade (2008). My body, which is thus composed of these five books (three intimate novels, a collection of stories and the novel come), seems to suit me ideally to the study of questions of textual space that leads Guebel over his work (dialectical forms short / long forms, transgénéricité ...) and more specifically that of autofictionnelles and romantic dimensions of a production which I am increasingly convinced it is the most exciting and the most innovative of this generation.