Entre art et politique : christine de France, duchesse et régente de Savoie (1619-1663). Définition d’une identité politique et artistique au service de la dynastie

par Florine Vital-Durand (Vitaldurand-beuzit)

Thèse de doctorat en Histoire

Sous la direction de Giuliano Ferretti.

Thèses en préparation à Grenoble Alpes , dans le cadre de Sciences de l'homme, du Politique et du Territoire depuis le 07-12-2009 .


  • Résumé

    L’historiographie récente a souvent considéré la politique artistique de Christine de France, duchesse et régente de Savoie (1619-1663), fille de Marie de Médicis et de Henri IV, comme déterminante pour maintenir la stabilité du duché au moment critique où les petits États européens périclitent. Or, cette vision d’un État intermédiaire survivant aux conquérants environnants (France, Espagne) par l’habile politique de prestige de « Madame Royale » est à renouveler. Au décès de son époux Victor-Amédée Ier de Savoie elle assure la régence de ses fils, statut qui lui est immédiatement contesté par ses beaux-frères les princes de Carignan, plongeant le duché dans la guerre civile (1638-1642). Le grand dessein de Christine fut de porter ses ambitions royales comme celles de la maison de Savoie, mais le terreau sur lequel elle a semé fut en grande partie celui de ses prédécesseurs ayant déjà posé les marqueurs de l’identité culturelle dynastique. Dans leur sillage, elle fut la mécène de la comittenza monumentale, à l’éclat immédiat relayé par la gravure : doter l’urbanisme de Turin et sa « Couronne de délices » de dimensions auliques, offrant les cadres prestigieux d’entrées solennelles et de fêtes de cour impressionnantes ; s’auréoler d’alliances illustres ; diffuser une image gravée prestigieuse du duché. En revanche, son rapport aux arts présente des inégalités, la peinture ou la sculpture n’innervant pas ses actions et encore moins ses appétences personnelles : Madame Royale n’a pas embrassé l’esprit de l’« Honnête Femme » de la République des Lettres alors qu’elle fut en politique une « Femme Forte », au service de sa dynastie. Sa longue régence n’ayant rien d’un statu quo a permis une stabilisation salvatrice de l’État, dans une alliance avec la France qui, loin d’être une subordination, a eu pour effet d’en assurer l’indépendance relative. Quant à ses propres représentations, elle utilise au début de son règne l’imagerie régalienne dans ses portraits pour ensuite changer de cap dans son âge mûr physique comme politique : à partir de sa régence jusqu’à la passation effective de pouvoir à son fils Charles-Emmanuel II, elle choisit une définition d’elle-même plus authentique et plus empreinte de dévotion.

  • Titre traduit

    Between art and politics : christine of France, duchess and regent of Savoy (1619-1663). Definition of a political and artistic identity at the service of the dynasty.


  • Résumé

    Recent historiography has often considered the artistic policy of Christine de France, duchess and regent of Savoy (1619-1663), daughter of Marie de’ Medici and Henri IV, as decisive in maintaining the stability of the duchy at a critical time when small European states collapsed. However, this vision of an intermediate State surviving the surrounding conquerors (France, Spain) through the skilful artistic policy of « Madame Royale » needs to be revisited. Upon the death of her husband Victor-Amédée I of Savoy, she assumed the regency of her sons, a status which was immediately challenged by her brothers-in-law, princes of Carignan, plunging the duchy into civil war (1638-1642). Christine’s great vision was to carry her royal ambitions as well as those of the House of Savoy, but the soil on which she sowed was largely that of her predecessors who had already laid the markers of the dynastic cultural identity. In their wake, she was the patron of the monumental comittenza, with immediate brilliance relayed by engraving : to endow the town planning of Turin and its « Corona di delizie » of aulic dimensions, offering the prestigious frames of solemn entrances and impressive court festivities ; to be proud of illustrious alliances ; to spread over a prestigious engraved image of the duchy. On the other hand, her relationship with arts shows inequalities, painting or sculpture not innervating her actions and even less her personal appetites : Madame Royale did not embrace the spirit of the « Honnête Femme » of the Republic of Letters while she was in politics a « Femme Forte » at the service of her dynasty. Her long regency, which had nothing to do with the status quo, allowed a salutary stabilization of the State, in an alliance with France which, far from being a subordination, had the effect of ensuring its relative independence. As for her own representations, at the beginning of her reign she used royal imagery in her portraits and then changed course in her mature physical and political age : from her regency to the actual transfer of power to her son Charles-Emmanuel II, she chose a more authentic and devotional definition of herself.