La transnationalisation de la criminalité en Amerique Latine

par L Chaparro

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Guillermo Uribe.

Thèses en préparation à l'Université Grenoble Alpes , dans le cadre de Sciences de l'homme, du Politique et du Territoire , en partenariat avec PACTE - Politiques publiques, ACtions politiques et TerritoirEs (laboratoire) depuis le 01-09-2012 .


  • Résumé

    L'analyse de la criminalité en Amérique Latine semble ainsi particulièrement appropriée afin de mettre à jour les particularités dans ses modes d'expression et de diffusion de la violence. Cette région possède le taux de victimes mortelles par habitant, le plus élevé au monde, (26 pour 100.000 personnes). Tandis que d'autres pays comme la Nouvelle Zélande, la Suède ou la France ont des niveaux inférieurs à 5 pour 100.000 habitants (PNUD,2010). Selon les statistiques fournies par L'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la période comprise entre 2003 et 2008 a présenté le taux d'homicides le plus élevé en Amérique du Sud, en Amérique Centrale, aux Caraïbes et en Afrique du Sud. Néanmoins, on constate que la situation en Amérique centrale est particulièrement grave si on considère que la moyenne entre les taux d'homicide des sept pays qui composent la région1 est trois fois supérieure à la moyenne mondiale et sept points au dessus de la moyenne en l'Amérique Latine (PNUD, 2010). Les taux d'homicide sont également considérables au Venezuela (52,0), en Colombie (38,8), au Mexique (22,0) et au Brésil (22,0)2 (Harrendorf et al.,2010). La criminalité dans ces trois derniers, est directement liée aux nouvelles dynamiques de production et de distribution de drogues. Contrairement à ce qui est affirmé par les autorités nationales, le crime dans la région n'a pas disparu, mais il cherche de nouvelles façons d'opérer (Garzon, 2008). En Colombie par exemple, même si la production nationale de drogue a diminuée (de 99.000 hectares en 2007 à 62.000 en 2010), les hectares de la drogue dans le département du Chocó ont triplé en 12 mois (Journal El Tiempo, mai 2012). Il existe une coïncidence évidente entre la hausse de la culture de plantes pour la drogue dans ce département et la détérioration de l'ordre public avec la présence accrue de gangs criminels et de la guérilla. (Il s'agit des FARC, de l'ELN et les bandes criminelles les " Rastrojos" et les « Aigles noirs »). Le Défenseur du Peuple du département, Victor Raúl Mosquera, a expliqué qu'ils font état d'une augmentation du nombre de morts, de déplacés, de recrutement d'enfants, et d'extorsion des commerçants (El Tiempo, mai 2012). Au Mexique, quand on observe le classement des villes les plus dangereuses du monde, on retrouve cinq villes mexicaines3 parmi les dix premières positions (CCSPJP, 2011). Cette expansion de la violence s'explique par la croissance des bandes criminelles liées au commerce illégal de drogues pendant la dernière décennie. Les Zetas par exemple, est un groupe qui a émergé dans les années 1990 et qui s'est positionné dans le marché de la protection et essaie d'obtenir une plus grande part du commerce de la drogue. De nombreuses structures armées sont aussi au service des cartels: les organisations comme Los Pelones, Los Números du cartel de Sinaloa, Los Narcojunior du cartel de Tijuana et Los Chachos del Juárez. Ces factions armées sont des acteurs principaux dans les conflits entre les trafiquants et les forces gouvernementales, et dans les affrontements entre les différents cartels (Garzon, 2008). Au Brésil, l'inégalité est la caractéristique qui résume le mieux la situation actuelle. Considérée comme la sixième puissance économique en 2012, la justice et la sécurité citoyenne sont les domaines les plus graves à tritar. Selon l'Organisation d'Etats Américains (OEA) le taux d'homicides par an en 2007 a été de 27 pour 100.000 habitants, lui offrant la quatrième position dans le classement global. Mais le plus inquiétant est que 90% des armes de feu se trouvent entre les mains des civils, alors que seuls 10% appartiennent à la force publique (Gratius, 2007). Le contrôle des armes par les trafiquants de drogues et les bandes criminelles, laissent des vastes régions sans contrôle institutionnel. La bande connue comme les commandos a créé un réseau de délinquants qui contrôle les marchés illégaux des principales villes brésiliennes, avec un équipement armée suffisant pour éviter la récupération du territoire par le gouvernement. On peut identifier deux grands zones de criminalité en Amérique Latine. D'un coté, celui connu comme le « triangle du nord », composé du Salvador, du Honduras et du Guatemala, et d'un autre coté, celui composé par la Colombie, le Mexique et le Brésil. Ces deux groupes ont un élément en commun : la transnationalisation de la criminalité. Par ailleurs, les inégalités, la guerre et l'absence d'un pouvoir central capable d'offrir une réponse aux besoins de base de la population, ont laissé comme conséquence le développement d'une culture de la violence dans les différentes sociétés latino-américaines. Des mesures politiques nationales et régionales ont été mise en place pour arrêter l'action et l'expansion de la criminalité transnationale, sans avoir pour autant le succès attendu. Néanmoins, on remarque que l'action des organisations à caractère local, qui ont proposé des alternatives à la criminalité a un bon niveau d'efficacité. Ces dynamiques sociales mettent l'accent sur la nécessite de connaître les besoins sociaux pour proposer des politiques de paix. Un groupe de chercheurs dirigé par Anthanas Mockus4, a fait une vaste analyse sur la relation entre culture et sécurité citoyenne dans huit villes latino-américaines. Il a affirmé que la répartition mondiale des homicides et des suicides montre de grandes différences entre les pays, et dont l'explication est les différences culturelles. La capacité que possède chaque culture à réguler, interpréter et justifier (ou non) certains comportements, offre des clés vitales pour comprendre et faire face aux problèmes qui convergent vers l'actuelle crise de sécurité citoyenne en Amérique Latine (Mockus et al, 2012). Dans ce sens, la culture a une action à deux volets. D'une part, elle agit comme un mécanisme régulateur des relations sociales, et comme un élément fondamental de la construction des politiques publiques de sécurité citoyenne. D'autre part, la culture se manifeste dans les données instinctives de l'agression, la culture de la violence est le composant abstrait de la criminalité, ce qui explique le pourquoi des conflits. Pour faire un état de l'art de la violence en Amérique Latine, il est nécessaire d'aborder le concept même de violence. Sa définition comprend une grande difficulté à cause de la multiplicité des mécanismes par lesquelles elle se manifeste. Un rapport de la Banque Interaméricaine pour le Développement (BID) a classifié les divers types de violence d'une façon assez complète. Nous envisageons de nous concentrerons sur le type de violence définie selon les agents que la produisent (gangs, trafiquants de drogues, jeunes, foule) (Buvinic, 2010)5 et sur le délit comme une forme d'interaction entre ces agents et son milieu. Chaque délit est un évènement unique et concret, la réunion de ces épisodes va donner lieu à une criminalité plus ou moins diffuse, ou à la “problématique du crime” perçue par l'opinion publique et qui a une incidence décisive sur le contrôle politique et institutionnel de la délinquance (PNUD, 2010). A la différence de la violence dite familiale, la violence sociale se produit entre des individus sans liens de famille et s'exprime dans des lieux publics (Buvinic 2010)6. Le développement d'une violence sociale permanente est lié à la consolidation des agents de violence. Les actions violentes développées d'une façon repétitive et dans un modus operandi concret, vont au détriment de la croissance du capital humain et conduisent à la construction de la violence structurelle. Cette dynamique provoque une spirale de violence, puisque face à l'augmentation de la criminalité, les individus vont chercher des mécanismes de défense de type violent. De plus, ces individus échappent à l'éducation pour faire partie des bandes qui leur offrent de la protection. Les principaux mécanismes pour mesurer la violence comme problématique du crime sont l'homicide et les crimes contre la propriété. L'homicide volontaire, entendu comme le meurtre intentionnel d'une personne par une autre, représente la plus grave manifestation du spectre de la criminalité violente (Harrendorf et al., 2010). La transnationalisation de la criminalité dans les deux regions latino-américaines est à la fois la cause et la conséquence du manque d'efficacité des processus de reconstruction sociale. La culture de la paix et la sécurité citoyenne sont des éléments indispensables à la construction de politiques publiques destinées à stopper la croissance de la violence.

  • Titre traduit

    The crime trans -nationalization in Latin-America


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