Imaginaire du passé et pensée du monde moderne Processus de médiatisation chez Albert Laprade, architecte

par Claire Rosset

Thèse de doctorat en Architecture

Sous la direction de Catherine Maumi.

Thèses en préparation à Grenoble Alpes , dans le cadre de Sciences de l'homme, du Politique et du Territoire , en partenariat avec Métiers de l'Histoire de l'Architecture ; édifices, villes, territoires. (laboratoire) .


  • Résumé

    Le débat architectural du début du XXe siècle semble sous-tendu par les oppositions entre les tenants d'une tradition comme transmission historique ou régionale et ceux d'une modernité comme revendication de la tabula rasa. Mais si la modernité « intervient comme une coupure entre le passé et l'avenir […], elle assure aussi la jonction qui permet au passé de s'enrichir et à l'avenir de se souvenir » (Gasselin, 2007). Elle peut ainsi être observée dans les rapports qu'elle entretient avec la tradition, l'intérêt pour les cultures traditionnelles et vernaculaires s'amplifiant simultanément à l'émergence de la modernité architecturale. La thèse interroge les processus de fabrication qui permettent à l'architecte de construire une idée de la modernité architecturale qui se réclame de la tradition. Les enjeux de reconstruction après les guerres mondiales radicalisent les débats, conférant à la presse et aux grandes expositions internationales des rôles stratégiques de diffusion des idées. Les architectes en sont les acteurs principaux. En considérant l'architecture dans toutes ses dimensions de production (édifiée, représentée, écrite et publiée), nous formulons l'hypothèse qu'elle peut être analysée comme médium (c'est-à-dire comme support d'un message) et comme média (c'est-à-dire comme vecteur de communication). Par ailleurs, nous supposons que dans le processus de publication l'architecte fabrique simultanément un imaginaire du passé et une pensée du monde moderne. Nous identifions trois mouvements dans le processus de fabrication de cette pensée de la modernité. Dans un premier temps, nous nous intéresserons au passage de l'architecture édifiée à l'architecture représentée en interrogeant la capacité des architectes à construire des filiations historiques et/ou géographiques, notamment à partir de l'observation de l'existant. Dans un deuxième temps, nous analyserons les relations entre architecture édifiée et architecture publiée en considérant, comme Beatriz Colomina, que le média imprimé permet un « nouveau contexte de production, existant en parallèle au terrain de construction » (Colomina, 1988). Enfin, en étudiant le passage de l'architecture publiée à l'architecture racontée, nous interrogerons le rôle des espaces de publication dans les processus de mise en récit de l'architecture. Afin de conduire cette étude, nous nous appuyons sur la production de l'architecte Albert Laprade (1883-1978). Acteur sur la scène architecturale moderne, il va participer également à la reconnaissance de l'architecture traditionnelle. La diversité de sa production nous permet de constituer un corpus édifié, dessiné et écrit qui s'élabore à partir de la forme publiée de son travail : articles parus sur sa production bâtie (publiés par d'autres architectes), articles écrits par Albert Laprade (presse professionnelle ou non), ouvrages de l'architecte tels que les Albums de croquis.

  • Titre traduit

    Imaginary of the past and thinking in the moderne world The mediatization process in Albert Laprade's work, architect


  • Résumé

    In the early XXth century, the architectural debate in France seems underpinned by the opposition between the proponents of a tradition, as historical or regional transmission, and those of modernity, as a claim of tabula rasa. But if modernity “comes as a cut between past and future […]”, it also ensures the junction that allows the past to enrich itself and the future to remember” (Gasselin, 2007). Thus, tradition can be observed through its relations with tradition, as the interest in traditional or vernacular cultures amplifies simultaneously with the emergence of architectural modernity. The PHD examines the manufacturing processes that allow the architect to build an idea of architectural modernity that claims of tradition. Reconstruction issues after the World Wars radicalized the debate, giving the press and international exhibitions a strategic role of dissemination of ideas, the architects being the main players. Considering architecture in all its production aspects (built, represented, written and published), we hypothesize that it can be analysed as a medium (that is to say, a carrier of a message) and as a media (that is to say, a communication vector). Furthermore, we assume that in the process of publishing, the architect simultaneously produces an imaginary past and a thinking of the modern world. We identify three movements in the manufacturing process of the thought of modernity. First, we will look at the transition from built architecture to represented architecture by querying the architects ability to build historical and / or geographic affiliations, especially from the observation of the existing. Secondly, we analyse the relationship between built architecture and published architecture, considering, as Beatriz Colomina, that the print media enables a “new context of production, existing in parallel to the construction site” (Colomina, 1988). Finally, studying the transition of published architecture to narrated architecture, we will question the role of publication spaces in the architecture storytelling process. To conduct this study, we rely on the production of the architect Albert Laprade (1883-1978). Player on the modern architectural scene, he participated in the recognition of traditional architecture. The diversity of its production allows us to establish a corpus, built, designed and written, that develops from the published form of his work: articles about his builts (published by other architects) articles written by Albert Laprade (trade press or not) books published by the architect as his Albums de croquis.