Préférences et pratiques diplomatiques des puissances montantes dans le processus de paix israélo-palestinien: les cas du Brésil et de l'Afrique du Sud

par Joan Deas

Projet de thèse en Science politique

Sous la direction de Yves Schemeil.

Thèses en préparation à l'Université Grenoble Alpes , dans le cadre de École doctorale sciences de l'homme, du politique et du territoire (Grenoble) , en partenariat avec Pacte, Laboratoire des sciences sociales (laboratoire) et de Gouvernance (equipe de recherche) depuis le 10-10-2012 .


  • Résumé

    Ce projet de thèse s'inscrit dans le cadre du projet de recherche “PEACE” (“les Puissances Emergentes Acceptent-elles les Conventions Existantes?”) mené au sein du laboratoire de recherche PACTE – Sciences Po Grenoble. Il vise à combler le nombre encore faible d'études scientifiques consacrées à la montée en puissance et le positionnement des pays émergents sur la scène diplomatique, ainsi que la remise en question de l'ordre mondial que ce positionnement implique. Alors que le programme PEACE se consacre aux relations entre Etats émergents et organisations internationales, ce projet de thèse sera lui axé sur les relations entretenues entre ces mêmes Etats et le principal processus de négociation politique en cours dans la région moyen-orientale (conflit israélo-palestinien). Nous admettons que les stratégies de négociation des Etats sont devenues un outil indispensable et omniprésent des interactions de la scène internationale contemporaine (Narlikar 2012), et qu'étudier les comportements et profils de négociation des pays émergents, notamment sur les dossiers les plus épineux et sensibles de la diplomatie internationale comme le sont les crises moyen-orientales, est ainsi un moyen efficace et pertinent de mesurer leurs stratégies de positionnement à long terme sur la scène internationale - notamment leur relations (degré de coopération et rivalités) avec les puissances traditionnelles du Nord et leur degré d'acceptation des normes façonnant l'ordre libéral international. Tout comme le projet PEACE, nous tenterons de voir si les rapports entretenus par les Etats émergents vis à vis du régime de négociation israélo-palestinien se caractérisent ou non par leur révisionnisme : sont-ils animés par une volonté de renégociation, de réinterprétation ou au contraire d'endossement des dispositifs institutionnels et des formats de négociation existants, qui conduiraient à les assimiler ? La question de recherche de cette thèse est ainsi celle de la propension des principales puissances émergentes à accepter ou non les conventions paramétrant les négociations sur le dénouement de la plus longue et complexe crise politique de l'histoire contemporaine mondiale. Les puissances étudiées seront en priorité celles dont le profil présente suffisamment de similarités pour permettre la comparaison et l'inclusion dans la catégorie théorique des "pays emergents", et qui ont démontré une volonté claire de jouer un rôle dans le processus de négociation en cours dans cette région: le Brésil et l'Afrique du Sud. Deux processus seront étudiés : d'une part, la renégociation ou l'endossement par les puissances émergentes des arrangements institutionnels et diplomatiques existants concernant le processus de négociation du conflit israélo-palestinien ; d'autre part et à plus long terme, les effets de ces choix sur l'état des négociations étudiées, la situation sécuritaire du Moyen-Orient et – plus globalement – la constitution (ou non) d'un ordre mondial plus durable, plus complexe, et plus acceptable. Ce projet de thèse part du postulat que l'insertion dans le dispositif de résolution du conflit israelo-palestinien est considérée par les Etats émergents comme un facteur de reconnaissance du statut de puissance sur la scène internationale. Nous postulons donc que la volonté de ces états d'interagir et jouer un rôle dans ces terrains de crise est avérée. Le Moyen-Orient est choisi comme terrain d'étude car nous partons du postulat qu'il est considéré comme un terrain diplomatique et sécuritaire incontournable pour tout état ayant des ambitions de gain de puissance politique et de reconnaissance de celle-ci par leurs pairs sur la scène internationale. Partant du postulat que les puissances émergentes ne recherchent pas seulement l'acquisition d'un pouvoir « matériel » et le développement de leur économie, mais également l'acquisition d'un « statut » et d'une « reconnaissance » sur la scène internationale (Hurrell 2006 ; Hurrell & Sengupta 2012; Nel 2010) , elles se doivent donc d'être présentes et actives partout où il y a des décisions importantes à prendre . Cette logique fait donc du Moyen-Orient un terrain d'action et d'influence incontournable à la symbolique très forte, la présence très “exclusive” et jalouse depuis des décennies des puissances traditionnelles dans les négociations moyen-orientales, qui sont, rappelons-le, des négociations de type « politique » (Druckman, 2001), renforçant encore la thèse de leur incontournabilité. Le format de négociation de ces crises sera étudié dans un intervalle de temps compris entre 2001 et 2016, période de désillusion face à l'échec des accords d'Oslo qui ont donné sa forme moderne au processus de paix israélo-palestinien d'une part; cette période correspond d'autre part à l'initiation du processus de rééquilibrage de la puissance mondiale vers plus de multipolarité via l'émergence de certaines puissances du sud, symbolisé par la création de l'acronyme BRICS en 2001 et le début de la construction de la catégorie théorique de "puissances émergentes" par la communauté scientifique.

  • Titre traduit

    Rising powers' diplomatic positions and practices regarding the Middle East Peace process: the cases of Brazil and South Africa


  • Résumé

    This thesis projects aims at filling the gap in the scientific literature about rising states' gain of power and behavior evolution on the international diplomatic scene. The project also seeks to analyze the potential shift in global order implied by those evolving behaviors and positions. This project focuses on the strategies and preferences of a selected number of rising powers with regards to the main conflict negotiation process of the Middle-East: the Israeli-Palestinian peace process. We admit that negotiation strategies have become an essential and ubiquitous tool in the handling of interstates interactions on the contemporary international scene (Narlikar 2012). Therefore, studying behaviors et negotiation profiles of rising powers – especially regarding one of the most intractable, protracted and sensitive case in international diplomacy that is the Israeli-Palestinian conflict, is an efficient and relevant way to measure their short and long term positioning strategies in the “power structure of security” (Strange, 1994) and towards the global order dominated by Western liberal powers. Rising powers relations (degree of cooperation and rivalries) with traditional Western powers as well as their degree of acceptation of the dominant liberal norms shaping the liberal global order will be under specific scrutiny in this project. We will seek to assess the level of revisionism defining the interactions between the selected rising powers and the Israeli-Palestinian negotiation regime: are those states driven by a will to renegotiate, reinterpret or endorse/assimilate the existing institutional structures and negotiation formats? The research question leading this project is therefore the propensity of selected rising powers to accept or not existing conventions configuring political negotiations on the settling of the most protracted, intractable political crisis of global contemporary history. The selected rising powers that will constitute the core of the analysis are the states which profile, material capabilities and ideational attributes allows their inclusion in the “rising powers” category – although still weak and lacking strong theoretical background. The selected states also present a sufficient amount of similarities to allow being compared while still keeping enough specificities to make the comparison interesting. Finally, the selected states have all demonstrated a clear will to play a role in the Israeli-Palestinian negotiation regime, have never played such role or held any powerful position in key institutions of the negotiation regime. Last but not least, the conflict addressed is located outside of their traditional zone of influence. The two countries matching those criteria are Brazil and South Africa. Two processes are studied: on the one hand, rising powers' renegotiation or endorsing of existing institutional and diplomatic arrangements regarding the Israeli-Palestinian negotiation regime; on the other hand and on a longer term, the effects of those choices on the state of the negotiations, the security situation in the Middle East and more globally the constitution (or absence of) of a more lasting, complex, acceptable, stable global order. This thesis project starts from the postulate that rising states consider insertion in the Israeli-Palestinian conflict resolution dispositive as a vector of recognition of power status on the international scene. We therefore postulate that those states have a proven will to interact and play a role in this particular crisis. The Israeli-Palestinian peace process is chosen as a case study since we postulate it is considered as an essential diplomatic and security field for any state having the ambition to gain political power and recognition at global level. We start from the postulate that rising powers don't only look for the gain of a “material” form of power and the development of their economy, but also seek to acquire an immaterial and ideational “status” as well as some form of “recognition” on the international scene (Hurrell 2006 ; Hurrell & Sengupta 2012; Nel 2010). Those states therefore need to be present and active wherever important decisions are to make. This logic places the Middle East as a core and essential field of action with a strong symbolic weight. The long-term and very exclusive presence of traditional Western powers in middle-eastern political negotiation processes – led by the US Hegemon - reinforces the thesis of their essential and unavoidable character. The negotiation format of the Israeli-Palestinian peace process will be analyzed within a temporal frame comprised in between 2001 and 2016. 2001 marks on the one hand the beginning of the disenchantment period regarding the failure of the Oslo Accords that gave its modern form to the Israeli-Palestinian peace process; and corresponds on the other hand to the initiation of the rebalancing and global power shifting processes towards further multipolarity/apolarity through the rapid emergence of some non-Western powers. This emergence and its recognition by the international scene have been crystallized by the creation in 2001 of the BRIC label by Goldman Sachs senior analyst Jim O'Neill. This moment also marks the beginning of the – still ongoing - building of the “rising power” theoretical category by the scientific community.