"Le passé n'est ainsi qu'une invention du présent". : le récit historique critique dans le roman contemporain français (Simon, Forest, Rouaud, Kaddour)

par Johannes Dahlem

Thèse de doctorat en Littérature française

Sous la direction de Martine Boyer-Weinmann et de Maria Moog-Grünewald.

Thèses en préparation à Lyon en cotutelle avec l'Eberhard-Karls-Universität (Tübingen, Allemagne) , dans le cadre de 3La - Lettres lingusitique langues et arts depuis le 27-10-2012 .


  • Résumé

    « Aussi le passé est-il fiction du présent » – L’intitulé de la thèse emprunté à Michel de Certeau renvoie à une interrogation qui a bouleversé, au cours des dernières décennies, aussi bien le domaine de l’historiographie que celui de la littérature, et qui est celle de la connaissance et de la représentation du passé. Du côté de l’histoire, en effet, nombre de « penseurs » ont mis en doute la scientificité du discours historique en le rapprochant du discours de fiction. Ils ont attiré l’attention sur les opérations narratives et rhétoriques inhérentes à ce discours (Hayden White, Paul Ricœur), sur la subjectivité de l’historien (Paul Veyne, Reinhart Koselleck) ou encore sur la question de la référentialité (Roland Barthes). Du côté de la littérature, certains écrivains ont, eux aussi, essayé de se soustraire à l’illusion d’un discours « transparent » ou « réaliste » sur les événements passés, contribuant ainsi à l’émergence d’une forme nouvelle de « roman historique » parfois désignée sous la notion de « métafiction historiographique » (Linda Hutcheon). Figure emblématique de ce changement de paradigme dans le domaine francophone, Claude Simon déconstruit dans plusieurs de ses romans le discours sur le passé : retours métaleptiques du narrateur sur la situation d’énonciation, multiplication de digressions et de parenthèses qui brisent la cohérence du récit, poétique de l’épanorthose – maintes stratégies témoignent, dans Les Géorgiques par exemple, d’une impossibilité de saisir le passé dans sa totalité. À partir de l’œuvre du prix Nobel de 1985, la thèse propose d’analyser trois romans contemporains : dans Le Siècles des nuages, Philippe Forest raconte l’histoire du vingtième siècle à travers l’histoire individuelle de son père tout en dénonçant l’« illusion rétrospective » et la part de légendaire qui guette forcément toute œuvre de reconstitution du passé. Dans L’Imitation du bonheur, l’histoire de Constance Monastier est fictive, mais ce « quasi-passé » résiste également à l’emprise du narrateur : les sources sont incomplètes ou peu fiables, la distance spatio-temporelle ne permet pas de préciser tel détail précieux. Dernièrement, Waltenberg de Hédi Kaddour brise les codes de la tradition « réaliste » du roman historique en mettant en œuvre des stratégies « métafictionnelles » qui démasquent l’artificialité du récit. Le corpus permet ainsi non seulement de réfléchir sur les enjeux contemporains de l’écriture de l’Histoire, mais aussi de reformuler certains traits caractéristiques de la narration qui distinguent peut-être le discours littéraire du discours historien et qui participent ainsi de ce que Dorrit Cohn a ap-pelé « le propre de la fiction ».


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