« Paysages photographiés » : quand la représentation fait projet de territoire

par Frédérique Mocquet

Projet de thèse en Architecture

Sous la direction de Jacques Fol.

Thèses en préparation à Paris Est , dans le cadre de VTT - Ville, Transports et Territoires , en partenariat avec ACS XIXème-XXème Siècle - Architecture, Culture, Société XIXe-XXIe siècles (laboratoire) depuis le 02-09-2013 .


  • Résumé

    « Paysages photographiés » ou de la représentation comme projet explore, à travers l'analyse critique de productions contemporaines et plus anciennes, les dimensions heuristiques, culturelles et symboliques, mais également idéologiques de corpus photographiques produits dans le cadre technique et politique l'aménagement du territoire. On assiste aujourd'hui à un renouvellement d'une association pensée comme naturelle entre photographie, territoire et institution, générant une hybridation des productions photographiques qui ajoutent dorénavant à leurs ambitions d'identification, de documentation et de communication, des visées de production de savoirs sur les évolutions territoriales. Cette hybridation, supposée esquisser une forme nouvelle de prospective sensible, est soutenue par l'hypothèse que le projet photographique, fruit du regard pensant de l'artiste, aide à voir et à comprendre et plus encore contribue à une invention sans cesse renouvelée, du paysage en tant que concept et réalité. Or, cette idée est peu remise en question, de même que les stratégies de légitimations des actions territoriales mais aussi de mises en forme et en norme idéologiques des regards sur l'espace, que produisent et diffusent ces visualisations institutionnelles. L'Observatoire Photographique du Paysage (OPP) créé au début des années 1990 dans le cadre d'une intégration du paysage dans le champ politique et technique de l'aménagement du territoire et essaime aujourd'hui de nombreux corpus de paysages sur le territoire français. En tant que dispositif visant à articuler à travers une méthode spécifique contribution à une culture contemporaine et mise en œuvre d'instruments d'analyse paysagère à destination des aménageurs, il nous procure notre premier corpus d'étude. Quelle est l'aptitude des Observatoires à produire des savoirs et à répondre à leurs objectifs d'outillage d'une ingénierie territoriale en voie de réactualisation, et dans quelle mesure la représentation du paysage résiste-t-elle à l'instrumentalisation technique et politique ? Ce dispositif supporte-t-il une réflexion sur l'image et comment analyse-t-il la forme de pensée, de représentation et d'action paysagère qu'il induit ? Le travail, à travers l'analyse d'un dispositif technique et politique, s'empare des systèmes photographiques – processus de production et corpus d'images – comme infrastructures, médiums de rapports naturalisés, à travers le paysage, entre représentations, idéologies, discours et actions. Il met en lumière l'historicité des usages institutionnels des images de territoire et leurs enjeux avec l'étude des Services de Restauration des Terrains de Montagne (RTM) , qui entre la fin du dix-neuvième siècle et le début du vingtième, accompagnent un projet de transformation et de transfiguration des territoires montagnards d'un programme photographique resté inédit. Au-delà de l'analyse de dispositifs d'aménagement, ce travail interroge, dans une perspective nécessairement interdisciplinaire, les images en tant que moteurs de nos actions. Il s'agit de prendre les images au sérieux pour interroger leur efficacités iconiques appliquées à l'espace et les enjeux socio-politiques de la représentation pensée comme relation – mais aussi forme et expression de pouvoir – entre un idéel et un matériel, entre une société et son milieu et entre des groupes sociaux entre eux. Il s'agit également de considérer l'expression artistique et esthétique de notre environnement, au-delà du cadre de l'art, comme substance et matière de la fabrique territoriale, dans un moment de refondation urgente de nos rapports à la nature.

  • Titre traduit

    Photographic landscapes : photograpy, urban planning and research.


  • Résumé

    This research aims to discuss the dynamics between space and image and explores the dimensions of “pictures as power”, the powers of pictures. More precisely, our work focuses on photography as a plurality of practices and analyses the resources and stakes of photographic projects as specific ways of shaping visibility and question spatial realities. The study explores the renewal of the historic association between photography, territory, urban evolutions and institutions through photographic landscape. Both cultural and technical, the photographic commissions are nowadays more and more hybrid in their goals, processes and forms and aim to identify, communicate, promote but also to investigate and analyse. The study is also based on the analysis of growing collaborations between photographers and researchers, who share questions, methodology and goals. In that case, artistic and scientific practices tend to merge to produce knowledge with photography. And the genre of landscape photography enables us to question the notion of landscape, as an apparatus of seeing, thinking as shaping our relationship to our environment. Our first angle tests the aptitude of photographic practices to produce actual and accurate spatial visibilities and to resolve the visual and by consequent identity crisis of contemporaneous urban evolutions, based on the hypothesis of photography as spatial experience and production. The method of production and forms of various examples of photographic projects is analysed and a particular attention is dedicated to photographic commands and missions: to the productions of institutionalised landscape representations. The main object is the National Photographic Observatory of Landscape (Observatoire Photographique National du Paysage), program which aims to combine photography as cultural production and photography as an analytic tool. By consequent, the second angle of our research questions the possibilities of photographic projects as a way of knowledge: how could photographic methods produce scientific material, and according to what type of interrogations? In the analysis of various configurations of photographic projects based on collaborations between photographers and spatial specialists, the frontier art/science is re-evaluated. The photographic project is conceived as a spatial experience, a mode of visual thinking, where sensitive and aesthetic dimensions are elements to produce information.