La question du pouvoir et de la liberté chez Michel Foucault. La pensée foucaldienne est-elle une philosophie politique ?

par Paul Le Bas

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Frédéric Gros.

Thèses en préparation à Paris Est en cotutelle avec Département de philosophie - Université de Montréal , dans le cadre de CS - Cultures et Sociétés , en partenariat avec LIS - Lettres Idées Savoir (laboratoire) depuis le 01-12-2007 .


  • Résumé

    Notre projet est celui de dégager ce qui peut être considéré comme une philosophie politique cohérente et applicable, directement issue du travail de Michel Foucault, de pousser l'idée d'une philosophie politique foucaldienne aussi loin que possible. Encore faut-il expliciter la notion même de « philosophie politique », voir selon quelles modalités une pensée peut être légitimement considérée comme philosophie politique. Peut-on dire qu'il y a plusieurs genres de philosophie politique ? Qu'est-ce qu'il y a de déterminant dans le fait même qu'une pensée soit reconnue et confirmée philosophie politique ? Quel est l'enjeu contenu dans le fait que la pensée de Foucault soit ou non une philosophie politique ? C'est désormais connu, Foucault n'établit pas de philosophie qui chercherait à prescrire politiquement ou moralement sur la base d'un raisonnement et de principes abstraits et, en ce sens, son travail se distingue nettement de la philosophie politique habituellement désignée comme telle. On peut même dire que Foucault s'en écarte volontairement en refusant de penser le pouvoir comme l'attribut exclusif de l'Etat ou d'une élite. Se demander s'il existe une philosophie politique foucaldienne ne consiste pas à tenter de faire rentrer Foucault dans le moule de la philosophie politique académique, ce qui lui ferait perdre toute sa spécificité. Sur ce point, est-ce la pensée de Foucault en tant que philosophie qui est controversée dans la dénomination « philosophie politique » ou bien le fait d'affirmer que sa philosophie puisse être politique ? D'emblée, quand est mise en doute l'idée d'une philosophie politique chez Foucault chez ses principaux détracteurs, on a l'impression que c'est le côté politique qui ferait défaut et invaliderait la possibilité d'une véritable philosophie politique foucaldienne, comme si de sérieux doutes se posaient sur l'importance et la portée politique de sa philosophie. Or, Foucault lui-même affirme que « la philosophie aujourd'hui est entièrement politique1 ». Mais à y regarder de plus près, ne s'agirait-il pas de dégager l'importance proprement philosophique d'une pensée généralement déjà comprise comme politique ? Pour Mark Kelly, il s'agit d'une pensée politique qui a du mal à être reconnue comme philosophie. Si l'idée que le travail de Foucault est complètement engagé dans des questions politiques semble indéniable, c'est celle qu'un projet politique précis puisse être déduite à partir des analyses de Foucault qui est contestée. Jusqu'à présent, hormis la récente tentative de M. Kelly dans The Political Philosophy of Michel Foucault, la question de savoir s'il existe une philosophie politique foucaldienne cohérente et applicable n'a pas été traitée. Dans la littérature, nous pouvons rencontrer trois grandes approches de l'œuvre de Foucault : premièrement, comme c'était le souhait de Foucault lui-même, utiliser son travail comme aide dans la réalisation d'études et d'analyses particulières. Deuxièmement, mobiliser le travail de Foucault dans une confrontation féconde ou un parallèle intéressant avec celui d'autres penseurs. Troisièmement, étudier sa pensée politique - généralement dans l'examen de sa théorie du pouvoir - comme partie ou phase bien délimitée parmi d'autres grands pans de l'ensemble de son œuvre, sans tenter forcément d'appréhender l'existence possible d'une philosophie politique la traversant. Foucault ne fait pas partie des auteurs qui ont élaboré et présenté une philosophie politique systématisée, identifiable telle quelle. Néanmoins, l'hypothèse que nous aimerions poser est qu'il en produit effectivement une, d'un genre nouveau, qui doit être dégagée à travers l'étude de sa pensée et plus particulièrement de son analyse du pouvoir et de la liberté. Non une philosophie politique qui chercherait à prescrire politiquement sur la base d'un raisonnement abstrait, mais plutôt une philosophie qui tente de comprendre le politique et d'y intervenir. Pourtant, ce refus d'explicitation a sans doute laissé le champ libre à de plusieurs interprétations erronées de son travail et des points clés ; une discontinuité radicale et invalidante caractériserait l'œuvre de Foucault. Bien que Foucault affirme ne pas se considérer comme un « grand auteur » ou un philosophe (au sens de ceux à l'origine d'un grand système théorique, des « grandes machineries philosophiques » tels que l'hégélianisme ou la phénoménologie), nous pensons qu'il produit au moins la base d'une philosophie politique cohérente. Certes, il n'a pas développé de théories mais a plutôt produit des travaux singuliers qu'il considérait comme des morceaux expérimentaux de pensée, pour développer la réflexion à partir d'eux. Foucault se dit expérimentateur et non théoricien. Mais cela ne signifie cependant pas qu'il n'élabore pas quelque chose de cohérent au fil et au-travers de ses « expériments », contre les critiques communes d'une discontinuité radicale et problématique de sa pensée. Il s'agit donc de mettre à jour une cohérence générale, malgré les changements de directions et d'emphases effectués par Foucault au fil de son travail.

  • Titre traduit

    Foucault on Power and Freedom: is the foucaldian thought a political philosophy?


  • Résumé

    While Michel Foucault fundamentally rejects a prescriptive and normative philosophy, that is abstract models of how the society should be. Our work is to identify what can be considered as a coherent Foucault's political philosophy, taking such an idea as far as we can. For Foucault's work consists of non-normative analyses of reality that however have some significant critical force. But how to understand power relations and resistance (as an inevitable corollary of power) in this task and then in the light of Foucault's last orientation towards the ancient ethics and practices of the self? Should we understand his thought as a kind of resignation facing the inevitable frustrations of political action? Or as an attempt to conceive of an alternative to classical organised political activity? So, we need undertake the analysis of the key concepts in Foucault's work (such as power, resistance, subjectivity, critique) to be able to provide a sustained defense of the consistency of Foucault's analyses. This necessarily requires to review the reccuring critics and the reception of Foucault's works as lacking philosophical consistency, reducing it to nihilistic and incoherent posture, undermining the political significance of his whole work.