Esthétique(s) de la métamorphose : Alvin Lucier, performance et propagation

par Nicolas Gauthier rahman

Thèse de doctorat en Arts

Sous la direction de Martin Laliberté.


  • Résumé

    Cette thèse présente une analyse problématisée de la démarche musicale très particulière du compositeur nord-américain Alvin Lucier (1931), désignée comme performance musicale. Que voudra Lucier après une césure compositionnelle de dix ans après avoir été pourtant lauréat de prix de composition ? Quel est son bagage et quels sont donc ses enjeux compositionnels, notamment par rapport au contexte de l'avant-garde de l'époque ? Quel est d'ailleurs son rapport au modèle européen ? Cette étude montre alors la très grande originalité de Lucier, artiste connu mondialement, mais finalement peu dans le détail, inscrite dans le contexte général de l'art performatif américain, peu abordé également en musicologie française hormis les collaborations de Cage avec Cunningham, Rauschenberg ou Tudor qui seront vus ici en compagnie de bien d'autres personnalités du théâtre, de la danse, des arts plastiques, notamment dans des moments exceptionnels de rencontres tels les soirées des 9 Evenings ou celles données dans le loft de Yoko Ono. L'approche de Lucier permet de percevoir ainsi frontalement, en plus des aspirations d'une génération d'artistes qui a 30 ans au seuil des années 1960 très revendicatrices politiquement et socialement, une perception nouvelle de l'objet d'art, délaissé pour le mouvement, et qui voit alors Lucier se porter vers une scène, vers une scène du son, vers une musique qui soit scène de l'audition, vers donc une scène proprement performative. D'où vient le son, quelles en seraient ses coordonnées dont Lucier est bien rétif à accepter la certitude, quel le lieu exact de l'audition, telles sont des questions récurrentes chez Lucier et de la récurrence desquelles il fait art et, bien entendu, musique. S'il manie en conséquence un étonnant mélange de sciences physiques, d'éthologie, d'alchimie, de poésie, d'aléatoire, il en ressort une conception propre et passionnante de la causalité, de l'environnement, de l'écologie, lesquelles seront à percevoir également dans leurs contextes d'apparition. Imperceptiblement, pas à pas, mais radicalement, Lucier sort la musique du champ musical strict bien avant le sound art, dont il devenu postérieurement une icone, ou avant le fied recording qu'il déborde, en ouvrant la musique à prendre à égalité d'inspiration et même en homologues les sciences, physiques et cosmologiques notamment, les animaux, un art à l' aveugle, voire une pensée ésotérique si tant qu'elle offre un modèle unificateur au-delà des apparences des choses. En effet, la nature ondulaire du son permet à Lucier de franchir les portes (du son) et de constituer une problématique perpétuelle de la propagation et de la conversion où le performer interroge, en forme d'art, les trajets, translations et métamorphoses du son dans des canaux différents. Ceux-ci peuvent être ceux de la mémoire, des milieux physiques environnants, ou même encore des formes puisque Lucier, moderne alchimiste, peut promouvoir un son plus que sonore, un son physique, un son visuel, voire un son de l'inaudible, en tous les cas un son circulant et qui rend perméables des dimensions hétérogènes. Devant ces conversions physiques et mentales qui sont, de fait, des bouleversements, c'est donc toute une aventure intellectuelle inédite, et qui a des grandes répercussions sur la musique d'aujourd'hui, que cette thèse veut mettre à l'honneur en couvrant la très longue carrière de Lucier, toujours bien actif.

  • Titre traduit

    Aesthetics of the metamorphosis : Alvin Lucier, performance and propagation


  • Résumé

    This PhD dissertation describes how north american composer Alvin Lucier (1931) found his path in composing music once he figured out his previous musical training lead him to an aesthetic dead end. Not without good sense of humor Lucier had to cope with lack of inspiration for almost a decade and focused mainly on conducting a contemporary music choir before he could take up a new composing perspective. His art, that one might define as performance art, has a form obviously different from what is commonly called (art) performance and is related to an art trend that was rising up within the Fifties and the Sixties. Lucier's music belongs to this history of american experimental and performative art, a topic barely known in french musicology at the exception of Cage's famous collaborations with either Cunningham, Rauschenberg or Tudor. These oversteppings of the bounds of the music field of the time as well Lucier's music itself indeed must be looked into at the light of the works of young artists who were often friends and working on common projects, be they dancers, musicians, painters or sculptors. All have altered the meaning of the word "to perform". Lucier amazing example helps to catch a glimpse on some artists who were on their thirties at the turning of the Sixties while their works help in turn to understand how in his case Lucier has considered music (and hearing) as if taking place on a stage. Where does a sound come from, on what stage, where hearing really takes place, these questions could be Lucier's ultimate seek motives. If his musical thinking therefore seems to deal with various matters as diverse as chance procedures, physics, ethology, poetry, alchemy his conception of what causality, environment or ecology are proves very consistant. All were new topics that must be now carefully driven back to their original backgrounds. To sum it up now in one sentence, the physical aspect of sound as a wave including a wavelenght that can be felt by the human body in different sensorial ways gave Lucier the opportunity, or so to say, the excuse to create a sound propagation art where sound is as much physically reflected as mentally thought over along the many conversions Lucier provokes. For Lucier sound is a puzzling question whom he surveys in all its manifestations be they its trajectories, transformations or even its metamorphosis so far as Lucier seems a modern alchemist willing to make the sound visible, haptic, or audible if litterally inaudible. Besides being a still active, highly influent composer and a seminal sound art icon, Lucier's long career displays thus a complete intellectual adventure that deserves to be pointed out in its most relevant and breaking features.