Ancrage spatial et politique territoriale de l'aristocratie en Lotharingie méridionale (fin IXe – mi XIe siècle)

par Tristan Martine

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Geneviève Buhrer-thierry et de Gérard Giuliato.

Thèses en préparation à Paris Est , dans le cadre de Ecole doctorale Cultures et Sociétés (Créteil ; 2015-....) , en partenariat avec ACP - Analyse Comparée des Pouvoirs (laboratoire) depuis le 01-10-2012 .


  • Résumé

    La thèse en cours de préparation a pour but de réfléchir aux politiques territoriales des familles comtales du sud de la Lotharingie durant la période post-carolingienne, jusqu'à la Querelle des Investitures, moment de rupture important pour l'Empire. Ces familles sont difficiles à cerner et si l'on trouve bien quelques Leitnamen, la notion même de famille est à interroger. Durant cette période de transition très progressive d'un modèle de parenté cognatique à un modèle agnatique, ce sont en effet avant tout des logiques de réseaux que l'on retrouve dans les politiques comtales, qui ne sont pas uniquement des logiques familiales. Avec la chute de l'Empire carolingien, la Lotharingie, ancien cœur impérial, devient un espace-marge, au statut mal défini : royaume indépendant, royaume-annexe ou simple province, rattaché tantôt à la Francie Orientale, tantôt à la Francie Occidentale, avant de tomber finalement durablement dans le giron impérial à partir des années 925. Cette situation géopolitique complexe se traduit par différents conflits opposant l'aristocratie lotharingienne aux souverains qui voudraient intervenir de manière très directive dans les affaires lotharingiennes. L'historiographie récente a montré qu'il n'existait pas de sentiment d' « identité lotharingienne » et l'aristocratie locale ne chercha pas à obtenir son indépendance, mais elle essaya progressivement de se constituer des domaines puissants en Lotharingie, selon des logiques spatiales de plus en plus éloignées des habitudes carolingiennes. Le pagus, circonscription carolingienne par excellence, disparut peu à peu pour laisser place au comté. Cette transition du pagus au comitatus ne peut être vue uniquement comme la conséquence d'une mutation documentaire ; il s'agit au contraire bien là du reflet d'une évolution des structures de pouvoir. Les nouveaux comtés, auxquels il serait illusoire de chercher des limites bien définies, sont des espaces de plus en plus polarisés. De nombreuses terres immunitaires échappent aux comtes, dont le pouvoir personnel prime sur l'aspect territorial du comté. Différents points leur permettent cependant d'ancrer spatialement leur pouvoir. On pense bien évidement au phénomène castral, mais il faudrait également évoquer différents lieux d'importance économique majeure ou des lieux centraux tout à fait primordiaux : les abbayes, dominées via l'abbatiat laïc ou l'avouerie. Dans la seconde partie du Xe siècle, et surtout au début du XIe siècle, selon une chronologie qui reste à définir précisément à l'aide d'une étude des possessions comtales dans le sud de l'espace lotharingien, les comtes fondent des fortifications, des monastères, des lieux de sépulture destinés à accueillir la mémoire familiale. De manière significative, ils associent progressivement ces lieux centraux au nom même de leur famille, puisqu'ils ne s'intitulent plus comtes dans tel pagus, comme à l'époque carolingienne, mais comtes de tel centre généralement fortifié (comte d'Eguisheim par exemple). Il faudra d'ailleurs s'interroger sur l'évolution de ces castra, tant sur le plan de leur localisation que de leur architecture et de leur fonction. Peut-on cependant voir derrière ces fondations ecclésiastiques ou castrales une logique clairement spatiale ? Passe-t-on durant cette période d'un nuage de points à la constitution volontaire de zones de domination ? Cette étude, basée sur des sources majoritairement diplomatiques, mais aussi littéraires et archéologiques, devra s'intéresser non seulement à ces politiques comtales, mais aussi à ses limites. Les puissances royales et épiscopales ont-elles systématiquement freiné le développement de ces stratégies comtales ? Les seigneurs infra-comtaux furent-ils efficacement intégrés dans les réseaux comtaux ou cherchèrent-ils à s'émanciper de cette tutelle ? Ce travail porte à la fois sur l'ensemble des diocèses constituant la province de Trèves (Toul, Metz, Verdun et Trèves) et sur l'Alsace, ce qui permettra de comparer les logiques spatiales à l'œuvre dans ces deux espaces qui se différencient progressivement à partir du Xe siècle.

  • Titre traduit

    Spatial base and territorial policy of the aristocracy in the south of Lotharingia (late 9th-11th century)


  • Résumé

    Spatial base and territorial policy of the aristocracy in the south of Lotharingia (late 9th-11th century)